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Médecins "mercenaires" : un surcoût évalué à 500 millions d'euros

Les hôpitaux confrontés à la pénurie de médecins et aux difficultés de recrutement font appel à des médecins contractuels, ce qui leur coûte environ 500 millions d'euros par an, estime un rapport.

Un hôpital (photo d'illustration).
Un hôpital (photo d'illustration). Crédit : MARTIN BUREAU / AFP
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Près de 6.000 médecins seraient employés de façon temporaire à l'hôpital public, ce qui représente un surcoût d'environ 500 millions d'euros par an, souligne un rapport parlementaire consacré à ce phénomène qui bénéficie d'une "véritable omerta". Le rapport présenté mardi 17 décembre propose des pistes pour limiter ce phénomène. Un médecin intérimaire touche en moyenne de 600 à 800 euros nets pour une journée de travail quand son collègue titulaire est payé 260 euros, estime le député PS Olivier Véran dans ce rapport, remis mardi aux députés.

Pénurie de médecins

Jusqu'à 15.000 euros par mois : surpayés, les médecins employés à titre temporaire par les hôpitaux coûtent cher à la collectivité. "L'hôpital public est à la peine pour recruter certaines spécialités, caractérisées par une forte pénibilité", souligne le député PS Olivier Véran, lui-même neurologue.

Au final, cela représente un coût de 1.370 euros TTC à l'hôpital, soit "plus du triple du coût normal d'une journée de travail pour un praticien hospitalier (médecin titulaire)". Et "on peut estimer le surcoût pour les hôpitaux à plusieurs centaines de millions d'euros, de l'ordre de 500 millions d'euros", note le rapport.

Ce phénomène "qui semble avoir pris de l'ampleur mais bénéficie d'une véritable omerta" est lié aux difficultés de recrutement des hôpitaux, explique-t-il. La médecine d'urgence, l'anesthésie ou la radiologie souffrent plus particulièrement d'une pénurie chronique de professionnels. Aux urgences, "le recours au remplacement serait symptomatique de la pénibilité" (gardes nombreuses, stress professionnel). En anesthésie, seul un poste de titulaire sur trois est pourvu.

La situation est "plus critique" dans les petits hôpitaux

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Face à cette situation, les directeurs d'hôpitaux, confrontés à une "surenchère salariale", sont contraints par une réglementation rigide qui ne leur permet pas d'augmenter la rémunération au-delà d'un certain seuil. Certains y dérogent, engageant parfois leur responsabilité, d'autres recrutent des médecins sur des courtes durées, au tarif du remplacement, et renouvellent le contrat mois après mois. La situation est "plus critique" dans les petits hôpitaux où certains services "ne se maintiendraient ouverts qu'en recrutant 100% de remplaçants".

"On n'a pas le choix, il faut faire tourner la boutique!", explique Nicolas Longeaux, président de la Commission médicale d'établissement de l'hôpital de Saint-Gaudens (Haute-Garonne), qui a notamment recours à plusieurs intérimaires dans son service de radiologie pour épauler le seul titulaire.

Plus grave : "le marché s'est emballé, remettant en cause par endroits la qualité, la continuité, la sécurité des soins". Pour autant, "il est difficile de déterminer si la multiplication des missions temporaires s'accompagne d'un sur risque pour les malades". Impossible de connaître précisément le nombre de médecins temporaires à l'hôpital : "aucune structure nationale n'a de compétence pour les répertorier", souligne-t-il, avançant le chiffre de 6.000 praticiens.

"Pas de profil type"

"Les candidats à ce mode d'exercice qui a ses contraintes mais peut s'avérer très lucratif ne manquent pas", relève-t-il encore. Jeune qui ne cherche pas à se fixer tout de suite (20%), mère de famille (25%) ou senior retraité (25%), "il n'y a pas de profil type", selon lui. Dans 30% des cas, il s'agit d'un professionnel de l'intérim qui cherche à "gagner autant en travaillant moins ou à gagner beaucoup plus", jusqu'à 15.000 euros par mois.

Certains cumulent leur fonction de titulaire avec des missions courtes ailleurs sur leurs week-end, congés, RTT, voire repos de sécurité, une pratique "totalement illégale". "Ce qui est certain, c'est que le médecin (remplaçant) ignore tout ou presque des procédures propres à chaque établissement".

Or les contrôles sont rares, selon Véran. "Il n'y a pas de remontée du terrain, les ARS (agence régionale de santé) s'impliquent avec parcimonie, les hôpitaux sont tous seuls", a-t-il estimé lors de la présentation du rapport à la presse. "Nous contrôlons la déontologie des contrats passés par les médecins inscrits à l'Ordre des médecins mais nous n'avons pas de pouvoir sur leur rémunération", explique le docteur François Simon de l'Ordre des médecins. Ce rapport détaille 14 recommandations pour limiter ces pratiques. Il s'agit principalement d'améliorer le recrutement à l'hôpital. Mais aussi de mettre fin aux abus, en plafonnant le niveau de rémunération des médecins contractuels et en renforçant les contrôles. Le rapport pourrait faire l'objet d'une proposition de loi, a précisé Olivier Véran.

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