1 min de lecture Liliane Bettencourt

L'avocat suisse des Bettencourt parle d'"agent de liaison"

Un "agent de liaison" permettait d'organiser les transferts de fonds entre les comptes suisses des Bettencourt et la France. C'est l'avocat helvétique des Bettencourt qui l'affirme dans des déclarations au juge d'instruction bordelais Jean-Michel Gentil, qui est allé l'entendre il y a un mois et demi. RTL vous révèle la teneur de ces déclarations. Me René Merkt détaille les mystérieuses remises de fonds de 4 millions d'euros de 2007 à 2009 sur lesquelles la justice enquête et explique qu'il "recevait ses instructions de Patrice de Maistre exclusivement".

micro générique
La rédaction numérique de RTL
et Mathieu Delahousse

C'est à Genève que le juge d’instruction bordelais Jean-Michel Gentil a exhumé la trace des 4 millions d'euros transférés entre 2007 et 2009 des comptes suisses des Bettencourt vers la France. C'est également à Genève que le magistrat s'est déplacé il y a un mois et demi pour entendre comme témoin René Merkt, l'avocat suisse de la famille Bettencourt.

René Merkt - qui avait déjà été entendu en 2010 en présence du procureur de Nanterre - a dû répondre au juge bordelais sur les transferts de fonds entre la France et la Suisse et le rôle de Patrice de Maistre. L’audition a lieu le 14 février dernier à Genève, en présence de magistrats suisse.

L’avocat, qui a pris le relais de son père auprès des Bettencourt à compter de 1974, décrit au juge Gentil ses relations avec les gestionnaires de fortunes de la famille. "Je communiquais régulièrement avec une personne faisant office d’agent de liaison, raconte-t-il. Cet agent de liaison permettait entre autres  à la famille Bettencourt de me transmettre leurs instructions (…) A une date dont je ne me souviens plus avec exactitude, les époux Bettencourt m'ont indiqué que Patrice de Maistre remplacerait [le gestionnaire de fortune précédent]".

A compter de 2004, poursuit l’avocat suisse René Merkt, "je recevais mes instructions de Patrice de Maistre exclusivement. Il insistait chaque fois pour une remise à disposition en mains propres de Liliane Bettencourt". Le système de compensation est décrit avec précision : Me Merkt reçoit la demande et donne à son tour un ordre à l'organisme financier Cofinor pour une remise en liquide à Paris ("Cofinor dispose de correspondants qui évitent ainsi des passages de frontières", précise l'avocat suisse). Selon un tableau versé au dossier, Liliane Bettencourt s'est vue remettre à son domicile des fonds à quatre reprises : le 5 février 2007, le 26 avril 2007, le 2 février 2008 et le 8 décembre 2008 pour un total de 2,8 millions.

Pour trois autres remises de fonds (1,2 million au total), Patrice de Maistre se fait remettre directement les fonds au siège de sa société. Ces trois versements, à chaque fois de 400.000 euros, interviennent le 18 novembre 2009, le 27 novembre 2009 et le 7 décembre 2009.

L'avocat suisse René Merkt décrit enfin à la demande du juge le rôle que Patrice de Maistre aurait eu auprès de la milliardaire en décembre 2009, quand il fut décidé de transférer une partie de ses avoirs de la Suisse vers Singapour. Un rendez-vous est organisé entre le gestionnaire de fortune, l’avocat suisse et la vieille dame. Plusieurs éléments dans le dossier montrent que l'héritière de L'Oréal aurait été "préparée au rendez-vous".

"Comment interpréter le rôle de Patrice de Maistre à l'égard de Liliane Bettencourt ?", demande donc le juge Gentil à René Merkt. "Un excellent aide-mémoire", rétorque l'avocat.

Dans une déclaration devant les enquêteurs français en 2010, révélée le week-end dernier par le "Journal du Dimanche" (JDD),  René Merkt précisait que ce jour-là, "Patrice de Maistre dirigeait la conversation. Il a indiqué à Liliane Bettencourt qu’il fallait transférer ses avoirs de Suisse vers Singapour (…) Elle m'a paru lucide". Il soulignait, par ailleurs, que cet argent correspondait à "des avoirs déposés par Eugène Schueller auprès de la banque Pictet".

Pour les trois juges de Bordeaux qui instruisent le dossier et tandis que Patrice de Maistre est en détention provisoire depuis le 23 mars, l’objectif est désormais de savoir où sont allés les 4 millions d'euros sortis de Suisse par le biais du "système opaque et sophistiqué de compensation" qui a fonctionné  entre 2007 et 2009.

La piste du financement politique continue à être exploitée. Les magistrats ont notamment mis en exergue que deux retraits en 2007 sont effectués à des dates proches de rendez-vous entre Eric Woerth et Patrice de Maistre. Les juges veulent vérifier si tout ou partie de ces 4 millions d’euros n’ont pas pu financer la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

Un avocat connaisseur du dossier souligne cependant qu'à ce jour, aucune remise de fonds n'est établie. Et il souligne que, vu l'ampleur du système qui a duré jusqu’en 2009, comment imaginer qu'il ait mis en place uniquement pour Eric Woerth et la campagne de Nicolas Sarkozy. Le chef de l’Etat a souligné, le 6 avril sur RTL, qu'"à l’évidence", il n'avait pas reçu de fonds en liquide de monsieur de Maistre.

Mathieu Delahousse

Lire la suite
Liliane Bettencourt Justice Affaire Bettencourt
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants