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VIDÉO - La bataille de Mossoul est diffusée en direct sur Facebook

Des blindés manoeuvrant au milieu de petits emojis : la guerre, en 2016, se vit aussi en direct sur Facebook.

Benjamin Hue
Benjamin Hue

Les véhicules blindés et les pelleteuses des Peshmerga s'affairant sur la plaine de Ninive ont remplacé les éclairs verdâtres qui déchiraient le ciel bagdadi dans la nuit du 16 au 17 janvier 1991. Les bombes ne pleuvent pas encore sur Mossoul mais les images se ressemblent. Ce sont celles de la guerre en direct. Vingt-cinq ans après la diffusion en temps réel à la télévision des premiers assauts de l'opération "Desert Storm" par CNN, amenant la première guerre du Golfe dans le salon de millions de téléspectateurs, le pays des deux fleuves est le théâtre d'une nouvelle escalade dans la couverture médiatique des conflits armés. Depuis lundi 17 octobre, la reprise de Mossoul (deuxième ville d'Irak et bastion de l'État islamique depuis 2014) par l'armée irakienne soutenue par les forces kurdes, turques et la coalition formée autour des États-Unis, est diffusée en direct sur Facebook par le groupe médiatique kurde Rudaw.

Relayée pour la première fois au grand public par l'intermédiaire de plateformes de vidéos en direct, la guerre est désormais à la portée de chaque appareil mobile à travers le monde. Dès l'aube, le média kurde a retransmis sur Facebook Live, Twitter (via Periscope) et YouTube les premiers mouvements des forces irakiennes et de leurs alliés en direction de la deuxième ville du pays. Les images ont été reprises par plusieurs médias, dont Associated Press, la chaîne qatarie Al Jazeera et le groupe britannique Channel 4, s'invitant dans les fils d'actualité de centaines de milliers d'internautes. Le flux a duré près de 4 heures avant d'être interrompu en milieu de journée. Il a été visionné par plus de 800.000 personnes sur la page Facebook d'Al Jazeera.

Des blindés et des emojis

Les médias utilisent régulièrement Facebook Live pour couvrir des manifestations et différents événements. Mais c'est la première fois que la fonctionnalité est employée pour diffuser un conflit armé. Déployé à la fin de l'année 2015, Facebook Live permet à tous les utilisateurs du réseau social de diffuser des vidéos en direct. Les "Live Video" affichent le nombre de téléspectateurs en temps réel ainsi que les commentaires des spectateurs qui peuvent aussi interagir en envoyant des émoticônes pour exprimer leur émotion. Certaines images de la progression des forces armées irakiennes ont ainsi été émaillées d'emojis en colère (pour la plupart), étonnés ou par des mentions "Like", laissant de nombreux internautes pantois voire choqués par ce mélange de légèreté et de violence.

Depuis lundi, Rudaw propose chaque jour plusieurs live stream de l'avancée des forces kurdes sur sa page Facebook. Les premières images de l'opération se sont limitées aux mouvements des forces armées kurdo-irakiennes, à la joie des Peshmerga après la libération des premières localités à proximité de Qaraqosh et à des points presse de cadres militaires. Elles donnent à voir le facteur humain du conflit, la longue attente des soldats, le bruit sourd des tirs de mortiers. Mais elles gagnent en intensité dramatique et en violence au fil de l'avancée des opérations militaires. Que se passera-t-il lorsque les combattants engagés pour la reconquête de Mossoul se livreront à de violents affrontements avec les milliers de jihadistes retranchés dans la ville où vivent encore un million et demi d'Irakiens ? La rédaction de Rudaw est d'ailleurs passée à deux doigts de voir l'une de ses équipes perdre la vie sous ses yeux dans l'attaque suicide d'un convoi peshmarga par un véhicule de l'État islamique, lundi.

Le casse-tête de la modération de la vidéo en direct

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Cette nouvelle façon de couvrir la guerre place à nouveau les réseaux sociaux face à leurs démons. Facebook, comme Twitter, interdit les images violentes sur son site mais n'applique qu'une modération a posteriori sans surveillance active aux vidéos diffusées en direct. Contacté par RTL.fr, le réseau social ne veut pas faire de commentaire sur la diffusion en direct de la bataille de Mossoul et rappelle qu'il s'efforce de trouver "le bon équilibre entre la liberté d'expression et le fait d'offrir à [ses] utilisateurs une expériences sécurisée et respectueuse". Mais de nombreux débordements, comme la revendication d'un double meurtre au nom de l'État islamique ou le meurtre de l'homme qui est devenu le symbole du mouvement Black Lives Matter, lui ont rappelé les limites de ce système au cours des derniers mois.

Rudaw a justifié sa démarche sur son site mercredi, expliquant avoir envoyé sur le terrain dix équipes de reporters de guerre pour "couvrir le conflit sous tous les angles et sur tous les fronts" et "rompre avec la couverture traditionnelle des guerres". Cela n'aurait pas été possible sans employer les dernières technologies de diffusion de vidéo live de Facebook Live et Periscope qui ont "permis la couverture en direct d'une guerre en la relayant sur les écrans de smartphones et donné aux internautes la chance d'interagir avec ce qu'ils voient en exprimant leurs sentiments à travers des emojis", explique le rédacteur en chef du groupe en charge du digital. Un pari payant pour le moment. L'engagement de la page Facebook de Rudaw a augmenté de 200% lundi sous l'effet des six millions de personnes qui ont visionné leurs vidéos ce jour-là. Et le nombre de visiteurs réguliers sur son site Internet a tout simplement doublé au premier jour du conflit.

À écouter

Clics à la une du 17 octobre 2016
03:46
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