3 min de lecture Terrorisme

Terrorisme : comment nos voisins belges traitent-ils la question des revenants ?

ÉCLAIRAGE - Une étude belge de l'Institut Royal des Relations Internationales, ou Egmont, recense les politiques mises en oeuvre pour accueillir les revenants du jihad par nos voisins.

Un surveillant de prison à Fleury-Mérogis, le 31 octobre 2013 (archives)
Un surveillant de prison à Fleury-Mérogis, le 31 octobre 2013 (archives) Crédit : AFP / ERIC FEFERBERG
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Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Quel sort réserver aux revenants des terres de jihad ? Depuis plusieurs années déjà, l'Europe est confrontée aux retours de ses ressortissants partis combattre dans les rangs de groupes terroristes, notamment l'État islamique, en Irak et en Syrie. Deux vagues marquent particulièrement les pays européens, une première entre 2013 et 2014 et l'autre depuis 2015. 

Alors qu'en France cinq hommes sont actuellement jugés (jusqu'au 11 avril) soupçonnés d'être partis en Syrie et d'appartenir à la filière jihadiste de Lunel, l'institut Egmont (think tank belge sur la politique internationale) a publié une étude en février 2018. Elle s'intéresse aux différents traitements des revenants dans les pays européens : la Belgique, les Pays-Bas et l'Allemagne

En France, les hommes et les femmes sont immédiatement placés en détention provisoire à leur retour de la zone irako-syrienne. En fonction de leurs actions sur place, ces individus vont être ensuite jugés pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, soit au correctionnel soit au pénal. Dans le premier cas, ils risquent jusqu'à 10 ans de prison ferme, dans le second, jusqu'à 30 ans de réclusion criminelle (depuis la loi de 2016).

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En mars 2018, la barre des 330 revenants, dont 77 enfants, a été franchie selon Marc Hecker, chercheur au Centre des études de sécurité de l'Ifri notamment sur les questions de terrorisme et de radicalisation. Des retours qui se divisent en plusieurs vagues. Entre 2016 et 2018, seulement une centaine de retours, contre 250 recensés à la mi-2016.

La France a aussi fait le choix d'alourdir ses peines d'emprisonnement et d'isoler des autres détenus les personnes radicalisées considérées comme les plus dangereuses.

Des peines moins lourdes et des détenus isolés

De l'autre côté de la frontière, en Belgique, les revenants sont aussi systématiquement appréhendés, présentés à un juge d'instruction, qui décidera ensuite de la mise en détention provisoire de l'individu jusqu'au procès. Sur 413 partis, 125 sont revenus, 10 sont morts (dans les attentats de Paris et Bruxelles notamment). Il en reste donc 115. Parmi eux, 44 sont en prison, et les autres (dont une majorité des 26 femmes) sont en liberté soit après des peines courtes, soit sous la contrainte de mesures probatoires, comme la liberté conditionnelle.

Aujourd'hui, c'est presque la totalité des cas qui sont concernés par ces détentions provisoires. Comme pour la France, il est difficile d'établir quel a été leur rôle sur place. Beaucoup plaident ne pas avoir participé aux combats pour éviter les peines les plus lourdes. 

En Belgique, elles sont de toute manière plus légères qu'en France. Pour être parti(e) rejoindre une zone de jihad, un ou une revenant(e) pourra écoper de 3 à 5 ans de prison ferme maximum. Une fois en détention, ils sont dispersés dans les 32 prisons belges. Contrairement aux Pays-Bas qui, ne comptant que 50 revenants en tout, ont une approche portée davantage sur la concentration de ces derniers.

Mais pour les détenus les plus radicalisés, il existe deux options qui s'additionnent : les recruteurs peuvent être envoyés dans l'une des deux ailes spécialisées et isolées des autres détenus : les "D-Radex". L'autre option est la prison de Bruges, qui possède un quartier de haute sécurité, où ont été, ou sont toujours, incarcérés des figures du jihadisme européen : Salah Abdeslam (seul survivant des assaillants du 13 novembre), Mohamed Abrin ("l'homme au chapeau" des attentats de Bruxelles) et Medhi Nemmouche (musée juif de Bruxelles). 

Selon l'auteur de l'étude, Thomas Renard, des mesures probatoires sont de plus en plus utilisées afin d'imposer un suivi de l'individu. Car une fois la peine de prison terminée, les jihadistes échappent à la surveillance judiciaire. En France, on estime que d'ici deux ans, les premiers condamnés pour des faits de terrorisme, les sortants, auront achevé leur peine de prison. Ils représentent un nouveau défi pour les autorités.

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2018-04-07 11:02:45
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