1 min de lecture Chroniques

Cécile Duflot : "Pourquoi je soutiens Julien Coupat..."

Cécile Duflot, la secrétaire nationale des Verts, était, vendredi, matin "l'invitée de RTL". Interrogée par Alba Ventura, elle a notamment expliqué pourquoi elle apporte son soutien à Julien Coupat, le saboteur présumé de caténaires du réseau SNCF.

Alba Ventura
Alba Ventura Journaliste RTL



Bonjour Cécile Duflot.
Bonjour.

La Cour d'Appel de Paris dira, aujourd'hui, si Julien Coupat incarcéré depuis la mi-novembre dans l'enquête sur des dégradations contre des lignes TGV peut ou NON sortir de prison. Pourquoi vous lui avez apporté votre soutien ?

Vous savez, moi j'ai apporté mon soutien aux libertés publiques, et notamment au refus des lois anti-terroristes et des mesures d'exception qu'on peut éventuellement entendre mais qui ne s'appliquent absolument pas à la situation dont on parle. Ce n'est pas que Julien Coupat, c'est aussi Yldune Lévi qui sont tous les deux incarcérés. S'ils sont coupables d'avoir dégradé les caténaires, l'enquête le dira. Il y aura un procès mais ils n'ont pas besoin d'être en prison pour attendre ce jugement, et surtout pas dans cette effervescence médiatico-politique où il fallait trouver des terroristes avec un grand T. ; et on voit bien aujourd'hui que c'est du grand n'importe quoi.

C'est ça qui vous choque le plus dans cette affaire, c'est qu'il ait été qualifié de chef terroriste ?
Oui, ce qui me choque beaucoup, c'est qu'on ait voulu faire plaisir à la ministre pour dire les choses un peu brutalement et lui trouver les terroristes d'Ultra Gauche dont elle avait besoin pour expliquer qu'il y avait plus ou moins des ennemis de l'intérieur. Je trouve assez scandaleux parce que quand on veut fabriquer ce genre d'opérations, on voit ce qui se passe, c'est-à-dire qu'au final, le dossier est vide. Le juge des libertés et de la détention avait dit que Julien Coupat devait sortir, vendredi dernier, et on sent bien qu'il y a une pression qui n'est pas de nature judiciaire mais plutôt politique pour le maintenir en prison parce qu'on a fait tellement de bruit autour de cette histoire en ayant trouvé des terroristes ...

Personne ne veut perdre la face, quoi ! La ministre de l'Intérieur, la ministre de la Justice, personne ne veut perdre, ni le Parquet.Voilà. Et moi je pense qu'il faut faire très attention à ces emballements médiatico-politiques parce que les caméras en même temps que les gendarmes, tout simplement parce que la vraie cause de leur culpabilité était qu'ils vivaient différemment, qu'ils avaient choisi de vivre en Corrèze en ouvrant une épicerie, enfin il y a tout un système autour de ça qui est très, très dangereux et qui, à mon avis, là où c'est vraiment grave, ce n'est pas ... le cas individuel est très désagréable évidemment pour ceux qui sont, aujourd'hui, en détention... mais plus largement : c'est la question des libertés publiques, la question du respect de la présomption d'innocence qui est posée de façon aigue.

Mais ça veut dire quoi ? Je ne sais pas si je vais bien prononcer un anarcho-autonome ? Comment on dit ?
Ca veut rien dire.
   
Ca fait peur quand même ce mot !
Voilà, justement c'est fait pour. C'est fait pour. Donc, on empile des petits morceaux coupés avec des "O" : l'ultra Gauche ... un anarcho-autonome ... Ca ne veut pas dire grand chose au final, on le voit bien parce qu'une grande partie d'entre eux sont déjà sortis de prison. Si c'étaient des dangereux terroristes, on aurait tous les éléments qui montreraient qu'il faudrait absolument les garder en détention provisoire, on ne l'a pas.

Moi ce qui m'inquiète, c'est deux choses : d'abord, l'utilisation de ces lois anti-terroristes pour tout et n'importe quoi, et ça c'est très grave parce que ça permet de garder des gens à vue pendant des durées très longues dans des procédures qui normalement devraient rester que très exceptionnelles et puis, surtout, ça alimente une espèce de fantasme contre lequel il faut vraiment s'insurger parce qu'on voit bien qu'en situation de crise et en situation perturbée, les gouvernements ont tendance à fabriquer des espèces d'ennemis de l'intérieur contre lequel il faudrait qu'on soit mobilisé et qui nous menaceraient, ce qui évite de se poser les vraies questions de la situation notamment économique et sociale du pays.

Il y a quand même des choses dans le dossier. Il y a notamment une visite au Canada qui est un petit peu mystérieuse de la part de Julien Coupat. Il y a des écrits. Bon, ça n'est pas totalement vide ?
   
Moi je ne connais pas le dossier. Donc, ce que je demande, c'est l'arrêt des procédures d'exception,  le respect de la présomption d'innocence mais les quelques éléments que j'ai pu lire dans la presse qui ne sont pas des éléments d'ailleurs de nature judiciaires, c'est effectivement qu'ils sont allés aux Etats-Unis et qu'on a trouvé des tracts dans leur sac à dos. Enfin, il faut faire quand même très, très attention sur le fait de considérer que d'avoir des tracts dans un sac à dos, ça vous qualifie instantanément de terroriste. Par ailleurs, le livre dont il a été question, sur lequel on peut avoir un avis politique ou même littéraire, ce n'est pas ça qui doit aujourd'hui qualifier les gens de terroristes ou de pas terroristes. C'est très grave cette dérive-là ; et le fait qu'on tolère ça, d'ailleurs, c'est un signal très mauvais pour la vie en société. C'est-à-dire qu'on accepte ces procédures d'exception, c'est qu'on accepte de juger les gens sur leur mode de vie  et c'est qu'on accepte le refus de la présomption d'innocence. Et ça, c'est dangereux pour tout le monde! Pour vous ! Pour moi ! Un de ces jours.

Vous, ce que vous dénoncez, c'est la judiciairisation de la société. C'est pareil pour Julien Dray ? Est-ce que vous le soutenez ?
Non, c'est les mesures exceptionnelles. En l'occurence, les lois anti-terroristes qui ont été utilisées ... et d'ailleurs, il y a aussi  des juges anti-terroristes qui le dénoncent, qui ont dit très clairement que c'étaient des mesures qui pouvaient d'ailleurs souffrir débat, mais qui sont utilisées très facilement parce qu'elles sont entre guillemets confortables : on met les gens en garde  à vue quatre jours, et puis on fait ce qu'on veut, grosso modo? Donc, en ne leur laissant pas la possibilité de se défendre, c'est ça qui est très contestable. Mais la présomption d'innocence, elle s'applique à tout le monde, elle s'applique à Julien Dray aussi.

Vous le soutenez, Julien Dray ?
La question, ce n'est pas de le soutenir parce que moi, je ne soutiens pas les gens par principe, simplement je soutiens des principes très importants. Et le principe très important, c'est celui de la présomption d'innocence. Aujourd'hui, Julien Dray n'est même pas mis en examen, il fait l'objet d'une enquête préliminaire. Il y a tout un tas d'éléments qui sortent dans la presse. Si c'est vrai, c'est probablement condamnable. Mais imaginons, tout simplement qu'il arrive à prouver ou quo'n démontre qu'un certain nombre d'éléments qui ont été publiés dans la presse, étaient faux. Vous croyez que les journaux feront leur première page pour dire : Excusez-nous ! En fait, on s'est trompé sur Julien Dray ! Moi je n'en sais rien. Je le connais très peu ; je ne connais absolument pas ce qu'il y a dans le dossier ; en tout cas, ce que je sais, c'est qu'il a fait déjà l'objet d'un procès dans la presse très, très brutal, et qu'on a du mal à se relever de ça, c'est certain mais qu'en tout cas, on a du mal surtout à faire entendre la Justice dans cette période-là parce que la présomption d'innocence, elle n'existe plus. Voilà.

Alors, dans le même temps, Jean Charles Marchiani a été gracié partiellement, ancien préfet du Var, ancien bras droit de Charles Pasqua. Lui, il a fait libérer les otages du Liban. Vous trouvez ça normale cette grâce partielle ?

Alors ce que je trouve totalement anormale, c'est la manière dont ça a été géré, c'est-à-dire qu'on a dit qu'il allait y avoir un certain nombre de détenus méritants. On a fait semblant.  Je pense que depuis le début, il était prévu de gracier Jean Charles Marchiani. Donc, on en a rajouté quelques-uns avec, pour faire bon poids. Alors, moi là ce qui me choque, évidemment que c'est très choquant ce qui arrive à Marchiani mais ce qui est encore plus choquant, c'est la situation des prisons en France. Et c'est la situation de tous les détenus qui sont aujourd'hui dans des situations de détention absolument insupportables. La  France est parmi les lanternes rouges d'Europe en matière de qualité de détention puisque les gens sont à plusieurs par cellules et qu'on ne se pose pas cette question-là de cette manière-là, eh bien évidemment, on en fait sortir quelques-uns, en particulier les  amis du Président ou les amis de Charles Pasqua. Ce n'est pas condamnable, c'est juste totalement choquant.

Cécile Duflot, on apprend ce matin dans le journal Les Echos que le développement de la voiture électrique comme l'a souhaité le Président Nicolas Sarkozy, pourrait nécessiter d'ici 2020 la construction d'un voire deux réacteurs EPR. Vous allez faire le grand écart, là les Verts ?
C'est qui le "on" ? C'est AREVA ? Parce qu'ils ont un peu du mal à les construire en Finlande et ailleurs.

C'est Sia Conseil qui indique ça, ce matin, dans le journal Les Echos.
Moi j'aime bien les entreprises de conseils en matière énergétique totalement indépendante des grands entrepreneurs industrialo-nucléaires. Ce qui est très important en matière d'énergie, c'est se poser la question globalement parce que qu'est-ce que ça veut dire, de dire : si on développe tant de voitures électriques, il faudra tant d'EPR ... Eh bien non. Ca dépend ! Si on a un plan massif d'économie d'énergie et en particulier d'économie d'énergie électrique, mais pas seulement, globalement sur tout ce qui concerne le transport ou même le chauffage des bâtiments, on se pose la question de l'énergie différemment.

Renouvelable ?
Certaines choses étant égales par ailleurs. Le débat du Nucléaire, c'est toujours très difficile de le faire de façon très brève en quelques minutes, le matin, à la radio mais de toute façon, et je le redirai autant de fois que nécessaire : l'uranium qui sert à produire de l'électricité nucléaire est une ressource épuisable comme le pétrole. De toute façon, même, même, même si on avait un débat qui en plus est très intéressant sur la question de l'énergie nucléaire, on sait que c'est quelque chose du court terme. Donc, ce qu'il faut se poser comme question vis-à-vis du transport, vis-à-vis de l'énergie, c'est de savoir COMMENT on sort du modèle de développement qui nous a emmenés dans le mur aujourd'hui ? Comment on développe une société basée sur l'économie des ressources, sur le partage des richesses, c'est ça qui est important aujourd'hui, ce n'est pas d'essayer de ramener le père par la fenêtre quand on voit bien qu'il sort par la porte dans plein de pays.

Cécile Duflot, on a toujours dit que les Verts étaient d'éternels adolescents. Pour la première fois, on se dit que là ils ont mûri. Vous avez réussi le tour de force d'être prêts déjà pour les Européennes de juin avec des gens très différents : Cohn-Bendit, Bové, les amis de Hulot. Comment vous avez fait ? Comment a fait cette jeune femme de 33 ans qui dit qu'elle a le charisme d'une huître ? Pourquoi vous vous dénigrez comme ça ?
Moi j'ai le chic pour avoir des formules dévastatrices. Après, je me fais disputer énormément. Peut-être que c'est l'explication mais plus sûrement, vous savez, moi j'aime bien qu'on fasse coller ses discours avec ses actes. Je suis venue en RER ce matin. On disait en rigolant ensemble, parce qu'il fait très, très froid, mais aussi quand on dit que l'urgence écologique est majeure et qu'il faut qu'il y ait une mobilisation générale, alors on doit être capable de travailler tous ensemble : les Verts mais tous ceux qui sont engagés depuis longtemps dans l'écologie et qui ont fait le choix de ce passage au Politique : les gens qui étaient à Greenpeace,  à FNE, qui disent : maintenant, il faut des Ecologistes pour agir dans les institutions et notamment au Parlement européen. Donc, voilà, on met en corrélation notre discours : l'urgence absolue et nos actes. On se met d'accord ensemble en passant un compromis, même si c'est difficile et en essayant de faire abstraction des débats de personnes qui ont fait du mal aux Verts mais qui font du mal à tous les partis politiques d'ailleurs.

 Donc, grâce à vous les Verts ont mûri ! Merci beaucoup Cécile Duflot.

Lire la suite
Chroniques L'invité de RTL Verts
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
2875302
Cécile Duflot : "Pourquoi je soutiens Julien Coupat..."
Cécile Duflot : "Pourquoi je soutiens Julien Coupat..."
Cécile Duflot, la secrétaire nationale des Verts, était, vendredi, matin "l'invitée de RTL". Interrogée par Alba Ventura, elle a notamment expliqué pourquoi elle apporte son soutien à Julien Coupat, le saboteur présumé de caténaires du réseau SNCF.
https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/cecile-duflot-pourquoi-je-soutiens-julien-coupat-2875302
2008-12-26 08:28:00