3 min de lecture Terrorisme

Comment fonctionne le fichage des personnes radicalisées en France ?

ÉCLAIRAGE - Trois jours après les attaques dans l'Aude, perpétrées par un individu fiché "S", la surveillance de ces personnes interroge.

François Molins, le 26 mars 2018 lors d'une conférence de presse
François Molins, le 26 mars 2018 lors d'une conférence de presse Crédit : FRANCOIS GUILLOT / AFP
studio-rtl
La rédaction numérique de RTL
et AFP

Près de 20.000 personnes sont recensées comme radicalisées par le ministère de l'Intérieur français. Un fichage au large spectre, de la dérive sectaire au jihadiste en puissance, dont l'usage nourrit le débat politique. 

Le terroriste Radouane Lakdim, auteur des attaques du vendredi 23 mars dans l'Aude qui ont fait quatre morts, a été fiché "S" dès mai 2014 avant d'être inscrit au Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) en novembre 2015. Il faisait encore l'objet d'un "suivi effectif" en mars, selon le procureur de Paris, François Molins.  

19.745, c'est le nombre de personnes inscrites au FSPRT, selon un décompte du 20 février 2018. Créé en 2015, ce fichier vise à comptabiliser tous les islamistes radicaux présents en France et susceptibles de constituer une menace, afin d'assigner un service à leur suivi et d'éviter "les trous dans la raquette". 

À lire aussi
Strasbourg : des policiers de la BRI patrouillent au lendemain de la fusillade du 11 décembre 2018 Attaque à Strasbourg
Attentat à Strasbourg : où en est l'enquête, deux jours après l'attaque ?

On y trouve aussi bien un homme signalé par son employeur parce qu'il ne veut plus serrer la main des femmes, une mineure récemment convertie à l'islam radical ou un homme en lien avec le groupe État islamique (EI) se disant prêt à passer à l'acte. Y figurent aussi ceux qui sont partis ou soupçonnés d'être en zone irako-syrienne. 

Un fichier représentatif de toute l'échelle de la radicalisation

Une fois entrée dans le fichier, la personne peut être fichée pendant cinq ans. "Toute l'échelle de la radicalisation y est représentée", résume un policier. Ce fichier est alimenté par les services antiterroristes, les états-majors de sécurité (EMS) - réunissant autour du préfet dans chaque département les responsables en charge de ces dossiers - et par l'exploitation des appels au numéro vert de la plateforme de signalement, lancée en avril 2014.  

Le FSPRT est mis à jour au fur et à mesure des vérifications. Selon des données de février, quelque 11.000 individus sont "pris en compte". Pour 4.604 d'entre eux, leurs fiches sont dites "clôturées" : les services estiment qu'ils ne nécessitent plus de surveillance, mais demeurent dans le FSPRT du fait des signes de radicalisation constatés. Enfin, ils sont 3.557 à être dits "en veille", c'est-à-dire sans suivi actif. 

Ce fichier, à diffusion restreinte, contient les données personnelles des individus repérés et leurs liens avec d'éventuels autres suspects. Selon des données du ministère de l'Intérieur fin 2017, plusieurs milliers d'inscrits au FSPRT sont suivis, dont 4.000 considérés comme étant sur le "haut de spectre".  

Les profils concentrés dans quatre régions

Toutes les catégories socio-professionnelles sont représentées, même si une majorité concerne des jeunes hommes issus des banlieues. Quelque 500 détenus pour terrorisme et 1.300 détenus de droit commun et radicalisés y figurent. Toute la France est concernée mais quatre régions concentrent les profils: Île-de-France, Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur. 

"Les fichiers ne représentent pas l'intégralité de la menace endogène", observe Jean-Charles Brisard, président du Centre d'analyse du terrorisme (CAT). "60% des individus qui ont frappé en France depuis 2014 étaient inconnus des services de police et n'étaient pas fichés". 

Tous fichés "S" ?

Tous les "fichés S" (pour "sûreté de l'État") ne sont pas inscrits au FSPRT, et inversement. Et pour cause, ils ne sont pas tous liés à l'islam radical. La fiche "S" est un outil de police servant notamment à repérer un individu lorsqu'il tente de passer les frontières. Elle ne justifie pas à elle seule l'inscription au FSPRT. Il faut qu'il y ait d'autres facteurs aggravants, indiquant une radicalisation ou une volonté de passer à l'acte.  

Face à l'ampleur de la tâche, les services spécialisés gèrent la liste des suspects, établie par ordre décroissant de dangerosité supposée. Les premiers sont placés sous étroite surveillance, interpellés au moindre soupçon de préparation de passage à l'acte. "Ce qui m'empêche de dormir la nuit", confiait récemment à l'Agence France-Presse un responsable antiterroriste, "c'est de ne pas avoir les bonnes personnes dans le haut de la liste et d'être pris par surprise par un gars que nous aurions mal jugé". 

Faudrait-il placer ces fichés "S" en rétention administrative, comme envisagé par Manuel Valls et Laurent Wauquiez ? Frédéric Péchenard, vice-président Les Républicains de la région Île-de-France et ex-patron de la police nationale, estime que la mesure n'a pas "beaucoup de sens" tant techniquement que juridiquement. "Le risque zéro n'existe pas", a estimé François Molins, lundi. La série d'attaques dans l'Aude "illustre les difficultés du suivi des individus radicalisés", a-t-il souligné. 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Terrorisme Faits divers Aude
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7792786282
Comment fonctionne le fichage des personnes radicalisées en France ?
Comment fonctionne le fichage des personnes radicalisées en France ?
ÉCLAIRAGE - Trois jours après les attaques dans l'Aude, perpétrées par un individu fiché "S", la surveillance de ces personnes interroge.
https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/comment-fonctionne-le-fichage-des-personnes-radicalisees-en-france-7792786282
2018-03-26 21:19:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/fyeQNSTW57uzvN9_petvJQ/330v220-2/online/image/2018/0326/7792786328_francois-molins-le-26-mars-2018-lors-d-une-conference-de-presse.jpg