1 min de lecture Le fait politique

"Le défaut de l'Europe, c'est d'être trop intrusive, tatillonne et bureaucratique"

VIDEO - On est donc à mi-chemin de ce Sommet de Bruxelles. On parle évidemment ce vendredi matin de cette nuit sous haute pression italienne et espagnole. Et alors qu'on nous annonce que pour sauver l'euro, il faudra plus d'Europe, on peut quand même s'interroger. Plus d'Europe, dans l'esprit de beaucoup, c'est quand même plus de technocratie. La chronique d'Alain Duhamel.

Alain Duhamel
Alain Duhamel
La Semaine Politique - Duhamel
Alain Duhamel Journaliste RTL

Vous avez raison. Dans la tête des gens, l'idée reçue, le schéma classique, c'est de dire l'Europe c'est lointain, l'Europe c'est une technocratie. Je crois que c'est une idée qui est complètement fausse et donc complètement injuste.

Un : ce qu'on sous-estime beaucoup, l'Europe est la seule organisation internationale au monde qui dispose d'un Parlement élu au suffrage universel direct par tous les citoyens. L'Europe, c'est beaucoup plus démocratique que les Nations Unies, l'OCDE ou n'importe quelle autre organisation régionale, africaine, américaine ou asiatique. Premièrement.

Deuxièmement : l'Europe s'est bâtie autour de deux idées qui sont la paix et la démocratie. Quand on regarde où on en est soixante ans après, il faut reconnaître que c'est la première fois dans l'Histoire de l'Europe, dans l'Histoire, que, effectivement, il y a eu en Europe dans tous les pays relevant de l'Union Européenne, la paix et la démocratie. Donc, ça a été réellement atteint.

Troisièmement : l'Europe dispose de garde-fous en matière de démocratie exceptionnellement efficaces, comme la Cour Européenne de Justice, ou comme la Cour Européenne des Droits de l'Homme, dont on sait très bien aujourd'hui que ce sont des institutions judiciaires qui sont plus protectrices des droits individuels que les institutions judiciaires nationales.

Mais, Alain, on ne sait pas bien qui a le pouvoir. Enfin, on sait juste que ces personnes sont loin et qu'on ne les connaît pas.

Il y a toujours l'idée des gnomes de Bruxelles. Des méchants fonctionnaires avec des manches en moleskine qui passent leur temps à embêter tout le monde, etc. Qui commande à Bruxelles ? Le Conseil Européen. Le Conseil Européen, de quoi est-il constitué ? Des Chefs d'Etat et de Gouvernement de pays qui sont tous démocratiques et qui ont tous été désignés par le suffrage universel. Les commissaires. On dit que les commissaires c'est l'horreur.

Ce sont les méchants, ce sont les surveillants généraux, les censeurs. Les commissaires, ce sont tous d'anciens ministres, en tout cas d'anciens homme ou femmes politiques qui ont été choisis par des gouvernements démocratiques. Ceux qui appartiennent à l'Eurogroupe, ce sont les Ministres des Finances démocratiques, de gouvernements démocratiques, de pays démocratiques. Et quant à l'administration européenne à Bruxelles, je vous signale que pour 27 pays, il y a moins de fonctionnaires que pour Paris.

Et en même temps, Alain, cette Europe, elle donne le sentiment de vouloir se mêler de tout dans notre vie quotidienne et même de vouloir faire le bonheur des peuples malgré eux.

Et ça, là, vous avez complètement raison. C'est le grand défaut de l'Europe. Ce n'est pas de ne pas être assez démocratique. Le grand défaut de l'Europe, c'est d'être trop bureaucratique, d'être trop tatillonne, d'être trop intrusive. Et là, on a tous 150 exemples à l'esprit de ridicule, y compris la taille des concombres ou la couleur des oranges. Donc, ça, il faudrait effectivement le corriger.

Ce n'est pas le fondement du système, ça peut se corriger. Pour le reste, il faut quand même tenir compte du fait qu'avec toute cette réglementation qui, effectivement prolifère, il y a de grandes garanties en matière d'hygiène, de sécurité, de santé publique et de droits individuels.

On peut améliorer les choses, dites-vous, mais comment, Alain ?

Alors, tout ne se fera pas tout de suite mais il y a des pistes. Par exemple, on pourrait tout à fait imaginer, un : que le Parlement Européen dispose du droit d'initiative législative.

Deux : on pourrait imaginer qu'à côté du Parlement qui existe, il y ait -ça serait un Congrès- des représentants des Parlements nationaux.

Trois : on pourrait imaginer -c'est d'ailleurs une proposition allemande- que le Président de la Commission, soit élu au suffrage universel direct. D'autres disent : "Ce sera mieux si c'était le Président du Conseil Européen". Il y a énormément de choses qui sont imaginables.

Il ne faut pas rêver, tout ça ne se fera pas du jour au lendemain, mais l'Europe, non seulement, est démocratique mais peut être encore plus démocratique.

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