1 min de lecture Bernard Tapie

Bernard Tapie : "Pourquoi on ne demande jamais au Crédit Lyonnais combien il a gagné ?"

C'était la première fois qu'il s'exprimait depuis qu'il a touché ses indemnités dans le litige qui l'oppose au Crédit Lyonnais. L'ex-homme d'affaires Bernard Tapie répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mardi matin. Il est revenu sur les différentes déclarations de François Bayrou "qui dit n'importe quoi" ou encore celles de François Hollande - "Chacun connaît les relations de M.Tapie avec Nicolas Sarkozy" -, toujours dans cette affaire qui dure depuis quinze ans. L'ancien ministre est également revenu avec une certaine insistance sur l'arbitrage de ce contentieux.

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Colas Bedoy et Jean-Alphonse Richard



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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Bernard Tapie.

Bernard Tapie : Bonjour, monsieur.

En juillet dernier, un tribunal arbitral vous a attribué 285 millions d'euros d'indemnités dans le dossier Adidas qui vous a opposé durant quinze ans au Crédit Lyonnais. Les députés veulent en savoir plus sur ce jugement arbitral. Ils vous auditionneront donc demain. Que leur direz-vous que nous ne savons pas déjà, Bernard Tapie, à propos de ce jugement ?

D'abord, la Commission des Finances est en permanence en contrôle du CDR qui est une des sociétés qui appartient à l'Etat. Par conséquent, elle l'a fait tout au long de l'année dernière, de l'année d'avant, de l'année d'avant. Ce n'est pas nouveau.

C'est une mission d'information qui a été créée spécialement après la sentence arbitrale.

Non, non mais je dis qu'elle est dans son rôle ; et c'est la moindre des choses.

Qu'elle est dans son rôle...

Deuxièmement, il est normal aussi compte tenu de l'ensemble de tout ce qu'a pu être dit sur ce sujet qu'elle souhaite en savoir davantage en interrogeant et en invitant les différents protagonistes. Alors, j'y vais avec...

 Elle peut remettre en cause la décision ?

Bien sûr que non, enfin ! Ou alors où serait-on si la politique pouvait remettre en cause une décision de justice devenue définitive ? Non, ce qui est important par contre, c'est qu'on doit à nos concitoyens un certain nombre de vérités lorsque l'Etat se trouve à avoir un procès contre un ancien ministre ; et c'est la moindre des choses que d'en connaître les détails. Pour l'instant, les procédures étant même en cours, on avait la pudeur de ne pas en parler mais cette pudeur n'a pas été partagée par tout le monde. Donc, allons-y ! Puisqu'il faut en parler, on va en parler.

Vous dites : l'Etat contre l'ancien ministre. Vous politisez cette audition ? C'est l'ancien ministre ou c'est l'ancien homme d'affaires qui vont comparaître ?

Comment ? Mais non, c'est le fait d'être ancien ministre qui peut poser problème. Lorsque le CDR a donné près d'un milliard de dollars à Executive Life pour des fautes infiniment moins grandes que celles qui ont été commises à mon égard, il n'y a pas eu de commission d'enquête, alors que les sommes étaient bien supérieures. Donc, c'est la moindre des choses. J'y vais avec plaisir et je ne laisserai aucune ombre planer.

Et quelle ombre pourrait-il y avoir ?

Aucune. Donc, ce n'est pas la peine d'en chercher.
   
Vous aurez face à vous, demain, des adversaires très résolus : François Bayrou en fait partie. Il a beaucoup critiqué cette sentence arbitrale ; et il a dit récemment : "Voilà un Etat qui n'a plus un sou dans ses caisses et qui donne le moyen à M. Tapie de rembourser ses dettes aux frais du contribuable".

Vous ne voulez pas en dire d'autres, parce qu'il en a dit quelques-unes des conneries.

Il en a dit beaucoup ?

Ce que je voudrais vous dire c'est que je suis épaté, moi, de l'écart qu'il y a entre l'importance que vous donnez à ce monsieur où tous les jours, on fait les commentaires de ce qu'il pense, de ce qu'il dit, des bons points qui donnent, des mauvais points qui donnent alors que politiquement, il incarne plus rien. Il est à la rue politiquement. Il a monté un mouvement qui s'appelle le MoDem qui a deux députés. Il n'a pas été foutu de gagner les élections municipales chez lui. Il a été battu - entre parenthèses - par une socialiste qui l'a traité, je ne vous dis pas comment, avant de s'associer avec les socialistes. Je pense qu'elle devrait avoir envie de raconter ses méthodes et subitement, on est là en train d'en faire le fer de lance de l'opposition.

Mais sur le fond, il dit : "L'Etat n'a plus de sous..."

Mais sur le fond, je suis heureux qu'il vienne demain, pour tout vous dire...

Et il va donner plusieurs centaines de millions.... de Bernard Tapie.

Il va me le dire, je l'espère, demain, quand je serai là. Ce sera beaucoup plus facile et ça sera surtout beaucoup plus, pour moi, rassurant de pouvoir dire aux gens la réalité. Vous savez, je m'attends à ce qu'un jour, comme c'est sa fonction aujourd'hui, maintenant à ce qu'un jour, il déclare que c'est un scandale qu'on meurt encore du cancer. Et vous avez des gens qui diront : oui, c'est vrai, putain, c'est quand même dommage qu'on meurt d'un cancer. Par conséquent, ne mélangez pas la mission d'information qui est un devoir normal et de l'Assemblée de m'entendre, et moi de parler, et les attributs que se donne M. Bayrou, d'une espèce d'ordre nouveau dans lequel il a retrouvé d'ailleurs, pour ce tandem fabuleux, M. Peyrelevade, c'est un très beau couple.

Il est membre de la Commission des Finances...

Oui, oui, mais bien sûr.

Donc, il a la légitimité...

C'est à ce titre là ... de parler dans toutes les radios, dans toutes les télévisions pour dire n'importe quoi. Ca, c'est votre droit de le penser.

Vous ne pouvez pas dire que la Commission est légitime quand elle veut vous entendre, et disqualifier François Bayrou ?

Elle est légitime...

Vous ne pouvez pas dire les deux choses en même temps.

Attendez ! Il faut laisser dans les lieux où c'est réservé le droit de dire les choses. Demain, il aura le droit de les dire. Ca sera même son devoir.

François Hollande, premier Secrétaire du Parti socialiste : "Chacun connaît les relations de Bernard Tapie à Nicolas Sarkozy. Il faut savoir si cette relation a pu jouer pour obtenir la sentence arbitrale..."

Il est très fort s'il connaît les relations que j'ai avec le Président, franchement, parce qu'elles ne sont pas du tout ce qu'on en fait croire. Ensuite, la sentence n'a pas été rendue par M. Sarkozy, figurez-vous ! Oui, imaginons le pire : Voilà, Sarkozy est mon meilleur ami. Voilà, je suis Clavier. Voyez, je suis Clavier.

Mais vous êtes ami avec Nicolas Sarkozy ?

Non, malheureusement, parce que j'aurais bien aimé, mais ce n'est pas le cas.

C'est ce qu'à d'autres moments, vous avez pu dire...

J'ai déjà dit que j'étais ami ? Jamais, vous n'avez pu entendre ça...

Ah !

... Parce que ce n'est pas vrai !

Que vous aviez une relation privilégiée peut-être avec lui !

Euuuh ... et puis, pourquoi pas, très privilégiée, amicale...

Non ?  Non ?

Vous en mettez un peu. Non, je ne suis pas ami et pour vous rassurer, pour vous faire bien comprendre que je ne me défile pas : je le regrette. J'aimerais bien être son ami, ce n'est pas le cas. Mais imaginons le pire : il est ami.

Le pire !

Comment peut-il intervenir sur des gens comme M. Brodin, M. Mazaud ou le  premier Président en Honneur de la Cour d'Appel de Versailles...

En passant un coup de fil.

Ah oui, vous croyez Mazaud, capable de recevoir un coup de fil, vous ! Il a montré avec l'affaire Hortefeux à quel point il était sensible aux directives. Alors, il faut être un peu sérieux ; et avant d'insulter les autres, il faut connaître les choses et connaître les dossiers. Demain, vous aurez l'opportunité, puisque vous êtes un curieux. J'espère que vous allez faire partie de ceux qui vont écouter ; et puis après, vous allez essayer de comprendre pourquoi depuis seize ans, devant toutes les juridictions : tribunal de commerce, cour d'appel, cour de cassation, cour d'arbitrage, les résultats ont toujours été les mêmes. Pas une fois, vous m'entendez ! Pas une fois, en seize ans, ils ont gagné sur les prétentions qu'ils avaient sur la façon dont ils racontaient l'histoire. Ils n'ont jamais gagné.

La Cour de Cassation a cassé un jugement qui vous était favorable.

Pourquoi vous dites ça ? Ce n'est pas vrai. Voyez, vous êtes comme les autres : vous répétez des idioties. La Cour de Cassation n'a jamais cassé quelque chose qui m'était favorable. Elle a cassé...

Vous aviez un jugement favorable en Cour d'Appel et la Cour de Cassation a annulé le jugement de la Cour d'Appel.

Non, elle n'a pas cassé le jugement sur ce que vous dites. Elle a cassé une branche du jugement qui était ce qu'on n'avait pas demandé et elle l'a laissé recevable sur les deux autres qui sont les deux essentiels... Et elle s'est portée contre-partie.

Confirmez-vous que chacun des trois arbitres qui s'est penché sur votre dossier a touché 330.000 euros pour faire ça ?

Ils ont touché, je crois, les honoraires qui sont prévus à cet effet. C'est un pourcentage sur les demandes et pas : ni un franc de plus, ni un franc de moins.

330.000 euros, vous ne savez pas ?

Mais je n'en sais rien. Je trouve indécent votre question...

Ah bon !

Qu'est-ce qu'elle veut dire ?

Je ne sais pas.

Elle veut dire qu'on achète les arbitres.

On est toujours un peu stupéfait de ces sommes-là. Comme elles sont publiées, j'essaie de les vérifier près de vous puisque vous étiez... ?

C'est des tarifs officiels qui sont acceptés par le métier en question.

... L'une des parties qui avait choisi ses arbitres. Donc, j'imagine que vous connaissiez...

Les deux parties... Comment vous osez dire ça ? Les arbitres ont été choisis par les deux parties.

Eh bien, vous êtes l'une des deux parties qui ont choisi les arbitres. Donc, j'imaginais que vous connaissiez les conditions dans lesquelles ces arbitres étaient intervenus ?

Mais ce n'est pas le problème. Vous n'avez pas le choix. Quand vous achetez une voiture, vous avez une vignette à payer quand vous avez fait un malus, et vous la payez. Ce n'est pas vous qui faites le tarif.

Donc, je voulais vérifier l'information. Est-ce que chacun d'entre vous a touché 330.000 euros ?

Mais vous n'avez pas besoin de le vérifier. Vous savez que c'est très vrai. Vous savez que c'est vrai.

Le métier de journaliste...

Et si vous trouvez ça indécent ...

... C'est très vrai, qu'ils ont touché 330.000 euros.

Mais ce n'est pas le sujet. Il faut vous adresser à ceux...

Voilà. Ah, c'est le sujet.

... à ceux qui déterminent les honoraires des arbitres.

Pour vous, Bernard Tapie.

Non, mais je trouve scandaleux ce que vous faites.

Mais ce n'est pas scandaleux !

Vous essayez... C'est un scandale parce que vous essayez...

Poser des questions, ça n'est jamais un scandale, Bernard Tapie.

Non, ce n'est pas ça... C'est poser les questions pour laisser croire à ceux qui vous entendent que le fait de toucher des honoraires rend la sentence suspect. Et voilà je ne suis pas plus con que vous, donc je comprends ce que vous voulez faire.

330.000 euros multipliés par trois, ça fait 1 million d'euros. Je veux savoir si l'Etat va payer un million d'euros aux arbitres ?

Mais ce n'est pas l'Etat qui va payer un million d'euros, c'est à la fois les liquidateurs et c'est à la fois le CDR sur ce qu'ils ont gagné. Pourquoi vous ne posez jamais la question de combien Le Crédit Lyonnais a gagné ? Ca ne vous intéresse pas, ça  ?!

Combien il a gagné ?

Il faudrait leur demander à eux ; et c'est ce qu'on va faire demain.
 
On va leur demander. D'accord.

Alors, je vais simplement vous dire un chiffre.

Et vous, combien vous avez gagné ?

Ca, ça ne vous regarde pas.

Ah, voyez ! Il y a des questions que vous voulez qu'on pose et d'autres, non ?

Attendez ! Non, non, non mais je n'ai pas dit que je n'allais pas le dire. J'ai dit : ça ne vous regarde pas aujourd'hui.

D'accord.

Et si vous me laissiez finir, vous l'entendrez demain.

On écoutera demain.

Ne jouez pas sur les gens par de la démagogie en faisant état de sommes qui correspondent, d'une part, pas à la vérité, et d'autre part, au travail qui est fourni. Alors, je veux continuer sur les honoraires des arbitres. Les honoraires des arbitres... Non, non mais c'est trop facile : vous envoyez une "prune" et après, on dit : c'est fini. Les honoraires des arbitres, c'est à leur charge, l'intégralité des frais, des expertises et de toutes les études qu'ils font, pendant un an, chacun. Donc, vous confondez les recettes et les bénéfices.

Bon, c'était une simple question. Vous y avez répondu. Non, non, enfin bon. Ecoutez, voilà. Je voulais vous demander : vous pensez que vous aurez votre fiche sur Edvige ?

Je n'ai pas compris.

Vous aurez votre fiche sur Edvige ?

Ca, je n'en rien à foutre. Moi je n'ai rien à cacher. Ca fait exactement vingt-cinq ans que vous me regardez pour savoir si j'ai un polype. Alors, vous savez, moi... (rires)

Bernard Tapie, on voit en tout cas sur quel ton il répondra demain à la Commission des Finances de l'Assemblée nationale. C'était sur RTL. Bonne journée Bernard Tapie.

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Bernard Tapie L'invité de RTL Affaire Tapie
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Bernard Tapie : "Pourquoi on ne demande jamais au Crédit Lyonnais combien il a gagné ?"
Bernard Tapie : "Pourquoi on ne demande jamais au Crédit Lyonnais combien il a gagné ?"
C'était la première fois qu'il s'exprimait depuis qu'il a touché ses indemnités dans le litige qui l'oppose au Crédit Lyonnais. L'ex-homme d'affaires Bernard Tapie répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mardi matin. Il est revenu sur les différentes déclarations de François Bayrou "qui dit n'importe quoi" ou encore celles de François Hollande - "Chacun connaît les relations de M.Tapie avec Nicolas Sarkozy" -, toujours dans cette affaire qui dure depuis quinze ans. L'ancien ministre est également revenu avec une certaine insistance sur l'arbitrage de ce contentieux.
https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/bernard-tapie-pourquoi-on-ne-demande-jamais-au-credit-lyonnais-combien-il-a-gagne-918980
2008-09-09 07:50:00