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Le père de Julien Le Pahun invité de Jean-Michel Aphatie

Joël Le Pahun, le père d'un des dix soldats français tués en Afghanistan, était l'invité de Jean-Michel Aphatie mardi matin. Il souhaite ardemment connaître les circonstances de la mort de son fils et réitéré son souhait de se rendre à Kaboul. Une demande à laquelle l'Armée a répondu favorablement.



Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Joël Le Pahun.

Joël Le Pahun : Bonjour.

Hervé Morin et Bernard Kouchner, ministres de la Défense et des Affaires étrangères, expliqueront cet après-midi aux députés de la Commission des Affaires étrangères les raisons de la présence de l'Armée Française en Afghanistan. Votre fils, Julien, allait avoir 20 ans. Il était membre du 8ème RPIMa à Castres, et il a trouvé la mort, lundi dernier, dans la région de Kaboul - donc en Afghanistan. Est-ce que vous, Joël Le Pahun, vous savez pourquoi votre fils se trouvait en Afghanistan ?

Vous vous adressez au père, vous vous adressez au citoyen. Je crois que c'est la première question qu'il faut se poser parce qu'il ne faut pas mélanger les deux. Il est vrai que lorsque nous avons découvert ce drame, cette horreur, cette tragédie, c'est le père qui a répondu, c'est le père qui a parlé. Ne me demandez pas ce que j'ai dit. Je suis complètement incapable de me rappeler ce que j'ai pu dire lorsque nous avons été interviewés. Mais là, c'étaient le père, la mère et effectivement, je crois que mon épouse a eu beaucoup plus de retenue que moi ; mais à côté de ça, il faut être logique. Je crois qu'il ne faut pas se contenter, je dirais de se réfugier derrière son rôle de père. Il faut être le citoyen et comprendre pourquoi ces professionnels de la guerre (parce qu'on l'a mieux compris après) étaient en Afghanistan.

Vous l'aviez mieux compris parce que, par exemple, vous avez vu des militaires. Samedi, vous étiez à Castres.

Absolument.

Vous participiez aux cérémonies d'enterrement de ceux qui sont tombés avec votre fils. Et toutes ces discussions avec ces militaires, ça vous a fait évoluer ?

Bien sûr, parce que nous n'avons pas rencontré que des haut-gradés. Bien sûr, nous les avons rencontrés. Mais nous avons voulu également connaître les amis de notre fils. Nous avons voulu connaître les autres soldats qui vont partir. Et ils nous ont expliqué qu'il ne faut pas non plus mélanger les choses. Effectivement, ce sont des jeunes gens. Effectivement, ils ont les mêmes envies, les mêmes aspirations, ils font les mêmes bêtises que des jeunes gens. Ce sont, je dirais des grands ados, ou de jeunes hommes.

Néanmoins, il ne faut pas oublier une chose. Ces jeunes garçons sont préparés. Et ne leur dites pas qu'ils sont trop Jeunes pour partir. Ne leur dites pas qu'ils ne sont pas préparés parce que là véritablement, vous allez les vexer, les choquer. Nous, on a passé la moitié d'une nuit avec eux pour essayer de comprendre. Et je peux vous dire qu'à l'unisson, tout le monde veut partir. Nous avons rencontré deux Jeunes qui, eux, voulaient démissionner puisqu'il y a une remise de fourragère bientôt. Et ils ont avant cette remise de fourragère l'occasion de pouvoir démissionner. Et ils nous ont dit : "C'est hors de question, c'est hors de question". Maintenant, il faut que nous y allions. Ils sont tous volontaires.

Vous voulez dire, Joël Le Pahun, que votre fils dont on avait compris pourtant qu'il était parti en Afghanistan avec peut-être la peur au ventre, beaucoup d'appréhension, était tout de même un Professionnel qui savait où il allait, qui savait ce qu'il risquait ?

Absolument. Par contre là aussi, vous savez : je crois qu'il faut vraiment s'ouvrir les yeux et écouter les autres. Il n'y a qu'au travers de la communication, des rencontres que l'on peut faire que l'on peut mieux comprendre et mieux analyser une situation. Hier, nous étions à l'hôpital Bégin. Nous avons été voir en l'occurence l'adjudant Evrard qui est l'adjudant qui a formé notre fils et l'intégralité de la section qui est blessé lui aussi, déjà pour lui assurer de toute notre amitié, notre soutien parce que ce n'est pas de sa faute. Je veux dire, il a fait ce qu'il fallait. Ceci étant, je veux dire, ce sont des hommes convaincus.

Il nous a expliqué aussi la chose suivante, c'est qu'effectivement lorsque nous avons accompagné Julien à Orly, il pleurait. Nous aussi.

Mis il a quitté une famille pour en retrouver une autre. Et ça, c'est véritablement une notion que nous n'avons pas. Et c'est une notion que nous avons réussie à comprendre lorsque nous étions à Castres. Lorsqu'on dit que l'Armée est peut-être la Grande Muette ; mais c'est aussi une grande famille. Et là, véritablement, nous l'avons compris. Et je peux vous dire que ça fait chaud au cœur  parce que sans eux, je crois qu'aujourd'hui je ne serais déjà pas là. Et ce serait impossible. Et nous avons rencontré deux soldats dont deux amis de Julien. Et je peux vous assurer, ils nous ont dit : vous savez,  ça nous fait tous la même chose. Le fait de quitter sa première famille, sa famille originelle, effectivement on a mal, on a peur. Mais une fois que l'on se retrouve ensemble, tout ça c'est passé puisqu'on redevient des Professionnels. On quitte des adolescents ou des jeunes hommes pour retrouver des soldats et de vrais professionnels.

Ce que vous souhaitez aujourd'hui, Joël Le Pahun, c'est pouvoir aller en Afghanistan. Pourquoi souhaitez-vous y aller ?

Pourquoi ? Parce que là encore on veut comprendre ce qui s'est passé. On a de plus en plus d'informations. Nous avons eu l'occasion de croiser - très peu de temps, malheureusement- mais ça va se reproduire, le Président Sarkozy. Je pense que nous aurons (j'en suis alors complètement persuadé) l'intégralité des informations et la vérité sur ce qui s'est passé. Je ne suis pas Militaire. Je ne suis pas Stratège. A côté de ça, dans mon rôle de candide, j'ai quelques notions et on a des questions à poser.

Quel genre de questions vous voulez poser ? Qu'est-ce que vous voulez savoir que vous avez l'impression de ne pas savoir aujourd'hui, Joël Le Pahun ?

Je ne comprends pas comment aujourd'hui, avec les moyens militaires que nous possédons, il n'y ait pas pu avoir de repérage de ces troupes qui étaient ... C'était une embuscade. Une embuscade, ça veut dire quoi ? Que les Talibans étaient statiques.

Déjà postés ?

Absolument.

Ils attendaient ?

Ils attendaient. Donc, je ne sais pas. Vous avez des Drones, vous avez des hélicoptères qui sont équipés de matériels de détection, enfin je veux dire... Il y a tout ce qu'il faut.

Et vous attendez que l'Armée, les militaires sur place, vous expliquent et éventuellement, reconnaissent des erreurs.

Absolument. Je ne dis pas qu'ils reconnaissent une erreur. Je veux comprendre. Peut-être qu'ils l'ont fait. Peut-être qu'ils n'ont pas fait. Je ne sais pas. Mais véritablement ce qui me choque, j'ai l'impression qu'on n'a pas mis les moyens suffisants. Et c'est vrai qu'un hélicoptère Apache américain coûte largement plus cher que la vie de dix hommes.

Comment irez-vous en Afghanistan, Joël Le Pahun ? Vous irez par vos propres moyens ou bien vous pensez, vous espérez que le gouvernement, l'armée vous permettront d'accéder sur  certains sites ?

C'est bien plus qu'un espoir que ça se passe au travers du gouvernement puisque le jour où nous avons rencontré le général Georgelin à la cérémonie des Invalides...

Le chef d'état-major ?

On lui a dit : "Nous, nous voulons partir en Afghanistan par nos propres moyens". Ceci étant, je veux dire, l'aéroport de Kaboul est ouvert et tout le monde peut y aller. Et en définitive, le Président en a parlé. Il a dit qu'il proposait, qu'il essaierait de mettre en place, donc un voyage pour les familles qui souhaitent se déplacer là-bas.

Et vous espérez que cela se fera rapidement ?

Le plus rapidement possible parce que nous en avons besoin et on a envie de voir les sections qui sont là-bas pour aussi une chose. Alors, ça peut paraître désuet mais je crois qu'il est important de leur dire qu'on est derrière eux, qu'on les aime, qu'il faut les soutenir et que ce sont des hommes FOR-MI-DA-BLES. Ce sont tous de vrais héros.

A ce propos, Joël Le Pahun, vous avez un ruban jaune au revers de votre veston.

Je vais vous le remettre tout de suite. Alors, ce ruban jaune, c'est une femme qui s'appelle Mme Pascale Aragonès qui est l'épouse du chef de corps du 8ème régiment à Castres. Au demeurant, une femme fantastique ; et nous l'avons rencontrée vraiment... Là encore, ça fait chaud au coeur, on ne se sent pas seul. Et ce ruban jaune, c'est une opération qu'elle a initiée. Cette opération a pour objet de venir en aide aux soldats qui sont sur place en Afghanistan. Ce sont des rubans qui sont déjà vendus au travers du "8" à Castres. Nous, nous allons essayer de prendre le relais ici puisque pour la région parisienne et puis, nous allons contacter toutes les délégations françaises à l'étranger pour essayer également d'organiser, si vous voulez, une certaine émulation pour pouvoir recueillir des fonds afin de pouvoir financer, je dirais... On  voudrait améliorer l'ordinaire des soldats qui sont sur place dans un premier temps. Il faut savoir qu'il y en a d'autres qui vont partir...

Les aider.

Il manque de beaucoup de choses, de moyens de communication...

Et leur témoigner une forme de soutien dans leur mission très difficile ?
   
Absolument. Donc, je fais appel aux auditeurs, de contacter le régiment de Castres, d'envoyer des dons et qu'ils sachent que ces gens-là, ces jeunes, se battent pour eux, se battent pour la France et qu'on en a véritablement besoin.

Joël Le Pahun, le papa de Julien qui est mort lundi dernier en Afghanistan, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.

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