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Maurice Herzog et l'Annapurna : un exploit confisqué ?

Maurice Herzog, qui vient de disparaître à l'âge de 93 ans, reste connu comme celui qui a vaincu l'Annapurna en 1950. Premier alpiniste à franchir les 8.000m, il fut également parfois critiqué pour avoir tiré toute la gloire de cette première ascension. Retour sur la légende de cet exploit.

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L'Annapurna, fondation d'un mythe

A 14h, ce 3 juin 1950, avec Louis Lachenal, Maurice Herzog foule par un vent glacial ce sommet himalayen de 8.078 m. Le chef de l'expédition, qui n'avait pas d'oxygène et progressait sans cartes, brandit le fanion tricolore, ressentant une forme d'extase. Sans cet exploit, a-t-il dit, "je n'aurais pas eu la vie que j'ai eue après". Il a payé sa victoire par une amputation des doigts et des orteils. "Vous voyez ce que j'ai en moins mais, moi, je sens ce que j'ai en plus. Et c'est incomparablement plus grand que ce que j'ai en moins", disait-il.
 
Dans la France de l'après-guerre, qui sortait de grandes souffrances, "notre exploit devait être celui de la nation, nous grimpions avec au cœur la pensée du pays et de toute la jeunesse que nous représentions", disait-il. Dix ans plus tard, tous les sommets de plus de 8.000 mètres seraient gravis.

La couverture mythique de Paris Match, en 1950
 La couverture mythique de Paris Match, en 1950
A son retour en France, avec son physique d'acteur de cinéma, "il était auréolé d'une gloire dont il est difficile de se faire une idée. Il était notre Lindbergh, notre Redford, un des rares Français à être connus partout dans le monde", a écrit l'académicien Jean d'Ormesson en 1997.


Un reportage, en 1950, lors du retour de l'expédition de l'Annapurna :
Maurice Herzog a raconté, en la romançant un peu, la grande aventure de sa vie dans ce qui reste le best-seller absolu de la littérature de montagne : "Annapurna, premier 8.000" (éd Arthaud, 1951), vendu à une douzaine de millions d'exemplaires et traduit en 40 langues. Il a écrit d'autres ouvrages sur l'Annapurna.
  
Homme politique et entrepreneur


Né le 15 janvier 1919 à Lyon (Rhône), Maurice Herzog est diplômé de l'Ecole des Hautes études commerciales (HEC). Son temps libre, il le passe à escalader les grandes parois des Alpes. Après l'Annapurna, ce gaulliste de la première heure devient directeur de la société Kléber-Colombes. En 1958, le pouvoir gaulliste cherche des hommes capables de redonner un idéal à la jeunesse. Maurice Herzog devient cette année-là Haut-commissaire à la Jeunesse et aux sports et, en 1963, secrétaire d'Etat à la Jeunesse et aux sports. Député de Haute-Savoie, il sera maire de Chamonix de 1968 à 1977.
  
Maurice Herzog a dirigé jusqu'à sa retraite plusieurs entreprises, dont la Société du tunnel sous le Mont-Blanc (1981-84). Père de quatre enfants, il vivait entre Neuilly et Chamonix. Depuis 1995, il était membre honoraire du Comité international olympique (CIO).


De l'Himalaya au gouvernement de De Gaulle : portrait de Maurice Herzog en 1962

"Hémiplégique de la pensée"
Mais la statue du héros s'est lézardée. La mémoire collective tend à faire d'Herzog le grand vainqueur de l'Annapurna, reléguant au second rang Lachenal, ainsi que les grands alpinistes qui les accompagnaient, Lionel Terray et Gaston Rébuffat. La version des faits trop à la gloire du seul Herzog a commencé à être révisée en 1996, date de publication du texte intégral des mémoires de Lachenal, "Carnets du vertige". Ceux-ci étaient parus en 1956, peu après la mort du guide, mais Maurice Herzog et ses amis avaient réussi à supprimer des passages sur l'Annapurna ou à "réécrire" le texte dans un sens moins favorable à Lachenal.
  
Louis Lachenal expliquait avoir "agi en guide" et poursuivi l'ascension au-delà de ses limites parce qu'il était persuadé que Maurice Herzog, décidé à atteindre le sommet, ne reviendrait pas vivant s'il partait seul. Lachenal, mais aussi Rébuffat, étaient avant tout des professionnels, passionnés par leur métier, et qui supportaient mal l'aspect cocardier de l'expédition. Ceux-ci pensaient "montagne" quand Herzog pensait "France".
  
En 2012, Félicité Herzog - la fille que Maurice Herzog eut avec Marie-Pierre de Cossé-Brissac, issue d'une grande famille de la noblesse française - n'a pas arrangé l'image de son père qu'elle a traité, dans un "roman" qui n'en est pas vraiment un, ironiquement intitulé "Un héros", de menteur et d'"hémiplégique de la pensée".

(avec AFP)

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Maurice Herzog, qui vient de disparaître à l'âge de 93 ans, reste connu comme celui qui a vaincu l'Annapurna en 1950. Premier alpiniste à franchir les 8.000m, il fut également parfois critiqué pour avoir tiré toute la gloire de cette première ascension. Retour sur la légende de cet exploit.
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2012-12-14 13:28:00