5 min de lecture Attentats à Paris

Attentats du 13 novembre : récit d'une soirée où la légèreté s'est envolée

Ce vendredi aurait pu rester une soirée douce de novembre ordinaire mais restera gravé comme le jour où l'horreur s'est abattue sur la capitale.

Après les attentats du 13 novembre, la devise de Paris apparaît sur les murs de la capitale
Après les attentats du 13 novembre, la devise de Paris apparaît sur les murs de la capitale Crédit : JOEL SAGET / AFP
Cécile De Sèze
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

La météo est particulièrement clémente pour un mois de novembre. Il y a un an, jour pour jour, vendredi 13 novembre, il fait bon, même le soir, bien après que le soleil s'est couché. Les terrasses parisiennes sont pleines. Il faut bien profiter des dernières douceurs de l'automne avant l'hiver humide qui s'annonce à Paris. Au stade de France, les Bleus prennent leur revanche amicale sur les Allemands, sous les yeux du président de la République. 

Devant le Bataclan, les fans des Eagles of Death Metal se rassemblent pour accueillir le groupe californien de rock. Ce vendredi aurait pu, aurait dû, rester un vendredi soir comme les autres. Un soir de week-end festif, peut-être arrosé, autour du sport et de la musique. Une célébration de la vie, comme tous les autres vendredis soirs de l'année à Paris. Mais non, il ne restera pas un vendredi ordinaire. Dans quelques heures, les pavés de Paris resteront à jamais marqués du sang de ses innocents tombés sous les balles des terroristes. 

Le choc

Les Français retiennent leur souffle. À la télévision, les noms des rues, des quartiers et des arrondissements si familiers aux Parisiens s'enchaînent. On parle d'explosions puis de coups de feu. De fusillade puis de fusillades. Le Stade de France, d'abord, puis les Xe et XIe arrondissements, le croisement des rues Alibert et Bichat, la rue de la Fontaine au Roi, le boulevard Voltaire, rue de Charonne... et le Bataclan. Tout se mélange. Est-ce un attentat ? Des attentats ? Encore ? Dix mois après la fusillade contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher, Marianne est à nouveau meurtrie. 

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Les témoignages de personnes en sanglots s'enchaînent sur les chaînes d'information en continu alors que les téléphones sonnent. "T'es à l'abri ?" ; "Tu vas bien ?" ; "T'es chez toi ?" ; "Je suis caché dans un bar à République, ils ont fermé les grilles". Dans l'incompréhension la plus totale, on finit... par comprendre. On tente de se rassurer. De s'assurer que les gens que l'on aime ne sont pas en terrasses. Pas à celles-là en tout cas. En sécurité. Facebook lance son "safety check". Les internautes géolocalisés à Paris sont invités à prévenir leurs contacts qu'ils sont indemnes. Le nombre de morts ne cesse, lui, d'augmenter, de dizaines en dizaines. 

Les fusillades des terrasses du Carillon, du Petit Cambodge, du Comptoir Voltaire, de La Bonne Bière, de la Casa Nostra et de la Belle Équipe ont succédé aux trois déflagrations aux abords du Stade de France, où trois kamikazes ont actionné leurs ceintures explosives. 

L'horreur est loin d'être finie

Trois terroristes pénètrent dans le Bataclan. La prise d'otages dure des heures. Impossible de dormir. Quelque 1.500 spectateurs profitent depuis trois quarts d'heure du concert quand retentissent les coups secs des Kalachnikov. Trois assassins tirent sur la foule. Trois Français de moins de trente ans. De l'extérieur, c'est la stupéfaction. Comment est-ce possible ? Des scènes de guerre au cœur de la capitale de la liberté, de la démocratie ?

Tout va très vite. Les mêmes questions se posent. "Qui je connais à l'intérieur ?" ; "Est-ce qu'il a eu sa place finalement ?" ; "A-t-il réussi à sortir ?" ; "Est-elle toujours dedans ?" Les incertitudes vont durer toute la nuit, et même au-delà pour certaines familles de victimes. Les hôpitaux débordent. Les médecins, de garde ou non, se mobilisent. Il n'est que 21h40 quand "Allahu akbar" retentit entre les rafales de balles. "C'est pour tout le mal fait par Hollande aux musulmans partout dans le monde", auraient entendu certains survivants. L'un des trois terroristes, Samy Animour, est abattu vers 22 heures. Les deux autres se retranchent. À la télévision, des images de la salle au loin, avec la BRI et le RAID, passent en boucle. On ne sait pas bien qui est qui, ni qui fait quoi. Des tirs retentissent sur le boulevard Voltaire. Les téléspectateurs sont loin d'imaginer l'horreur de la réalité à l'intérieur. 89 personnes froidement assassinées. Sur place, François Hollande évoque un "combat impitoyable à mener" contre "une abomination". Il faudra attendre minuit passé pour que ça s'arrête, pour que l'assaut soit lancé et les deux autres assaillants tués.

La nuit n'est pourtant pas finie. Ils étaient dix à former les trois commandos sanguinaires. Ils sont sept à perdre la vie. Trois terroristes courent toujours. Ils ne sont pas loin. L'un d'eux, Salah Abdeslam, s'est enfui vers la Belgique, passant entre les mailles du filet des gendarmes à la frontière, la nuit-même, tandis qu'Abdelhamid Abaaoud - longtemps présenté comme "le cerveau des opérations" - et Chakib Akrouh trouvent refuge en Seine-Saint-Denis. À peine à quelques kilomètres des premières explosions. Ils seront finalement abattus le 18 novembre, cinq jours plus tard, dans un appartement à Saint-Denis. Salah Abdeslam est, lui, toujours en détention à Fleury-Mérogis. 

L'angoisse du lendemain

Le lendemain, le réveil se passe dans l'angoisse. L'angoisse de reconnaître un visage, un nom, dans la liste des victimes - elles seront 130, en tout. L'angoisse de recevoir une mauvaise nouvelle. Paris se réveille dans une immense douleur. La terreur est venue achever une année qui avait déjà commencé dans les larmes et le sang, par les attentats contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher. Elle laisse les Français dans la peine, l'incertitude et la peur. Mais la solidarité et l'envie de vivre ne se tuent pas avec des balles de Kalachnikov. Les Parisiens sortent leurs slogans, défient Daesh sur les réseaux sociaux, dessinent, puis continuent à sortir, boire et aller en concert. La devise latine de Paris, "Fluctuat nec mergitur" ("Battu par les flots mais ne sombre pas") trône sur un mur du Xe arrondissement, à quelques centaines de mètres des bars meurtris. 

L'émotion n'est pas que française. Le monde entier pleure les innocents. La tour Eiffel, le drapeau tricolore s'affichent à l’international en signe de solidarité. Les grands monuments du monde entier s'illuminent en bleu, blanc, rouge. Les stars, les sportifs, les intellectuels, les chefs d'État... Les attentats du 13 novembre ont provoqué un choc mondial. Ils sont même surnommés "le 11 septembre à la française". 

Un an déjà. Un an que la France a vécu l'abomination, la cruauté et la barbarie de l'organisation Daesh. En réponse, les terrasses se sont vite remplies. Les salles de concert aussi. Le groupe Eagle of Death Metal a fini son concert en invitant les rescapés de son spectacle. Et samedi 12 novembre, le Bataclan a rouvert ses portes pour redevenir le lieu qu'il a toujours été, une salle de concerts. 

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2016-11-13 06:30:00
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