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Évasion de Redoine Faïd : des défaillances ont-elles eu lieu dans la surveillance ?

ÉCLAIRAGE - Si la menace était connue des services pénitentiaires, le braqueur multirécidiviste a réussi à s'évader de la prison de Réau, en Seine-et-Marne, dimanche 1er juillet.

Le centre pénitentiaire de Réau, en Seine-et-Marne
Le centre pénitentiaire de Réau, en Seine-et-Marne Crédit : Thomas SAMSON / AFP
ClaireGaveau
Claire Gaveau
et AFP

Une évasion qui pose question... 24 heures après la belle de Redoine Faïd, 46 ans, près de 3.000 policiers et gendarmes sont mobilisés sur l'ensemble du territoire pour tenter de rattraper le braqueur multirécidiviste qui s'est échappé de la prison de Réau, en Seine-et-Marne, dimanche 1er juillet. Son frère, qui avait été placé en garde à vue car il s'entretenait avec Redoine au parloir au moment de l'évasion, a été remis en liberté ce lundi 2 juillet au soir.

Invité de RTL ce lundi 2 juillet, le premier ministre Édouard Philippe a affirmé que la priorité concernait la "mobilisation pour retrouver cet individu", tout en reconnaissant que cette évasion amenait un certain nombre d'interrogations concernant notamment le niveau de sécurité de cet établissement pénitentiaire, inauguré en 2011.

La ministre de la Justice Nicole Belloubet, de son côté, a admis une éventuelle défaillance. "Je ne prétends pas qu'il n'y a pas ici de défaillance. Il y en peut-être une. Si c'est le cas, nous y porterons remède immédiatement", a-t-elle déclaré en annonçant l'arrivée d'une mission d'inspection, au micro d'Europe 1.

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Une absence normale de filet ?

Comment un hélicoptère, dont le pilote a été pris en otage par un "commando armé", a pu se poser librement dans la cour d'honneur de la prison de Réau ? L'opération a duré dix minutes au total. Depuis, Redoine Faïd et ses complices sont introuvables. "Nous sommes face à un commando qui était très bien préparé, très bien organisé et qui s'est posé sur le seul espace très restreint qui existait dans cette prison et qui n'était pas pourvu de filins anti-hélicoptère", a réagi la garde des Sceaux. 

Si Nicole Belloubet assure à l'heure actuelle qu'il n'y avait aucune raison évidente pour que la cour d'honneur soit pourvue d'un tel dispositif, les conclusions de l'inspection permettront très certainement d'y voir plus clair.

Une prison adéquate ?

Pour certains syndicalistes, la question est même plus profonde. La prison de Réau était-elle suffisamment préparée pour accueillir un récidiviste de cette trempe ? Pour Emmanuel Baudin, secrétaire général de FO pénitentiaire, la réponse est non. "On aurait dû le mettre dans une centrale sécuritaire, comme Condé-sur-Sarthe ou Vendin-le-Vieil, où jamais un hélicoptère ne peut se poser parce qu'il y a des filins partout, parce que les miradors sont très hauts et très armés", a déclaré le syndicaliste sur France Info.

En juin 2013, un rapport commandé par la Direction de l'Administration pénitentiaire (DAP) avait mis au jour des dysfonctionnements à Réau, principalement liés au laxisme de l'encadrement dans la section dédiée aux détenus considérés comme les plus dangereux.

Le matériel à disposition au sein de l'établissement est aussi pointé du doigt par certaines sources pénitentiaire. Une opération aussi préparée suppose une communication entre l'intérieur et l'extérieur de la prison. Celle-ci aurait été possible notamment à cause des brouilleurs en place à Réau qui sont obsolètes, "comme dans les trois quarts des 800 établissements équipés" en France.

Un danger sous-estimé ?

L'administration pénitentiaire a-t-elle pris trop à la légère le risque d'évasion de Redoine Faïd ? Selon les informations de M6, plusieurs agents de la direction régionale des services pénitentiaires avaient demandé à la Chancellerie le transfert du braqueur multirécidiviste vers une autre prison. De nombreux éléments et témoignages attestaient en effet d’un projet d’évasion alors en préparation.

Malgré cette menace, un transfèrement n'était pas prévu avant le mois de septembre, selon LCI, qui a eu accès à un échange de mails. La colère d'un agent pénitentiaire, qui évoque une "décision très dangereuse", est ainsi flagrante. "Nous prenons des risques graves et sérieux de trouble à l’ordre public, sans compter le risque de violences très graves voire irréversibles sur nos personnels", écrivait-il dans son courrier. Et de poursuivre : "J’observe aujourd’hui, nous n’agissons que dans l’urgence et demain, nous agirons qu’après l’incident".

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2018-07-02 19:00:00
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