3 min de lecture Turquie

Turquie : Ankara et Moscou enquêtent sur l'assassinat de l'ambassadeur russe

L'ambassadeur a été tué par balles lundi 19 décembre par un policier turc. Les investigations se déroulent avec 18 enquêteurs russes, mais la Turquie attribue déjà la responsabilité de l'attaque au prédicateur Fethullah Gülen.

Vladimir Poutine et  Recep Tayyip Erdogan au palais présidentiel d'Ankara le 1er décembre 2014
Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan au palais présidentiel d'Ankara le 1er décembre 2014 Crédit : AFP
Anne-Sophie Blot
Anne-Sophie Blot
et AFP

Deux jours après l'assassinat de l'ambassadeur russe à Ankara, dont la vidéo a fait le tour du monde, la Russie et la Turquie continuent à enquêter main dans la main. Mevlüt Mert Altintas, un policier turc âgé de 22 ans, a tué lundi de plusieurs balles l'ambassadeur de Russie à Ankara, Andreï Karlov. Avant d'être lui-même abattu, l'assassin a déclaré avoir voulu venger la ville d'Alep, en passe d'être entièrement reprise par le régime syrien avec le soutien de Moscou.

Mais dans un entretien téléphonique avec son homologue américain John Kerry, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, a affirmé mardi "savoir" que le réseau de Fethullah Gülen était "derrière" l'assassinat de l'ambassadeur, selon l'agence de presse progouvernementale Anadolu. Ce meurtre est survenu en plein réchauffement des relations entre la Turquie et la Russie qui, opposées sur le dossier syrien, ont toutefois parrainé une trêve ayant permis d'entamer l'évacuation de la partie est d'Alep tenue par les rebelles. Les dirigeants des deux pays ont dénoncé une "provocation" visant à saboter leurs liens. "Nous ne permettrons absolument pas que nos relations avec la Russie se dégradent", a assuré mardi le président turc Recep Tayyip Erdogan. 

Six proches du tireur en garde à vue

Fait inédit, la Turquie a accepté la participation aux investigations de 18 enquêteurs russes, dépêchés par Moscou et qui ont pris part à l'autopsie du corps d'Andreï Karlov à Ankara. "Nous devons savoir qui a guidé la main du tueur", a déclaré le président Vladimir Poutine, qui a ordonné aux services secrets russes de renforcer les mesures de sécurité en Russie et à l'étranger. Six proches du tireur, dont ses parents et sa sœur, étaient en garde à vue mardi à Aydin, ville de l'ouest de la Turquie, selon l'agence de presse Dogan.

La dépouille de l'ambassadeur a été rapatriée dans un avion russe, arrivé dans la soirée à Moscou, en provenance d'Ankara. Sa veuve a été accueillie à Moscou par le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et par son homologue turc, tandis qu'un hommage militaire était rendu. L'assassinat s'est produit dans le quartier des ambassades, soulevant la question de la sécurité dans le cœur de la capitale turque, déjà secouée cette année par plusieurs autres attentats et, en juillet, par un coup d'État manqué.

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Mardi avant l'aube, un homme a tiré des coups de feu devant l'entrée de l'ambassade américaine, avant d'être arrêté. Personne n'a été blessé. Les États-Unis ont annoncé la fermeture de toutes leurs représentations diplomatiques en Turquie mardi. À Ankara, les autorités ont déployé des policiers supplémentaires et des camions équipés de lances à eau pour renforcer la sécurité autour de l'ambassade de Russie, a rapporté Anadolu. 

Un lien avec le coup d'État manqué ?

Selon les autorités, l'assassin de l'ambassadeur russe, Mevlüt Mert Altintas, qui n'était pas de service ce jour-là, a réussi à éviter le portique de sécurité à l'entrée de la salle en présentant son badge de policier aux agents de sécurité. Des photos le montrent quelques instants avant l'attaque, se tenant derrière l'ambassadeur russe à la manière d'un garde du corps. Selon plusieurs témoins, le policier a brusquement fait feu sur le diplomate. Après les coups de feu, le policier, qui servait depuis deux ans et demi dans les forces antiémeutes, a crié "Allah Akbar !" et "N'oubliez pas Alep !", avant d'être abattu par des membres des unités spéciales. 

Malgré ces déclarations qui semblent lier ce meurtre au dossier syrien, le ministre turc des Affaires étrangères a déclaré: "La Turquie et la Russie savent que derrière l'attaque contre l'ambassadeur de Russie à Ankara Andreï Karlov, il y a FETO", acronyme désignant le réseau de Fethullah Gülen, selon Anadolu qui cite des sources diplomatiques. Après l'assassinat, Fethullah Gülen, par ailleurs présenté par Ankara comme l'instigateur du putsch avorté de juillet, ce que l'intéressé dément, s'était dit "choqué et profondément attristé". Le prédicateur vit en exil aux États-Unis depuis la fin des années 90 et Ankara demande avec insistance son extradition. Washington répond que la décision appartient à la justice. 

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