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Jean-Paul Chifflet : "En matière de compétitivité, il faut faire mieux et plus fort"

VIDEO - Le président de la Fédération bancaire française (FBF) et directeur général du Crédit Agricole SA, répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie jeudi matin. Jean-Paul Chifflet, a estimé que l'action menée jusqu'à présent par le gouvernement en matière de compétitivité était insuffisante. "A ce stade là, dans les actes qui ont été posés, nous trouvons que les décisions qui sont portées ne vont pas dans le sens de la compétitivité", a-t-il déclaré. "Il faut faire mieux, il faut faire plus, il faut faire plus fort" dans ce domaine, a-t-il ajouté.

Jean-Paul Chifflet sur RTL le 27 septembre 2012
Jean-Paul Chifflet sur RTL le 27 septembre 2012 Crédit : RTL
Jean-Michel Aphatie

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Jean Paul Chifflet.

Jean Paul Chifflet :
Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

Un cap symbolique est franchi, ce matin : 3 millions de chômeurs en France à la fin du mois d'août. A la tête d'une grande banque française, vous avez une vision d'ensemble de l'économie ; cette tendance est durable ?

Bien sûr que 3 millions de chômeurs c'est une catastrophe pour notre pays. C'est beaucoup trop. Je crois qu'il faut vraiment que notre pays se mette à retrouver de la compétitivité. Ca me semble être le seul moyen, un des moyens majeurs, en tous les cas, pour retrouver de l'emploi et du pouvoir d'achat. Tout cela y est. Et à ce titre-là, je crois qu'il faut que les entreprises retrouvent de la compétitivité et nous, nous pouvons les accompagner.

Le patron de Renault, Carlos Ghosn, dit ce matin dans Le Figaro que aucun constructeur (il parle de son secteur) n'échappera au renforcement de sa compétitivité. C'est quoi la compétitivité ? Comment est-ce qu'on obtient une meilleure compétitivité en France ?

   
Eh bien, la compétitivité c'est permettre aux entreprises d'avoir des Prix de Revient qui soient plus compétitifs par rapport à nos concurrents. C'est de trouver des produits en Valeur Ajoutée, c'est de faire preuve d'innovation pour justement créer des produits nouveaux. C'est cela la compétitivité. On a besoin de l'encourager et je crois que toutes les mesures et les actes qui doivent être pris, doivent aller dans ce sens-là et non pas un frein qui est apporté à cette évolution. Et je crois que là, il y a une attente très forte, je pense de tous les Français mais tous les Européens d'ailleurs, sur cette croissance économique qui doit être faite en même temps que la résorption des déficits budgétaires, c'est un exercice qui est complexe.

Et vous qui êtes au cœur de l'économie française, vous avez l'impression que le gouvernement prend des mesures pour renforcer la compétitivité des entreprises ; comment vous jugez sa politique dans ce domaine ?

A ce stade-là, dans les actes qui ont été posés, nous trouvons que les décisions qui sont portées ne vont pas dans le sens de la compétitivité, je pense qu'il faut faire mieux, il faut faire plus, il faut faire plus fort si nous trouvons des démarches pour permettre à ceci de  s'améliorer ; et en tous les cas, pour ce qui concerne le système bancaire que je représente aujourd'hui, nous avons besoin de pouvoir apporter du financement à l'économie pour les accompagner. Nous ne sommes pas entrepreneur mais nous accompagnons ces entreprises et nous avons besoin de moyens pour pouvoir les accompagner. Nous ne demandons pas plus de moyens, nous demandons de préserver les moyens et cela concerne la Ressource, c'est-à-dire l'épargne et les dépôts bilanciels.

On va en reparler.
On dit souvent que les banques sont à l'origine de la crise que nous traversons : trop de spéculations, trop de sophistication dans la gestion des fonds que l'on vous confie ?

Alors, sophistication en gestion, je crois qu'il ne faut pas confondre les problèmes de la crise financière d'aujourd'hui ; les banques sont étroitement liées avec un pays, c'est une évidence. Les problèmes de la Dette Souveraine ne sont pas portés par les banques. Si nous avons dépensé plus que nous gagnons depuis plusieurs années, ce  n'est pas les banques qui le .......  Toutefois, lorsque les pays émettent des obligations ; une dette, effectivement les banques en prennent une partie ; et se trouvent encombrées ensuite avec ces dettes lorsqu'elles sont dévalorisées. C'est là où se situe le problème.

Vous parliez de la nécessité de financer l'économie. Quelquefois on vous reproche d'ailleurs de ne pas le faire assez ? D'être trop frileux quand vous avez des demandes de crédit ?

C'est un débat aujourd'hui. Je considère que nous n'avons pas de bons projets qui ne sont pas financés.

Les bons projets sont tous financés ?

Les bons projets sont tous financés.

C'est ce que vous dites, ce matin.


C'est ce que j'ai dit très clairement ce matin et lorsqu'on a la démonstration par ce qu'on appelle les en-cours de crédit, aujourd'hui les banques françaises portent 1.930 milliards d'en-cours de crédits - 1.930 milliards ; et ces crédits ont augmenté de 3,4% l'an dernier. Donc, il y a bien ici des démonstrations qui sont faites et cela sur les PME en particulier. Donc, vous voyez la position que nous avons, c'est d'accompagner ces entreprises.

Pourtant, je suis certain que parmi les auditeurs qui nous écoutent ce matin, sur RTL, certains qui ont dû taper à la porte des banques doivent se dire : Oui, tiens, moi j'ai demandé de l'argent, on ne m'en a pas prêté !


Mais bien entendu.
Lorsqu'un conseiller a un entretien avec son client qui vient de présenter un projet, lorsqu'il présente un projet, une prévision à 4 ou 5 ans, il a des estimations qui sont faites mais pensez bien que l'orsqu'on est banquier, plus on fait de crédits et mieux on se porte dans la mesure où on a de grandes possibilités de recouvrer cette créance. Donc, c'est bien là que se situe l'enjeu.

L'un de vos rôles, Jean Paul Chifflet, le rôle des banquiers que vous représentez ce matin ici, c'est de financer l'économie.
Le gouvernement a le projet d'augmenter le plafond du Livret A. Il va augmenter au 1er octobre puis, à nouveau à la fin de l'année. Vous dites, vous, que c'est une mesure contre-productive, pourquoi ?

   
Je confirme ; c'est une mesure contre-productive. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, bien sûr que nous souhaitons à ce que le Logement Social soit financé, qu'il n'y ait pas d'ambiguité sur ce point. Toutes les banques le pensent. Aujourd'hui, les dépôts permettant de financer le logement social,  sont suffisants. Faut-il rajouter des dépôts dans ce domaine-là, pour les enlever, finalement, au financement des PME, au système bancaire puisque lorsque le Livret A augmente son plafond, cet argent à la Caisse Dépôts et Consignations pour financer le logement social.

Ceci étant, il y a un stock suffisant. Le jour où il y en aura besoin, nous déclencherons à nouveau cette possibilité. Mais ces moyens,  ce carburant en quelque sorte que nous n'avons plus, il ne peut pas être utilisé pour les PME. Ce dont elles ont grandement besoin aujourd'hui pour préparer l'avenir.

L'augmentation du Livret A au bout du compte, ça va pénaliser le financement de l'économie réelle ?


Ca va pénaliser le financement des PME d'économie réelle, oui je le confirme tout à fait clairement.

Et vous n'êtes pas entendu par le gouvernement ?

Nous le disons, nous le répétons, nous sommes entendus par le gouvernement mais les actes qui sont pris, ne changent pas sous cette position. Nous l'avons dit et redit clairement.

Une autre réforme vous concerne, c'est le découplage de vos activités.
Pierre Moscovici, le ministre de l'Economie, l'a encore redit. Nous séparerons les activités utiles pour l'investissement des opérations spéculatives que mènent les banques. Donc, on va couper les banques en deux. C'est nécessaire ?


Alors, couper les banques en deux. Pourquoi ? Pourquoi faire ? Comment ? Que va-t-il se passer ? Qu'est-ce qui va être réalisé ? Dans les banques nous avons une activité d'accompagnants de la vie de tous les jours pour les moyens de paiement. Nous avons la sécurisation par l'Epargne, je vous passe rapidement sur ces sujets qui sont importants dans la vie permanente et le financement des entreprises. Et dans la partie du financement des entreprises, nous avons les grandes entreprises, nous avons le financement notamment ce qu'on appelle : par  l'approche des entreprises par les marchés. Qu'est-ce que cela signifie ?

Ca signifie que lorsque nous avons besoin d'accompagner une entreprise comme EADS, par exemple, qui finance des avions, lorsque ceux-ci sont vendus, il faut deux ou trois ans, et cette entreprise a besoin de se protéger, de se sécuriser sur les écarts de taux ou sur des écarts de vice. Donc, nous devons couvrir ces besoins. Voilà ce qu'est la banque-marché.

S'il y a des activités spéculatives, exotiques qui sont franchement trop risquées, analysons-les et isolons-les, supprimons-les, le cas échéant. Voilà le débat.

Le projet de réforme n'est pas un bon projet, là non plus ?

On ne le connaît pas ; donc, je ne vais pas dire que ce n'est pas un bon projet. Regardons ce que l'on veut séparer. Il faut vérifier ce que l'on veut ôter ; et je crois qu'à ce moment-là, nous pourrons le regarder ; mais pensons bien que ces banques qui fonctionnent aujourd'hui permettent de financer des grandes entreprises qui ont énormément de sous-traitants, énormément d'emplois à la clef. Donc veillons à prendre les bonnes décisions par rapport justement à la croissance économique dont on a tous besoin.

Le Crédit Agricole que vous dirigez est engagé en Grèce. Vous possédez la banque Emporiki. Elle est vendue. Vous allez la vendre ?


Elle n'est pas vendue. Nous avons des offres de repreneurs de banques grecques et nous avons, en ce moment, des discussions ...

1 euro symbolique

Par UN euro symbolique, c'est une chose. Ca dépend du Capital qui y sera mis. C'est une solution pour nous de sortir de cette entité économique et difficile, avec la pression que nous avons et nous sommes en négociation très avancée avec des repreneurs qui nous ont fait des offres fermes.

La vente sera faite quand ?

Dans quelques semaines.

Quelques semaines.

Jean Paul Chifflet, président de la fédération des banques françaises et président du Crédit Agricole, était l'invité de RTL ce matin.

                           




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Jean-Paul Chifflet : "En matière de compétitivité, il faut faire mieux et plus fort"
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