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Le combat d'un cheminot contraint d'enterrer un collègue

C'est l'épilogue d'une histoire peu ordinaire qui s'est écrit mardi matin devant le tribunal des Prud'hommes de Paris. Pascal Prou, cheminot dans la région d'Angers, a signé un accord de conciliation avec la SNCF, quatorze ans après un drame qui a bouleversé sa vie. Le père de famille, qui a aujourd'hui 44 ans, a traversé une très longue dépression après avoir accepté l'ordre de son supérieur d'enfouir des restes non collectés d'un collègue percuté par un TGV. C'était en 1997. A l'époque, Pascal travaillait à la brigade "équipement" (les ouvriers d'entretien du rail). Aujourd'hui, il est conducteur de train. La SNCF ne conteste pas les faits, mais souligne son caractère sensible et la nécessité aujourd'hui de refermer le dossier. Selon les informations de RTL, les deux parties se sont accordées sur une indemnisation de 45.000 euros. Pascal prévoit de donner une partie de la somme à l'orphelinat de la SNCF.

Pascal P., cheminot à Angers, a traversé une très longue dépression après avoir accepté l'ordre de son supérieur d'enfouir des restes non collectés d'un collègue percuté par un TGV
Pascal P., cheminot à Angers, a traversé une très longue dépression après avoir accepté l'ordre de son supérieur d'enfouir des restes non collectés d'un collègue percuté par un TGV Crédit : Thomas Prouteau
Thomas Prouteau Journaliste RTL

Dévoré par la culpabilité

L'histoire commence un matin d'automne 1997. La veille, François C., cadre au sein de la brigade équipement d'Angers Sud, est percuté par un TGV dans une courbe particulièrement dangereuse où il contrôlait les traverses. Le cheminot est tué sur le coup. Après le passage des services légaux, le corps est restitué à son épouse. Mais la veuve ne trouve pas la médaille et la chaine de son mari. La Brigade équipement décide alors de retourner sur les lieux.

C'est là qu'il découvrent l'impensable : des parties du corps heurté de plein fouet par le TGV sont restées sur les voies, pour une raison qui reste inexpliquée à ce jour. Le chef d'équipe de Pascal Prou décide alors de ne pas ébruiter l'affaire, pour protéger le famille du défunt. Et demande au cheminot d'enterrer ce qui a été collecté.

Le lendemain selon son récit, Pascal Prou tente de dire qu'il se sent mal, mais son chef d'équipe insiste pour que la Brigade équipement serre les coudes et se taise. Un silence accepté par Pascal qui va alors entrer dans une longue dépression, dévoré par la culpabilité.

Tourner la page

Neuf ans après, en 2006, il fait une première tentative de suicide. La direction SNCF d'Anger est alors alertée et déclenche un soutien psychologique. Une procédure judiciaire sera même ouverte en 2008 et le chef d'équipe de l'époque reconnaitra en partie les faits, ajoutant devant les gendarmes qu'il ne "comprend pas pourquoi Pascal Prou reparle" de cette histoire douloureuse.
 
La veuve du défunt apprend alors, qu'une partie du corps de son mari a été enterré dans un terrain SNCF. Jusqu'à aujourd'hui, elle n'a souhaité ni s'exprimer, ni engager une procédure contre la SNCF, mais elle a fait savoir à l'avocat du cheminot qu'elle le pardonnait.

Pour reprendre pied complètement, Pascal Prou décide en 2010 d'attaquer la SNCF devant les Prud'hommes pour atteinte au contrat de travail. Après une procédure de plusieurs mois, la SNCF a finalement accepté un accord de conciliation ce matin. Les deux parties reconnaissent que la direction nationale n'avait jamais été informée, mais la SNCF témoigne de sa compassion pour le traumatisme subi par le cheminot.

Pascal Prou, père de trois enfants, est toujours employé à la SNCF. Mais il est aujourd'hui conducteur de trains spéciaux. Le cheminot veut à présent tourner la page de cette histoire et compte donner une partie de la somme aux orphelins de la SNCF.

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Le combat d'un cheminot contraint d'enterrer un collègue
Le combat d'un cheminot contraint d'enterrer un collègue
C'est l'épilogue d'une histoire peu ordinaire qui s'est écrit mardi matin devant le tribunal des Prud'hommes de Paris. Pascal Prou, cheminot dans la région d'Angers, a signé un accord de conciliation avec la SNCF, quatorze ans après un drame qui a bouleversé sa vie. Le père de famille, qui a aujourd'hui 44 ans, a traversé une très longue dépression après avoir accepté l'ordre de son supérieur d'enfouir des restes non collectés d'un collègue percuté par un TGV. C'était en 1997. A l'époque, Pascal travaillait à la brigade "équipement" (les ouvriers d'entretien du rail). Aujourd'hui, il est conducteur de train. La SNCF ne conteste pas les faits, mais souligne son caractère sensible et la nécessité aujourd'hui de refermer le dossier. Selon les informations de RTL, les deux parties se sont accordées sur une indemnisation de 45.000 euros. Pascal prévoit de donner une partie de la somme à l'orphelinat de la SNCF.
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2011-12-13 13:00:00
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