4 min de lecture Syrie

Syrie : pourquoi est-ce si difficile de comprendre qui se bat contre qui ?

ÉCLAIRAGE - La guerre en Syrie oppose de nombreuses formations et nations qui changent parfois de camp, en fonction de l'ennemi à combattre.

Bachar al-Assad, président syrien, en juin 2009
Bachar al-Assad, président syrien, en juin 2009 Crédit : Louai Beshara / AFP
Cécile De Sèze
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Depuis 2011, la Syrie est plongée dans une guerre qui paraît sans fin. Six années que le pays est divisé, déchiré, bombardé et que les civils se trouvent au milieu des combats qui opposent les différentes forces armées en présence. Si les comptes sont difficiles à tenir à cause du manque de sources fiables sur place, l'Obervatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) estimait, en mars 2017, que le conflit avait déjà fait 465.000 morts et disparus, dont 96.000 civils.

En 2011, une tentative de révolution inspirée par les Printemps arabes au Maghreb est violemment réprimée par le régime pendant des mois, faisant plus de 2.000 morts. Le président Bachar al-Assad érige alors ses opposants au rangs d'ennemis, voire de terroristes. En découle une guerre civile qui voit apparaître de nombreux adversaires. 

Un conflit particulier dans lequel de nombreuses forces syriennes et étrangères se sont engagées sur plusieurs fronts contre différents adversaires.

Des alliés fidèles à Bachar al-Assad

La situation en Syrie est complexe. Les camps qui s'opposent ont parfois les mêmes ennemis ou les mêmes alliés. Il n'y a pas deux adversaires bien distincts mais une quinzaine de forces armées présentes pour des raisons différentes. C'est pourquoi il est si compliqué de bien distinguer qui se bat contre qui. 

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Certaines forces sont néanmoins constantes. La Russie, l'Iran, le Hezbollah, les gardes de la révolution iranienne et forces nationales de défense (milices du régime) se battent, par exemple, entièrement derrière et avec les troupes de l'armée syrienne de Bachar al-Assad. La reprise d'Alep par le régime en décembre dernier a notamment été rendue possible par l'aviation russe et ses bombardements quotidiens - également sur des civils. 

L'Iran, d'après Gérard Chaliand, géostratège et spécialiste de l'étude des conflits armés, pour aider son allié syrien, a formé "les troupes syriennes, les Irakiens, des chiites d'Afghanistan, du Pakistan, plus leurs propres troupes", précise-t-il à RTL.fr. Aujourd'hui, Bachar al-Assad, grâce à ses alliés, contrôle "la Syrie utile, et 80% de la population", explique encore Gérard Chaliand.

Israël, rebelles et opposition contre al-Assad et ses alliés

D'autres constantes avec les rebelles, l'opposition syrienne et Israël, qui combattent les forces officielles et leurs alliés. Jérusalem est d'ailleurs accusé d'avoir mené une frappe contre une infrastructure militaire éminemment stratégique dans la nuit de mercredi à jeudi, détruisant le laboratoire qui servait à confectionner les armes chimiques. Pour l'État hébreux, il n'est pas question de laisser l'Iran et le Hezbollah, deux ennemis du pays, se développer sous leurs yeux, comme l'a expliqué l'ancien chef du renseignement militaire israélien sur Twitter.

D'autres part, la Turquie se bat contre ses propres "terroristes" - c'est ainsi que le pouvoir en place les définit - : les Kurdes. Ces derniers sont, eux, engagés pour déloger Daesh de la zone irako-syrienne, soutenus par des milices arabes et les États-Unis. La coalition internationale menée par les États-Unis, avec la France, est engagée en Syrie pour combattre Daesh. Ce dernier se bat contre tous, toute entité ne respectant pas sa vision de l'islam étant vue comme un ennemi.

Du côté des groupes terroristes, Daesh "tenait la vallée de l'Euphrate" mais l'organisation est très affaiblie sur le terrain. On retrouve également d'autres forces islamistes présentes dans le pays comme Ahrar al-Cham (des Frères musulmans) et le nouveau Front al-Nosra, devenu le Front Fateh al-Cham, ancienne branche syrienne d'al-Qaïda.

Des alliances circonstancielles

La semaine passée, les forces du régime, aidées par les Russes et plusieurs milices, dont des milices sunnites, ont levé le blocus de Deir Ezzor et tentent de prendre la main sur la ville tenue par Daesh. Le président Bachar al-Assad est pourtant alaouite, une branche du chiisme. Un exemple des mouvements qui changent d'ennemi en fonction de la situation. Selon Wassim Nasr, journaliste à France 24 et auteur de L'État islamique, le fait accompli, interrogé par RTL.fr, ces milices sunnites ont "une vengeance de sang contre Daesh" qui les motive à aider les troupes d'Assad, dans ce cas précis.

Les Kurdes et Bachar al-Assad sont également arrivés à un accord de neutralité, l'un et l'autre "n'ayant pas besoin d'ennemis supplémentaires", selon Gérard Chaliand. Quant aux Russes, ils soutiennent donc l'armée du gouvernement syrien, ils ont aussi aidé les Kurdes de Syrie et ont permis à au dirigeant turc, Erdogan, de contrôler les frontières syro-turques, "mais pas plus", poursuit Gérard Chaliand, qui ajoute : "Les Turcs et les Russes jouent à un jeu délicat où ils sont à la fois adversaires et alliés circonstanciels".

Ce n'est pas non plus parce que Bachar al-Assad combat Daesh sur le terrain qu'il reçoit le soutien de la coalition internationale, étant lui-même considéré comme un ennemi depuis les accusations d'attaques à l'arme chimique contre son peuple dont il fait l'objet. Pour Gérard Chaliand, le véritable vainqueur de cette guerre ne sera ni la Russie de Poutine, ni le gouvernement de Bachar al-Assad, mais l'Iran. "Ils veulent modifier le rapport de force" de la région et deviendront, selon lui, les "vainqueurs dans le match avec l'Arabie saoudite".

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