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Tunisie : une élection sur fonds de tensions

Les menaces jihadistes pèsent sur les premières élections législatives en Tunisie depuis la révolution.

Les Tunisiens préparent les élections législatives, le 25 octobre 2014, à Nabeul. (archives)
Les Tunisiens préparent les élections législatives, le 25 octobre 2014, à Nabeul. (archives) Crédit : FETHI BELAID / AFP
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Près de 5,3 millions de Tunisiens sont appelés aux urnes dimanche 26 octobre pour leurs premières législatives depuis la révolution, un scrutin clé pour la transition démocratique du pays et sous haute sécurité de craintes d'attaques jihadistes.

En octobre 2011,l'élection de l'assemblée constituante, remportée par les islamistes d'Ennahda, avait été le premier scrutin libre de l'histoire du pays mais le vote de dimanche est crucial car il doit enfin doter la Tunisie d'institutions pérennes près de quatre ans après le soulèvement de janvier 2011 qui donna le coup d'envoi au Printemps arabe.

A partir de 07H00 (06H00 GMT) et jusqu'à 18H00 (17H00 GMT), les Tunisiens pourront voter pour désigner les 217 députés qui les représenteront pendant cinq ans et qui auront la tâche de former la majorité devant gouverner. La nouvelle Constitution, adoptée en janvier, accorde en effet de larges pouvoirs au Parlement et au gouvernement, et des prérogatives restreintes au chef de l'Etat. La présidentielle est prévue le 23 novembre.

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Selon les analystes, deux partis partent favoris: Ennahda, au pouvoir de début 2012 à début 2014, et leurs principaux détracteurs de Nidaa Tounès, une formation hétéroclite rassemblant aussi bien des anciens opposants au dictateur déchu Zine El Abidine Ben Ali que des caciques de son régime.

Parlement fragmenté

Le mode de scrutin -la proportionnelle au plus fort reste- favorisant les petites formations, les principales forces politiques ont souligné qu'aucun parti ne sera à même de gouverner seul. "Je crois que le Parlement sera fragmenté", reconnaît Mohsen Marzouk, un dirigeant de Nidaa Tounès qui prévoit que les islamistes et son parti se partagent quelque 150 sièges.

Ennahda, qui a dû quitter le pouvoir début 2014 à l'issue d'une année 2013 marquée par une crise politique, l'assassinat de deux de ses opposants et des attaques jihadistes, a assuré vouloir former un cabinet consensuel, se disant même prêt à une alliance de circonstance avec Nidaa Tounès.

Le grand parti séculier, qui fait campagne en se posant en unique alternative à Ennahda, régulièrement qualifié de parti obscurantiste et antidémocratique, prévoit aussi en cas de victoire de former une coalition et n'a pas entièrement fermé la porte à une collaboration avec les islamistes.

L'instance organisant les élections (Isie) a précisé qu'elle ne serait probablement pas en mesure d'annoncer les résultats dans la nuit de dimanche à lundi, alors qu'elle a jusqu'au 30 octobre pour faire état de la composition du nouveau Parlement. Les partis peuvent néanmoins publier plus tôt des résultats de leur décompte des voix, le dépouillement étant public.

Le niveau de participation sera par ailleurs un facteur clé, nombre de Tunisiens se disant désabusés par les batailles politiciennes et par la misère et le chômage qui gangrènent le pays et avaient été au coeur des causes de la révolution.

Histoire et espoir

Si la Tunisie fait figure de dernier espoir de transition démocratique réussie dans les pays du Printemps arabe, les autorités craignent cependant que des groupes jihadistes, qui ont connu un essor certain depuis 2011, lancent des attaques pour faire échouer le scrutin. Quelque 80.000 policiers et militaires doivent dès lors être déployés dimanche.

Des accrochages avec des jihadistes ont fait depuis 2011 des dizaines de morts dans les rangs de l'armée et de la police. Vendredi, après un siège de plus de 24 heures, les forces tunisiennes ont tué dans une maison de la banlieue de Tunis six membres présumés d'un groupe armé, dont cinq femmes.

"La seule et unique réponse citoyenne aux forces obscures est le vote massif. Les Tunisiens devront se déplacer en masse pour sauver la Tunisie. Un fort taux d'abstention sera l'échec des élections et de la démocratie", martelait dans ce contexte le journal francophone La Presse dans son édition de samedi.

Le Premier ministre Mehdi Jomaa a lui souligné l'importance des législatives en les qualifiant d'expérience "porteuse d'espoir" pour toute la région alors que l'essentiel des pays du printemps arabe sont plongés dans le chaos ou la répression.

Le chef d'Ennahda, Rached Ghannouchi a martelé un message similaire lors du dernier meeting de campagne de son parti vendredi : "Nous sommes dans un instant historique, nous sommes dans une fête, celle de la démocratie".

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