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Luc Chatel : "La gauche n'a pas de leçon de morale à nous donner"

VIDEO - L'ancien ministre UMP de l'Education nationale répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mardi matin. Luc Chatel a de nouveau attaqué l'expression de "redressement moral" employée par son successeur PS Vincent Peillon, assurant que "la gauche n'a pas de leçon de morale à nous donner". Le député de la Haute-Marne, qui avait reproché la veille au ministre d'employer une formule utilisée par Pétain en 1940, a expliqué : "Le ministre de l'Education nationale, c'est celui des mots et celui de l'Histoire". "La gauche n'a pas de leçon de morale à nous donner", a-t-il dit. Donc "je suis en profond désaccord avec ça".

Luc Chatel sur RTL le 29 mars 2011
Luc Chatel sur RTL le 29 mars 2011 Crédit : RTL
Jean-Michel Aphatie et La rédaction numérique de RTL

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Luc Chatel.

Luc Chatel
: Bonjour, Jean Michel Aphatie.

12 millions d'élèves reprennent le chemin de l'école, aujourd'hui. Vous connaissez ces journées particulières puisque vous avez été ministre de l'Education de juin 2009 à mai 2012 ; et s'il y a un secteur professionnel qui ne vous regrette pas, à vous personnellement Luc Chatel, mais le gouvernement auquel vous apparteniez, c'est bien le monde des enseignants. Cela vous rend triste ?

Non, je crois qu'il ne faut pas regarder comme ça. Vous savez, le temps de l'Education est un temps long ...

C'est faux ce que je dis ?

Je vais vous répondre. Le temps d'Education est un temps long ; et je pense que les réformes que nous avons engagées qui étaient des réformes difficiles, courageuses mais nécessaires pour notre système éducatif porteront leurs fruits sur la durée. Alors, elles porteront leurs fruits à condition que Monsieur Peillon ne pratique pas l'exercice systématique de déconstruction auquel il se livre systématiquement.

Les enseignants vous en veulent beaucoup surtout pour les suppressions de postes, bien sûr ?

Ecoutez, les enseignants nous en veulent peut-être sur les suppressions de postes ; mais aujourd'hui, on leur promet des postes mais on leur promet un gel de leurs conditions ; c'est-à-dire très clairement, le gouvernement actuel assume le blocage des salaires. Nous, nous avions mené une politique ...

Vous augmenteriez les salaires des enseignants ?

Mais nous l'avons fait. Nous avons mené une politique ...

Dans la situation actuelle, vous les augmenteriez ?


Nous avons mené pendant cinq ans une politique qui a consisté à ne pas remplacer la moitié des fonctionnaires qui partaient en retraite, c'est-à-dire en gros, moins 60.000 enseignants dans l'Education Nationale. Mais en même temps, nous avons réaffecté la moitié des économies à la revalorisation des enseignants. 18% d'augmentation pour les enseignants en début de carrière.

Donc ça, c'était une politique ...

Mais les gels du point d'indice en 2011 parce que les contraintes budgétaires étaient là, et elles le seraient aujourd'hui aussi, évidemment.

Bien sûr. Bien sûr. Gel du point d'indice. Mais par contre, par contre revalorisation liée notamment au mérite ; et c'est la vision que nous avions de la Fonction Publique.

On vous avait aussi beaucoup reproché, peut-être à Nicolas Sarkozy plutôt qu'à vous, mais l'espèce de mépris dans lequel il tenait les professions enseignantes dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, c'était au Vatican, le 20 décembre 2007 : "l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ". C'est des phrases qui marquent ?

   
J'ai été trois ans ministre  de l'Education Nationale, vous l'avez rappelé tout à l'heure. A aucun moment, je n'ai eu le sentiment de m'opposer, de m'affronter à cette profession, à ces enseignants pour lesquels j'ai beaucoup de respect qui font un métier difficile mais sans doute le plus beau métier du monde.

Quand Vincent Peillon veut revenir sur les rythmes scolaires et passer la semaine de quatre jours à quatre jours et demi, il a raison ?


Il a raison de revenir sur le rythme scolaire puisque j'avais engagé ce travail de fond. Simplement, il a des pratiques un peu curieuses parce qu'il nous explique que les élèves ne travaillent pas assez ; et la première décision qu'il prend, c'est d'allonger de deux jours les vacances de la Toussaint. Voilà.

Donc moi je regarde les faits, si vous voulez. Vous savez ...

Peut-être qu'il raccourcira ailleurs les vacances ?


Oui, écoutez nous verrons. Mais c'est un peu curieux ; et aujourd'hui, on a le sentiment qu'il est un peu entre déconstruction, je le disais tout à l'heure, et hésitation. On déconstruit, par exemple on supprime le décret qui était une avancée très importante sur l'évaluation des enseignants. Aujourd'hui, les enseignants sont évalués avec un système totalement archaïque. Et j'avais voulu changer en profondeur ce sytème, Monsieur Peillon a décidé de revenir dessus.

Et en même temps, hésitation. On est pour la réforme des rythmes scolaires et on fait dans les actes, l'inverse de ce qu'on prône par ailleurs ; voilà. Donc nous attendons véritablement les actes sur la refondation de l'école.

L'Education est un débat inépuisable. Vincent Peillon toujours, veut instaurer la morale laïque. Il veut qu'elle soit enseignée aux élèves du Primaire et du Secondaire ; et il évoque comme l'un des objectifs qu'il  poursuit, je le cite : "un redressement matériel, intellectuel et moral du pays". Et vous, hier, Luc Chatel, vous avez dit : "Mais redressement intellectuel et moral. Pétain a employé ces mot-là en juin 40".
Alors, qu'est-ce qu'il faut en déduire ? Ou qu'en déduisez-vous ? Que Vincent Peillon est Pétainiste, c'est ça ?

Non.

Simplement, vous savez le ministère de l'Education Nationale, c'est le ministère des mots et c'est le ministère de l'Histoire. Et donc quand j'ai entendu ces mots, plus exactement quand je les ai lus dans une interview, dimanche, c'est vrai que j'ai bondi parce que redressement matériel, intellectuel et moral, c'est effectivement des propos qui avaient été tenus à une autre époque de notre Histoire.

Alors, il s'agit évidemment d'une bévue, d'une formule malheureuse. Mais derrière cela, c'est assez révélateur ...   

Parce qu'on n'a plus le droit d'employer ces mots-là ?

 Non.

Alors, je vais vous répondre. Moi je suis évidemment favorable à l'enseignement de la morale à l'école puisqu'avec Xavier Darcos c'est nous qui l'avons réinstaurée. C'est moi qui ai signé la circulaire, qui organise l'enseignement de la Morale à l'école. Et je me trouverai toujours derrière cette logique.

Par contre, je ne comprends pas l'idée de redressement moral, c'est-à-dire que je ne crois pas que notre pays aujourd'hui, ait besoin de redressement moral. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ca veut dire qu'on serait arrivé à un niveau d'amoralisme qui fait que chacun doit s'en occuper. Vous savez, la Gauche n'a pas de leçon de Morale à nous donner. Donc, je suis en profond désaccord avec cela.


Voilà, donc l'Education.


On va passer à la Politique. Présidence de l'UMP ? C'est la bagarre. Jean François Copé et François Fillon se disputent le poste de président de l'UMP ; et puis, il y a des candidats un peu tous les jours; Le dernier en date, c'est Henri Guaino, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy quand celui-ci était à l'Elysée. Il n'est pas satisfait du duel.

Cette multiplication de candidatures vous suscite des commentaires ?


D'abord, ce n'est pas la bagarre ? C'est le débat. C'est bien, que les militants de l'UMP aient à trancher, d'abord sur les hommes, en choisissant leur président pour trois ans et leur équipe dirigeante mais aussi sur la ligne politique parce que ce qui est important c'est que les militants vont avoir à se prononcer aussi sur ce qu'on appelle des motions, c'est-à-dire des sensibilités politiques.

Moi-même avec un certain nombre d'amis je porterai ...

Vous soutenez Jean François Copé.


... au congrès une motion pour défendre un certain nombre de valeurs, de libertés, de responsabilités. Et ça, c'est un point important que les militants arbitrent.

Ensuite ... Vous savez, plus il y aura de choix, plus il y aura de candidats, meilleur c'est. Moi je pense que c'est important, c'est un rendez-vous démocratique attendu par les militants. Ensuite, c'est vrai qu'il y a le fil de ce qu'on appelle les 8.000 signatures, c'est-à-dire qu'il faut être parrainé par 8.000 militants de l'UMP et nous verrons à la fin, quels sont les candidats qui obtiennent ce poste.

Votre pronostic ? Il y aura beaucoup de candidats finalement ?


Ecoutez, c'est vrai que ce système est un peu complexe des 8.000 signatures et je ne suis pas sûr que beaucoup de candidats obtiennent ces 8.000 signatures.

Et vous soutenez Jean François Copé ?


Moi je soutiens Jean François Copé parce que je pense que c'est le mieux placé par rapport à la situation de notre formation politique aujourd'hui. Ce dont nous avons besoin, c'est un organisateur ; ce dont nous avons besoin, c'est un Chef de parti qui fasse le tour des fédérations, qui détecte les talents, qui prépare les municipales de 2014. Aujourd'hui, ce n'est pas la première manche de la Primaire de 2017. Ne nous trompons pas d'élection !

Je voudrais votre avis sur cette histoire que raconte Le Parisien aujourd'hui. Un chef d'entreprise de Haute Savoie, Yves Bontaz, avait prévenu que si François Hollande était élu, le projet d'entreprise qu'il avait en tête, il ne le réaliserait pas en France mais au Maroc. Et ce matin, il dit : "je passe à l'acte". Yves Bontaz est membre de l'UMP. Vous considérez son  geste comment ?

Mais tant mieux !

C'est vrai ?


Moi chaque fois qu'un entrepreneur ...

Ca ne manque pas de patriotisme. Au Maroc ?

Ah pardon ! Il a décidé de se délocaliser, je le regrette. Je le regrette évidemment. Simplement je constate que tous les signaux qui sont envoyés vis-à-vis du monde économique, de l'entreprise vont dans la mauvaise direction.  Aujourd'hui, de quoi a besoin notre pays ?

Et ça justifie de créer des emplois à l'Etranger ?

Je n'ai pas à apprécier, je n'ai pas à juger la réaction d'un chef d'entreprise. Je constate qu'avec la politique qui est menée aujourd'hui, l'attractivité de notre pays va chuter, va baisser. Aujourd'hui, nous sommes en compétition mondiale. Aujourd'hui, des investisseurs font ou ne font pas le choix d'abord de l'Europe et ensuite de la France. Et lorsqu'on envoie des contre-messages en disant que ...

Donc, vous le comprenez finalement ?

Je constate que les décisions qui sont prises aujourd'hui par le gouvernement vont dans le sens de moins de compétitivité et de moins d'attractivité. Et sur le long terme dans la bataille pour l'emploi, dans la bataille pour la croissance, c'est une mauvaise politique.

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2012-09-04 07:50:00
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