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Laurent Fabius : "Les propos tenus par Robert Bourgi sur RTL sont d'une vulgarité glauque" (vidéo)

Le député socialiste de Seine-Maritime, répondait mercredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Laurent Fabius s'est dit "choqué" par les propos tenus par Robert Bourgi en début de semaine sur RTL. Ce proche du président de la République, qu'il lui arrive de conseiller sur les questions africaines, a raconté comment Omar Bongo et plusieurs autres chefs d'Etat africains avaient obtenu le départ du secrétaire d'Etat à la Coopération et à la Francophonie, Jean-Marie Bockel, qui avait critiqué la "Françafrique". L'ancien Premier ministre parle d'une "espèce de vulgarité glauque".

Jean-Michel Aphatie
Jean-Michel Aphatie
Journaliste RTL

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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Laurent Fabius.

Laurent Fabius : Bonjour.

Vous racontiez, avant d'entrer dans ce studio, combien vous avez été choqué par les propos tenus ici même sur Robert Bourgi, qui est avocat, conseiller officieux de Nicolas Sarkozy pour les affaires africaines. Il a raconté comment sur un coup de fil, l'année dernière, Omar Bongo a obtenu la tête de Jean-Marie Bockel, secrétaire d'Etat à la Coopération. Qu'est-ce qui vous a choqué dans cette histoire, Laurent Fabius ? 

Ce qui m'a choqué, ce n'est pas tellement ce que ce monsieur, que je ne connais pas d'ailleurs, disait sur la situation actuelle qui est très difficile après une élection troublante au Gabon, mais sur le passé. Il expliquait qu'au fond, sur un simple coup de fil adressé à lui, que monsieur Bongo - feu monsieur Bongo - appelait "fiston", eh bien monsieur Bockel qui alors était ministre, avait été viré.

Oui.

Monsieur Bourgi, en l'occurrence, s'étant mis en contact avec monsieur Sarkozy qu'il tutoie, en lui disant : "Tu ne peux pas le garder, donc il faut qu'il gicle", et c'était fait. J'ai trouvé - comment dire - une espèce de vulgarité glauque dans ses propos qui m'a choqué (je ne suis pas bégueule ! Je connais les réalités du pouvoir).

Qu'est-ce qui vous choque ? Robert Bourgi, lui, ce que vous appelez sa vulgarité glauque ou le fonctionnement qu'il décrit du pouvoir à ce moment-là ?

Le fonctionnement. Il y a une espèce de dérive qui montre que là, dans ce domaine particulier de la république, au fond ce sont copinage et les règles de droit, les intérêts de la France, le fonctionnement démocratique n'est absolument pas pris en cause.

Personne n'a réagi à cette interview ?

Oui, ça me frappe ! Vous avez raison. Ca me frappe ; mais moi j'écoutais RTL à ce moment-là. Et on entend beaucoup de choses ; et encore une fois, les choses ne sont pas toujours agréables ; mais là, j'ai trouvé que c'était une dérive qui était absolument inacceptable. Alors, je ne mélange pas tous les sujets ; mais quand je vois d'autres sujets où il y a des dérives massives, je m'inquiète de dérives en matière judiciaire, avec le remplacement du juge d'instruction maintenant par un contrôle total du gouvernement sur toute une série d'affaires ; dérives financières : le Président de la République nomme ses amis à la tête des banques...

Enfin, vous avez raison de dire -là, ce sont des choix politiques, vous les combattez, c'est une chose...

Oui, d'accord ; mais enfin, si vous voulez, c'est l'histoire...

... qu'un chef d'Etat étranger téléphone pour obtenir la tête d'un ministre  et qu'il l'obtienne... C'est peut-être autre chose. Et en même temps, Laurent Fabius, il ne faut pas faire semblant de découvrir cela. Vous avez siégé dans un gouvernement au début des années 80...

Je ne dis pas que tout ait été parfait !

... Où ça s'est passé comme ça. Jean Pierre Cot, ministre de la Coopération, démissionné aussi par François Mitterrand (enfin, il va démissionner, lui, mais en fait parce qu'il a perdu la confiance de François Mitterrand) parce que précisément les chefs d'Etat africains ne veulent plus de Jean-Pierre Cot. On ne découvre pas ça !

Oui, je ne sais pas exactement comment ça s'est passé ; mais c'est vrai qu'il y a eu à l'époque un problème, mais en tout cas, il n'y avait certainement pas ce copinage qu'on voit aujourd'hui. Mais tout de même, monsieur Aphatie, même si c'est différent, cette prise en mains, cette reprise en mains, moi me choque ; je le disais en matière judiciaire, en matière financière, en matière électorale. Bon ! Vous disiez, il n'y a pas eu de grands titres dans les journaux à propos de monsieur Bourgi, enfin il y a quand même quelque chose qui est encore plus massif, c'est-à-dire qu'on est en train de nous concocter un découpage électoral où même si la Gauche...

(Rire !)

Non, non, mais écoutez, c'est quand même énorme !... Même si la Gauche emporte la majorité des voix, elle perdra les élections. C'est le principe même de la démocratie qui est mis en cause. Et puis alors, là c'est plus souriant, cette dérive des images, là on ne peut pas dire que c'est différent. On nous a appris (ah, je prends ça avec le sourire) que maintenant pour être autour du Président de la République sur la photo, il fallait avoir une certaine taille. Bon ! Il y a eu très peu de reprises sur, je ne sais pas si vous en avez parlé sur cette radio...

Si, si, si...

... Si, si, si, vous avez eu raison ; à la télévision publique, quasiment pas.  Donc, c'est un ensemble...

Le fonctionnement de l'appareil d'Etat et puis, ce que vous décrivez sont peut-être deux choses différentes. Nous ici, à RTL...

Oui, mais c'est un ensemble. C'est un ensemble. Et je trouve qu'il faut vraiment que la Présidence se resaisisse !

Nous avons été surpris qu'aucun responsable politique et notamment au sein du gouvernement, ne commente les propos de monsieur Bourgi !

Vous avez eu raison.

Vrais ou faux ? Et c'est cela qui nous a intéressés dans votre réaction puisque vous nous avez fait savoir que vous étiez choqué.Le Premier ministre a indiqué que si la "taxe carbone" était instaurée, l'impôt sur le revenu serait diminué. A cette condition, est-ce une bonne idée de faire la taxe-carbone, Laurent Fabius ?

Mais je ne suis pas sûr que dans ce domaine, on puisse se fonder sur les propos du Premier ministre parce que déjà, il nous avait dit une chose... Bon ! Prenons les choses sur le fond. C'est une bonne idée que la fiscalité soit plus environnementale. C'est une bonne idée. On ne va pas tourner autour du pot. La fiscalité, aujourd'hui, est basée essentiellement sur le travail, ce qui est une absurdité ; donc qu'on la "verdisse", c'est une bonne idée. Simplement, la façon dont le gouvernement a travaillé (le Président de la République jusqu'à présent on va voir ce qu'il dit), a complètement galvaudé, gaspillé cette idée. Moi je suis à la fois pour une fiscalité environnementale et contre une usine à gaz. C'est-à-dire concrètement, qu'il faut une fiscalité qui englobe toutes les sources d'énergie, qui puisse être dissuasive et donc, qui soit à un certain niveau, et puis aussi qui socialement, apporte les compensations.

Et l'idée de baisser l'impôt sur le revenu, c'est une bonne idée de compenser comme ça ?

Je me méfie parce que si on met tout ça dans un pot commun, et non pas dans un fonds particulier qui serait surveillé à la fois par les associations écologiques, par les partenaires sociaux et par les représentants des collectivités locales et de l'Etat, on risque d'avoir dans un premier temps quelque chose... Vous vous rappelez la vignette ? On avait dit, c'est pour les personnes âgées, etc. J'ai supprimé la vignette...

C'est vous qui l'avez supprimée. Bravo !

Mais le problème, c'est qu'au bout d'un certain nombre d'années, ça n'avait plus aucun rapport avec l'objet initial. Attention à ça !

Nous avons commencé cet interview, Laurent Fabius, en parlant de morale et nous allons terminer par là. Un livre sort qui raconte, qui dit que l'élection de Martine Aubry a été truquée, les urnes du Parti socialiste bourrées au mois de décembre pour qu'elle accède au poste de premier secrétaire du Parti socialiste. Ce livre s'appelle "Hold-up, arnaques et trahison. Alors quand l'élection s'est faite, on a déjà parlé de trucage de l'élection, qu'est-ce que vous en dites, Laurent Fabius ?

Oui, je me rappelle fort bien ! Et ça avait été abandonné, ces accusations, y compris par les Opposants internes de Martine Aubry.

Vous croyez que l'élection a été nette et qu'il n'y a pas eu de trucage ?

Oui, je crois que Martine Aubry a gagné, les choses sont derrière nous.

Gagné sans trucage ?

Je le crois mais ce n'est pas avec ce genre de propos qu'on va remettre la politique à la hauteur qu'elle devrait avoir.

Mais les propos s'ils décrivent une réalité, c'est un problème ?

Mais encore faut-il l'attester.

Et vous, vous n'avez rien remarqué qui vous a choqué sur le plan de la morale ?

Il n'y a pas d'éléments probants, non.

Qu'est-ce que vous allez faire avec ce livre ? Vous croyez qu'il faut attaquer ? Demander à la Justice...

Je n'en sais rien. Je n'en sais rien du tout.

D'accord.La morale, c'est une grande question politique, et nous l'avons abordée ce matin avec Laurent Fabius sur RTL. Bonne journée.

Il ne faut pas avoir une certaine taille pour faire de la politique ; ça, ce serait désastreux ! Mais il faut avoir une certaine hauteur !

Vincent Parizot : Ca, ça sera peut-être la phrase du jour !

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Le député socialiste de Seine-Maritime, répondait mercredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Laurent Fabius s'est dit "choqué" par les propos tenus par Robert Bourgi en début de semaine sur RTL. Ce proche du président de la République, qu'il lui arrive de conseiller sur les questions africaines, a raconté comment Omar Bongo et plusieurs autres chefs d'Etat africains avaient obtenu le départ du secrétaire d'Etat à la Coopération et à la Francophonie, Jean-Marie Bockel, qui avait critiqué la "Françafrique". L'ancien Premier ministre parle d'une "espèce de vulgarité glauque".
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2009-09-09 08:25:00