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Laurence Parisot : "L'inversion de la courbe du chômage d'ici un an ? Un sacré challenge !"

VIDEO - La présidente du Medef répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mardi matin. Laurence Parisot a jugé "inquiétante" la volonté du gouvernement français d'augmenter les impôts pour dégager 30 milliards d'euros dans le cadre du budget 2013.

Laurence Parisot invitée de RTL le 18 septembre 2012
Laurence Parisot invitée de RTL le 18 septembre 2012 Crédit : RTL
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La rédaction de RTL Journalistes RTL

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Laurence Parisot.

Laurence Parisot :
Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

Il y a huit jours sur TF1, François Hollande disait ceci à propos du chômage : "Je pense que nous devons inverser la courbe du chômage (à échéance de...) d'ici un an..."  Vous y croyez, vous, à l'inversion de la courbe du chômage d'ici 1 an, Laurence Parisot ?

C'est un sacré challenge.

Vous y croyez  ?
Ca ne fait aucun doute. Je pense...

... "Ca ne fait aucun doute" ! Quoi ?

Je pense que c'est un sacré challenge.

Ah oui, ça c'est sûr.

C'est un sacré challenge. Mais je pense qu'il y a des moyens d'obtenir au moins un arrêt de la croissance du chômage et ensuite, progressivement, de renverser complètement la tendance.

Malgré les plans sociaux, l'année prochaine, la croissance se rapproche de zéro sans doute. Et on peut imaginer vraiment, même stopper la progression du chômage ?


Il y a des politiques économiques et des politiques sociales qui, si elles étaient mises en œuvre, permettraient certainement d'atteindre un tel objectif.

"Si elles étaient mises en œuvre" : vous voulez dire que c'est une pratique différente de celle qui est mise en œuvre actuellement ?


Il y a deux sujets : la politique économique et les enjeux sociaux que nous avons notamment abordés dans le cadre de la négociation qui va s'ouvrir avec les organisations syndicales, le 4 octobre.

On va en reparler de la négociation avec les syndicats. Mais vous parlez de la politique économique. On nous annonce, l'année prochaine, 20 milliards de prélèvements supplémentaires sur les entreprises, sur les particuliers, ça vous semble être ça, la politique économique qui peut faire baisser le chômage ?

Eh bien, malheureusement non.

Voilà !

Comme nous l'avons souvent dit, c'est au final, au moment où un budget se présente devant la Nation, devant le Parlement qu'on prend les orientations d'une politique économique. Et ce que nous savons, pour le moment, mais il n'est pas encore officiel, mais ce que nous savons pour le moment du budget pour l'année prochaine, pour 2013, est de ce point de vue tout à fait inquiétant. Il y a une bonne nouvelle dans le budget. En gros, il s'agit de dire que quoi qu'il arrive, nous maintiendrons l'engagement pris par la France de réaliser un budget à moins 3% par rapport au PIB ; ça c'est indispensable pour la crédibilité de notre pays.

Mais ?

Mais la question, c'est : comment atteindre ces -3% ? Or, ce qui semble se dessiner est tout à fait préoccupant puisqu'il y aurait à priori deux fois plus d'augmentation d'impôts...

... Hum, hum... C'est le Président qui l'a dit, dimanche dernier. Oui.

Deux fois plus d'augmentation d'impôts que de baisse de dépenses publiques. Nous, nous pensons que pour atteindre l'objectif de réduction de chômage, pour relancer la dynamique économique et avoir une croissance plus soutenue que celle que nous avons aujourd'hui, nous devrions faire l'inverse, c'est-à-dire avoir deux fois plus de dépenses publiques que d'augmentations d'impôts.

L'histoire économique récente montre que c'est ainsi que cela marche. La Suède qui a connu, il y a quelques années, des difficultés terribles a beaucoup plus travaillé la baisse de ses dépenses publiques que l'augmentation de ses impôts. Et aujourd'hui, la Suède est un pays en pleine forme.

Donc, la politique économique choisie par le gouvernement, telle que vous la percevez, Laurence Parisot, n'est pas de nature à faire baisser le chômage ?

Eh bien, j'ai des doutes. J'ai des doutes, c'est tout à fait clair. Et comme cela a été dit d'ailleurs juste avant cette interview, le fait d'aggraver la pression fiscale tant sur les ménages que sur les entreprises de 20 milliards d'euros, rend les choses vraiment très difficiles. Et en plus, quand on dit qu'on va baisser les dépenses publiques de 10 milliards, en réalité c'est un abus de langage.

Ah ! Pourquoi ?


Parce que ce n'est pas 10 milliards de dépenses en moins, c'est par rapport à un rythme tendanciel de ces dernières années d'augmentations, en réalité des dépenses publiques en moyenne de 36 milliards par an, on va simplement les augmenter de 26 milliards. Donc, ce n'est qu'un frein à l'augmentation des dépenses qui est opérée et non pas une véritable réduction des dépenses.

Pour assainir le pays, il faudrait vraiment poste par poste, grand budget par grand budget, collectivité locale par collectivité locale, et même dans le domaine des prestations sociales, vraiment diminuer un certain nombre de dépenses publiques.

Donc, vous êtes assez déçue par le changement ?


Eh bien, je ne me pose pas la question en ces termes. Nous sommes aujourd'hui tous dans une situation difficile. Les entreprises sont fragilisées. Les ménages sont inquiets. Le chômage terrorise tout le monde. Il y a un effort collectif pour :
1. - Faire un diagnostic objectif
et 2. - Trouver les meilleures solutions possibles ensemble.

Dans ce contexte, vous allez ouvrir une négociation avec les syndicats de salariés pour voir dans quelle mesure vous pouvez modifier les conditions de travail dans l'entreprise. Les syndicats de salariés souhaitent davantage de sécurité ; vous, davantage de flexibilité. Par flexibilité, ça veut dire quoi ? La fin du CDI.  C'est ce que vous voulez, Laurence Parisot ?

Non, non, pas du tout. Non, non, ce n'est pas du tout le sujet. Nous avons deux ou trois points tout à fait importants ; et moi, je pense qu'il est tout à fait possible de trouver un accord avec les organisations syndicales.

Premier point : quand une entreprise fait face à une réduction de son carnet de commandes, une conjoncture particulièrement difficile, il faut qu'elle puisse s'adapter rapidement...

... Licencier plus facilement ?

... Et s'adapter rapidement, ça ne veut pas dire forcément licencier...

Mais ça peut vouloir dire ça.

Ca peut peut vouloir peut-être dire ça. Mais nous voudrions justement éviter ça au maximum. Et nous voulons trouver des mécanismes avec les organisations syndicales pour bouger plus facilement les paramètres qui comptent dans ces cas-là dans l'entreprise.  Les paramètres qui comptent sont  la durée du travail, le niveau de la masse salariale  ; et on peut très bien dire :  eh bien, ponctuellement,

Pas le salaire ?

Ponctuellement, le salaire, la masse salariale, on peut dire très bien ponctuellement : on bouge la durée du travail. S'il faut même, on fait quelque chose sur la réduction du salaire, et en échange, on maintient les effectifs. Donc là, il y a des compromis à trouver. Ca, c'est dans l'hypothèse où les choses sont vraiment difficiles. Mais il y a d'autres sujets, par exemple.
Nous, nous disons dans beaucoup de petites et moyennes entreprises, la peur de l'embauche est vraiment très importante et explique cette difficulté si française à être un peu plus audacieux en matière de création d'emplois. Il faut se demander comment lever cette peur de l'embauche.

Nous proposons, par exemple, de plafonner les dommages et intérêts qui sont versés par les tribunaux en cas de séparation entre l'employeur et le salarié parce que ces dommages et intérêts ont pris des proportions ces dernières années, absolument intenables pour beaucoup de Petites et Moyennes Entreprises.

Donc négociations importantes. Elles s'ouvrent le 4 octobre, et vous devez avoir fini, souhaite le Président avant la fin de l'année. Vous tiendrez le calendrier ?


Moi je pense que c'est tout à fait possible, d'abord parce que ce sont des sujets que nous préparons depuis longtemps avec les organisations syndicales. Nous connaissons nos dossiers. Et nous sommes tous conscients de la gravité de la situation. Il faut que nous nous dépassions.

Voilà. Laurence Parisot, présidente du Medef, invitée de RTL ce matin. Bonne journée.

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