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Jean-Marie Le Guen : "Le vaccin de la grippe A ne sera peut-être pas prêt à temps"

Jean-Marie Le Guen, médecin, député de Paris (PS) et président du Conseil d'Administration de l'Assistance publique, Hôpitaux de Paris, était l'invité de RTL, mardi matin. Il répondait aux questions de Marc Tronchot. Il est largement revenu sur l'épidémie de grippe A.

Micro RTL
La rédaction de RTL Journalistes RTL

Jean-Marie LE GUEN, médecin parlementaire, président de l'AP-HP.

Bonjour Jean-Marie LE GUEN... vous êtes médecin avant d'être député... Un malaise lipothimique né d'un effort soutenu par grandes chaleurs dans un contexte de fatigue dû à une charge de travail importante"... c'est ce que dit le communiqué de la présidence après le malaise de Nicolas Sarkozy ce week-end. L'explication vous satisfait ?
Écoutez, je l'entends. Lipothymie, ça veut dire malaise. Je crois que c'est plutôt une description qu'un diagnostic... mais ça fait partie des prérogatives d'abord du malade, en l'occurrence du président de la République de s'exprimer.

C'est de la comm....
De toute façon, c'est de la comm.... c'est en l'occurrence légitime qu'il communique... après il communique comme il le souhaite, sachant que de toute façon, tout le monde va regarder ça de très près.

Les choses ont été suffisamment transparentes ?
Elles ont été relativement transparentes... Il n'est pas illégitime, personnellement, je suis plutôt attaché, même pour le président de la République, je sais que ça peut choquer certains, mais à une certaine forme de secret médical. Et donc, je pense qu'il n'y a pas une transparence absolue à avoir en temps réel. Je veux dire que chaque individu a le droit, de mon point de vue, à un minimum d'intimité...

Venons-en à cette grippe dont les Français se demandent exactement ce qu'il faut en penser. Le Professeur Bernard Debré parle de gripette... Le Premier ministre évoque une pandémie inévitable... Mme Bachelot appelle à la vigilance... qui a raison ?
Tout le monde a un petit peu raison et c'est l'ensemble qu'il faudrait rassembler... Je pense que c'est un problème tout à fait sérieux, qui est d'ailleurs craint depuis maintenant 3 ou 4 ans, sur lequel il  y a eu des plans qui ont été initiés à l'époque par le président Chirac... donc, nous sommes devant le retour, la possibilité de retour de risque de pandémie de grippe... choses qui ont existé dans notre Histoire, que nous avons supportées plus ou moins bien... à la différence aujourd'hui, c'est que nous savons qu'il y a des risques, qu'il peut y avoir des morts assez nombreux.

Donc on peut se préparer.
Donc on peut et on doit se préparer.

Et là, vous dîtes, on ne se prépare pas suffisamment...
Ce qui me gêne, si vous voulez, dans la communication gouvernementale, c'est cette instrumentalisation du vaccin où on explique : on dépense beaucoup d'argent... il suffirait de dépenser beaucoup d'argent pour que chacun puisse dormir... Je ne le crois pas, d'abord parce qu'on n'est pas sûr d'avoir un vaccin en temps et en heure qui soit efficace... Et deuxièmement, parce que, de toute façon, il y a des mesures simples à prendre, individuelles et collectives, pour améliorer la prévention, c'est-à-dire, l'information... vous rappeliez le texte du Conseil national d'éthique qui dit qu'il y a la nécessité d'expliquer à nos concitoyens ce dont il s'agit, les différents scénarios possibles, parce que nous sommes dans l'incertitude... il n'est pas certain... le virus change tous les jours... donc ce qu'il sera demain, nous ne le savons pas exactement. Et nous devons donc, nous, être capables de nous adapter à différents scénarios. Celui que nous connaissons aujourd'hui est déjà un scénario j'allais dire sérieux... on a raison de dire que la plupart de nos concitoyens, s'ils étaient malades de cette grippe, ne seraient malades que d'une grippe, comme ils ont pu connaître éventuellement dans leur vite, ce qui est relativement désagréable quand même, quelques jours au lit avec des douleurs et de la fièvre. Mais moi je veux aussi parler de ces gens plus fragiles, dont cette fois-ci la santé, peut-être même la vie serait en jeu, et ça c'est notre devoir évidemment d'être attentifs à ces personnes fragiles.

Il y a des populations à risques, quelles sont-elles ?
Bien sûr,

Il y a des mesures donc particulières à prendre ?
Absolument... les enfants, les femmes enceintes, les personnes qui ont une maladie cardiaque, pulmonaire, rénale, neurologique sont potentiellement susceptibles de développer des formes graves voire mortelles de la grippe, et donc, il faut les informer, il faut les protéger plus que les autres, il faut que nous soyons à leurs côtés et il faut aussi que la société surmonte ce qui à un moment ou à un autre, même un pays,  aussi flegmatique que les Britanniques aujourd'hui, commence un petit peu à s'inquiéter, donc, soyons, par la confiance, par l'information, prêts à supporter ensemble un phénomène relativement grave.

Bernard Debré est un professeur de médecine sérieux... il parle de gripette...
Il veut dire par là, j'imagine en tout cas, deux choses : la première c'est que pour la plupart de nos concitoyens, cette grippe sera banale, de la fièvre, des douleurs, quelques jours, bref, quelque chose de très supportable. Ce qu'il a peut-être tort c'est de sous-estimer ce qu'il en sera pour des personnes plus fragiles. Deuxièmement, je pense qu'il critique implicitement la communication gouvernementale qui a été j'en fais beaucoup avec le vaccin, je dépense beaucoup d'argent pour le vaccin, et donc vous êtes tranquille... Il est peut-être un peu énervé par cette communication gouvernementale, et je comprends son énervement.

Vous parlez de ligne Maginot, pourquoi ?
Parce que le vaccin ne sera pas forcément prêt en temps et en heure... C'est-à-dire que le vaccin
.
Ou qui ne sera plus adapté au virus qui aura muté...
On peut penser quand même, on n'est pas certain d'abord qu'il soit complètement efficace, mais dans l'hypothèse probable où il le serait, de toute façon, il risque d'être disponible pour la plupart des Français plutôt au début 2010... Les premiers immunisés, les premiers protégés seront là au mois de décembre, et nous pensons, quand on voit ce qui se passe aujourd'hui en Grande-Bretagne ou dans d'autres pays de la planète, qu'avec les derniers jours de l'été , les premiers jours de l'automne, il risque d'y avoir un retour de la pandémie plus actif qu'elle ne l'est aujourd'hui sur le territoire national.

Jean-Marie LE GUEN, les généralistes se voient aujourd'hui attribuer un rôle central, est-ce qu'ils sont suffisamment formés ou préparés ?
Formés, indiscutablement et assez rapidement en leur donnant des conduites à tenir et en leur rappelant un certain nombre de choses... Les choses se feront... Le problème, si vous voulez, c'est que si on a une vague pandémie, par exemple, les Britanniques parlent de 100.000 malades en une semaine à la fin du mois d'août, à partir de ce moment-là, on risque d'avoir une embolie des systèmes de soins parce que, comme vous le savez, il y a des problèmes démographiques, et de toute façon notre système de santé n'est pas fait pour gérer des pics considérables de malades. Donc, il faut s'organiser différemment, il faut responsabiliser les gens de façon à ce que et la médecine générale d'un côté, et l'hôpital d l 'autre ne soient pas submergés. Parce que, pendant la grippe, malheureusement, toutes les autres maladies continuent, c'est-à-dire, qu'on ne ferme pas une maladie pour passer à une autre. Donc, il faudra que les hôpitaux et que les médecins continuent à soigner tous ceux qui ont des maladies chroniques, qui ont des accidents et que par ailleurs, on soit capable d'assumer le pic de la grippe.

Allons même plus loin, sans faire d'alarmisme non plus... certains chercheurs parlent, en privé pour le moment, de mesures de confinement qui pourraient s'imposer.
La question qui pourrait se poser à la rentrée, c'est de savoir si nous allons ou pas laisser ouvertes les écoles... Par exemple, les Britanniques aujourd'hui...

Aujourd'hui, les écoles, les facultés...
Bien sûr, mais tout particulièrement les enfants, donc les écoles... Les Britanniques aujourd'hui, ça flambe en Grande-Bretagne, pas parce qu'ils sont Anglais mais tout simplement parce que les écoles ayant fonctionné au mois de juillet, il y a eu un lieu, si vous voulez, de diffusion du virus. Donc, la question qui se pose, qui pourrait se poser, il faudra peut-être y réfléchir, c'est que fait-on de l'ouverture des écoles si nous sentons qu'il y a une montée de la pandémie sur le territoire national ?

Le système hospitalier vous paraît capable d'affronter, de faire face à un phénomène grippal de ce type ?
Au plan humain oui... les gens seront encore une fois extrêmement mobilisés et au service des concitoyens, et je veux d'ailleurs féliciter tous les gens de l'Assistance Publique qui ont travaillé depuis maintenant 3 semaines dans des conditions extrêmement difficiles. Mais j'ai demandé au gouvernement qu'on nous donne plus de moyens sur les services spécifiques qui seront particulièrement mobilisés. Je pense qu'il faut que le gouvernement  nous donne plus de moyens matériels, humains.

Vues les différences d'appréciation qui existent sur ce sujet, est-ce que vous seriez favorable à un avis demandé à un comité scientifique ou peut-être à une réunion des politiques en charge de responsabilités ?
Je pense qu'on aurait tort de vouloir faire de la politique politicienne sur ce genre de sujet. Je pense que le gouvernement a un peu pêché pa des annonces un petit peu brutales et faussement, j'allais dire rassurantes, ou en tout cas où on voyait qu'il y avait une volonté, une posture en en quelque sorte de s'affirmer par rapport à l'opinion publique. Je pense qu'il faut trouver effectivement des voies qui permettent d'associer de façon très transparante la gestion de la crise. Je pense que c'est une bonne chose...

Une grande table ronde...
Oui, mais au-delà de ça parce qu'on risque d'être sollicité à bien des points de vue dans la gestion de cette crise. Je pense que sans doute une table ronde, je pense qu'au plan scientifique, les informations sont disponibles, c'est plutôt au niveau de la décision politique qu'il faut trouver les voies et moyens d'avoir un échange peut-être plus large que celui qui est aujourd'hui.

Jean-Marie Le Guen, qui était l'invité de RTL ce matin.

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Jean-Marie Le Guen : "Le vaccin de la grippe A ne sera peut-être pas prêt à temps"
Jean-Marie Le Guen : "Le vaccin de la grippe A ne sera peut-être pas prêt à temps"
Jean-Marie Le Guen, médecin, député de Paris (PS) et président du Conseil d'Administration de l'Assistance publique, Hôpitaux de Paris, était l'invité de RTL, mardi matin. Il répondait aux questions de Marc Tronchot. Il est largement revenu sur l'épidémie de grippe A.
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2009-07-28 07:50:00