3 min de lecture Syrie

Syrie : une nuit d'horreur à Alep Est racontée en direct sur Twitter

REVUE DE TWEETS - Alors que les forces du régime de Bachar al-Assad sont sur le point de reprendre complètement la ville d'Alep, les habitants tweetent leurs dernières heures sous les bombes.

La nuit du 12 au 13 décembre, les bombardements ont été particulièrement violents à Alep Est, les habitants ont crié leur douleur sur Twitter
La nuit du 12 au 13 décembre, les bombardements ont été particulièrement violents à Alep Est, les habitants ont crié leur douleur sur Twitter Crédit : Omar haj kadour / AFP
Cécile De Sèze
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

La peur au ventre. La mort au trousse. Les civils d'Alep ont certainement vécu l'une de leurs pires nuits dans la ville syrienne assiégée. Entre lundi 12 et mardi 13 décembre, les messages de désespoir et d'angoisse ont afflué en nombre sur les réseaux sociaux, témoignant d'une situation encore plus grave que les jours, semaines, mois précédents. Déjà dans un état d'urgence absolu depuis plusieurs mois selon les ONG sur place, la situation des Aleppins semble s'être empirée considérablement en cette nuit de l'horreur. 

Les forces du régime de Bachar al-Assad ont repris les quartiers est de la ville et affirment être dans "les derniers instants avant la proclamation de la victoire" contre la rébellion. Mais à quel prix ? Selon l'ONU, l'armée de Damas, pour la journée de lundi seulement, a tué au moins 82 civils à Alep-Est, dont 11 femmes et 13 enfants. Actuellement, selon l'agence Associated Press qui cite encore l'ONU, une centaine d'enfants seraient coincés dans un immeuble visé par des tirs. Des civils qui n'arrivent pas à fuir la ville, par manque de protection. L'organisation des nations unies a également fait état de tirs de rebelles basés à Alep Est visant des habitants en train de fuir. 

Des témoignages déchirants

Et les témoignages diffusés sur internet sont déchirants. Quand, il y a encore quelques jours, les messages d'espoir abondaient, ils ont été remplacés, cette nuit, par des messages d'adieu. Comme pour Bana, cette fillette qui tweete son quotidien dans Alep assiégée depuis plusieurs semaines. La nuit dernière, son message sonnait réellement comme le dernier, signé de sa mère : "Ultime message - les gens meurent depuis la nuit dernière. Je suis étonnée de pouvoir tweeter maintenant et d'être en vie".

Ultime message - les gens meurent depuis la nuit dernière. Je suis étonnée de pouvoir tweeter maintenant et d'être en vie

Bana Alabed
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Les journalistes du monde entier, en contact avec des habitants d'Alep, ont relayé toute la nuit des rares messages qu'ils recevaient. Des témoignages en direct de la mort à tous les coins de rue. Comme celui de @Mr_Alhamdo, traduit par la journaliste Delphine Minoui, correspondante du Figaro au Moyen-Orient : "Il pleut... Les miliciens sont à 300 mètres. Nulle pour pour aller. C'est le dernier jour... Je ne sais que dire". Ou encore, d'un "des derniers médecins d'Alep" : "On est en train de devenir fou".

En allant directement voir le profil de @Mr_Alhamdo, c'est un déchirement d'impuissance qui s'installe. "Dernier message, poste-t-il le 12 décembre. Merci pour tout. On a partagé tellement de moments. Ces derniers posts provenaient d'un père bouleversé. Adieu Alep". Plus récemment, un tweet adressé à sa fille en souhaitant qu'elle goutte une fois la banane avant de mourir, elle "qui aime tellement la nourriture". Il a également posté une vidéo en direct sur Periscope, intitulée : "Dernier appel depuis Alep"

Adieu Alep

Mr_Alhamdo
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"Oh mon Dieu. Réveillez-vous de ce cauchemar... Alep est en train d'être effacée et plus de 50.000 personnes sont en danger de mort. La plupart son des femmes et des enfants", témoigne encore Zouhir_AlShimaleLina Shamy, qui se décrit dans sa biographie Twitter comme pro-révolution, a envoyé une vidéo depuis l'ancienne capitale économique syrienne. "À tous ceux qui peuvent m'entendre, nous sommes exposés à un génocide, défend-elle. C'est peut-être ma dernière vidéo".

La presse locale crie aussi sa douleur : "Après nous, il n'y aura plus de parole libre à Alep"Nicolas Hénin, journaliste français spécialiste de la région et ancien otage en Syrie, a tenu a rappelé ce que la ville syrienne a toujours été avant le début de la répression post-révolutions arabes, dans un déroulé (vous pouvez lire la totalité des postes en cliquant juste sur celui ci-dessous) d'une simplicité et d'une justesse remarquée sur les réseaux sociaux. 

Il rappelle, notamment, que "les Aleppins ont toujours refusé l'entrée des jihadistes, cantonnés à la campagne. Ils savaient que les drapeaux noirs d'Al Qaïda et de l'État islamique ne feraient que justifier un ralliement de l'opinion internationale derrière le régime (...) Les images terribles qui nous parviennent et nous parviendront dans les prochains jours alimenteront beaucoup de rancœurs et de haines. C'est maintenant que le terrorisme à grande échelle va commencer en Syrie. Et je pèse mes mots."

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