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Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine : plus qu'une rencontre, une convergence idéologique ?

ÉCLAIRAGE - Au-delà de leurs divergences, notamment sur le dossier syrien, les points de convergence entre les deux dirigeants sont légion.

Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine lors de la conférence de presse tenue le 9 août, à l'issue de leur rencontre
Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine lors de la conférence de presse tenue le 9 août, à l'issue de leur rencontre
Crédit : SIPA / Montage
Paul Véronique

Le réchauffement des relations entre la Russie et la Turquie semble bien entériné. Mardi 9 août, le président turc Recep Tayyip Erdogan était en visite à Saint-Pétersbourg. Auprès de Vladimir Poutine, il a affirmé vouloir atteindre "une nouvelle étape" dans les relations entre les deux pays. De son côté, le président russe a promis une levée rapide de l'embargo sur les fruits et légumes turcs qu'il avait imposé en novembre dernier à la suite de la destruction d'un de ses bombardiers par l'aviation turque. Ce jeudi 11 août, le ministre des Affaires étrangères turc Mevlüt Çavusoglu a finalement relancé son appel à sceller une alliance avec la Russie contre Daech. "Nous avons toujours appelé la Russie à des opérations anti-Daech, notre ennemi commun. La proposition est toujours sur la table", a-t-il déclaré.

À la fin du mois de juin, Erdogan avait fait le premier pas en s'excusant auprès de Vladimir Poutine pour la destruction de son bombardier. Il assurait vouloir faire "tout son possible pour restaurer les relations traditionnellement amicales entre la Turquie et la Russie". Si de nombreuses divergences existent toujours entre les deux hommes, notamment concernant Bachar el-Assad, ils semblent néanmoins partager des points communs dans leur manière d'exercer le pouvoir, d'une main de fer.

Pouvoir autoritaire

Des deux côtés de la mer Noire, les présidents russe et turc se sont illustrés par la mise en place d'un pouvoir fort et une dimension verticale de l'exercice de l'État. Ils ont tous les deux procédé à des modifications de la Constitution en vue de consolider leur place au sein de leur système politique. Erdogan a notamment élargi les compétences du président, renforçant considérablement ses attributions. Il a contribué à brouiller les lignes entre les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, développant son influence en leur sein. Les médias sont aussi sous pression, le gouvernement n'hésite pas à censurer les journalistes qui touchent à des sujets sensibles. Parfois, il va jusqu'à les poursuivre en justice comme dans le cas du rédacteur en chef Can Dündar, condamné à 5 ans et 10 mois de prison après avoir dénoncé une affaire de trafic d'armes, en lien avec les services secrets turcs. Depuis la tentative de putsch ratée, en date du 15 juillet, il souhaite aussi élaborer une nouvelle constitution en vue d'instaurer un pouvoir présidentiel fort, consolidant encore ses prérogatives.

Le constat n'est guère différent en Russie. Après avoir enchaîné l'exercice de deux mandats présidentiels entre 2000 et 2008, Vladimir Poutine a fait en sorte de rester proche du pouvoir. La Constitution ne lui permettant pas de se présenter une troisième fois, il a décidé de prendre la tête du gouvernement de son successeur Dmitri Medvedev, le temps d'un mandat, avant de se réapproprier la place de président à l'issue de cette alternance. De son côté, il a aussi contribué à la mise en place d'un pouvoir autoritaire où les médias qui contredisent le régime relèvent maintenant de l'exception. La situation de ses opposants est de plus en plus critique, comme le montrent les nombreux emprisonnements politiques, ou encore l'assassinat de Boris Nemtsov, principale figure d'opposition, en février 2015.

Nationalistes et conservateurs

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L'autre point de convergence entre les deux hommes se situe autour de leur ligne politique conservatrice et nationaliste. Ils se veulent gardiens des valeurs traditionnelles de leurs pays respectifs. En Turquie, Recep Tayyip Erdogan est issu du parti islamo-conservateur AKP, ou Parti de la justice et du développement. Si à l'origine, le mouvement se voulait au centre de l'échiquier politique, il s'est peu à peu durci en même temps que le pouvoir opérait son virage autoritaire.

"Il lui aura fallu moins de 15 ans pour transformer une société profondément laïque et tournée vers l'Occident et aspirant à un rapprochement avec l'Europe en un peuple fortement islamisé, un peuple que sa 'frustration européenne' a convaincu que l'avenir était pour lui à l'Est, vers l'Asie, vers le Moyen-Orient et vers un islamisme assumé comme véhicule d'une stratégie d'influence", faisait ainsi comme constat Caroline Galactéros, docteur en sciences politiques, dans une interview au Figaro. Parallèlement, Erdogan joue aussi sur la corde identitaire. Son jusqu’au-boutisme notamment sur la question kurde, lui a attiré la sympathie d'une large frange de la droite nationaliste.

Nous poursuivrons les terroristes partout (...), on les butera même dans les chiottes s'il le faut.

Vladimir Poutine

Des ressorts qu'utilise allègrement Vladimir Poutine en Russie. Le chef du régime a depuis son premier mandat tissé autour de lui une union nationale autour de "la fierté d'être Russe", à grand renfort d'une rhétorique guerrière décomplexée. Déjà en 1999, il déclarait à propos des rebelles tchétchènes : "Nous poursuivrons les terroristes partout (...), on les butera même dans les chiottes s'il le faut." L'un de ses objectifs est notamment de "redonner sa grandeur au peuple russe" après l'effondrement du bloc soviétique. Un nationalisme que l'homme fort de la Russie conjugue avec un net virage conservateur, observé depuis son retour en fonction en 2012.

En ligne de mire, entre autres, les ambitions universalistes qu'il prête à l'Occident. Selon lui, "les pays-euro-atlantique" renient leurs "racines chrétiennes". "Aux moments les plus critiques de notre histoire, notre peuple s'est retourné vers ses racines, ses fondements religieux, ses valeurs religieuses", défendait-il, lors d'un discours en 2013. Son opposition au mariage pour tous, interprétée comme un signe de "dépravation occidentale", en a notamment fait l'allié numéro un de la puissante Église orthodoxe. Les représentants de ce culte sont devenus, à l'image de leur patriarche, les relais de choix de son discours nationaliste et conservateur.

Défiance à l'égard de l'Occident

Mais la raison qui explique finalement le mieux le rapprochement qui semble s'opérer entre la Russie et la Turquie, au-delà de certains points communs de leurs dirigeants, est une défiance grandissante vis-à-vis de l'Occident. La réaction des Européens et des États-Unis à la tentative de putsch en Turquie a profondément affecté le président Erdogan. En tête des reproches, leur "manque d'empathie" et un soutien, jugé "insuffisant". Le malaise à l'égard de la purge qu'a entreprise le leader turc à la suite du coup d'État raté est aussi en cause. Elle a pu être considérée par les Occidentaux comme un moyen de consolider un régime déjà marqué par des dérives autoritaires, d'où la tiédeur des réactions. "Ceux que nous imaginions être nos amis prennent le parti des putschistes et des terroristes", s'est ainsi insurgé le président Erdogan. Le refus des États-Unis d'extrader Fethullah Gülen, pointé du doigt comme l'initiateur du putsch, pose également question. "Quel genre de partenaire stratégique sommes-nous ?", s'est interrogé le chef de l'AKP, questionnant la nature de sa coopération militaire avec les Américains en Syrie.

A contrario, le chef du Kremlin s'est montré moins froid à la suite des événements du 15 juillet. Il a même fait preuve d'un soutien sans réserve à Erdogan. Vladmir Poutine était d'ailleurs l'un des premiers à l'avoir contacté pour l'assurer de son soutien, le soir de la tentative de putsch. En outre, il n'a pas affiché les mêmes états d'âme face à la répression qui a touché plus de 60.000 personnes dans l’armée, la justice et la fonction publique. À l'issue de leur rencontre du 9 août, les deux hommes ont affirmé vouloir "réanimer la coopération économique et commerciale", évoquant même la construction du gazoduc, Turkish stream, entre les deux pays. Le président russe a tout de même nuancé en ajoutant qu'une telle collaboration nécessiterait "un travail difficile". Et pour cause : leurs divergences restent fortes, notamment en Syrie, où leurs alliances régionales s'opposent. Si leurs intérêts ne semblent donc pas encore converger réellement, le rapport des deux hommes au pouvoir n'apparaît lui, pas si éloigné.

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