1. Accueil
  2. Actu
  3. International
  4. Pourquoi l’État islamique menace Vladimir Poutine
5 min de lecture

Pourquoi l’État islamique menace Vladimir Poutine

DÉCRYPTAGE - La Russie fait l’objet de menaces de la part de l’organisation terroriste, à cause des tensions qui règnent dans la région du Caucase mais aussi de son soutien au régime syrien.

Vladimir Poutine lors d'une réunion avec le gouvernement, le 4 février 2015, à Moscou.
Vladimir Poutine lors d'une réunion avec le gouvernement, le 4 février 2015, à Moscou.
Crédit : Michael Klimentyev / RIA NOVOSTI / AFP
Marie-Pierre Haddad

"C’est un message pour toi, Vladimir Poutine". Voilà comment l’État islamique a choisi d’interpeller la Russie dans une vidéo publiée en septembre dernier. Le groupe terroriste menace ainsi la Russie de représailles à cause des "avions (…) envoyés à Bachar al-Assad, explique un jihadiste qui prévient : nous les enverrons chez toi, si Dieu le veut". Depuis, le pays est confronté à des menaces de plus en plus pesantes.

Dans une nouvelle vidéo publiée en janvier dernier, l’État islamique lance un avertissement en montrant un enfant âgé d'une dizaine d'années exécuter deux hommes présentés comme des agents russes. La scène dure sept minutes et met en scène deux hommes agenouillés.

Pourquoi la Russie défend le régime syrien

Dans les déclarations, obtenues sous la contrainte, les deux détenus expliquent que leur mission était respectivement de pirater l'ordinateur d'un responsable et de tuer un cadre du groupe terroriste pour le compte du FSB, les services secrets russes. La vidéo se termine par des images glaçantes où un enfant, vêtu d’une tenue militaire, se saisit d'un pistolet et abat les deux hommes d'une balle en pleine tête. 

La Russie est dans la ligne de mire de l’État islamique avant tout pour son soutien au régime syrien de Bachar al-Assad. La révolution qui a éclaté dans le pays depuis mars 2011 a fait plus de 200.000 morts, selon les chiffres de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme. Vladimir Poutine est entré dans une politique dite "jusqu’au boutiste" afin de protéger ses intérêts en Syrie. La Russie craint "une poussée islamiste et la formation d’un front panislamique qui s’étendrait du Caucase aux frontières orientales de la Communauté des états indépendants et de l'Asie centrale", souligne le directeur de l’unité Russie de l’Institut français de relations internationales, Thomas Gomart, dans un entretien à Slate

À écouter aussi

La Syrie est aussi un partenaire économique de poids pour la Russie. Elle "est un très bon client de Moscou qui n'exporte plus rien sinon des matières premières et des armes", explique Hélène Blanc, spécialiste de la Russie sur RFI. Depuis 2005, les échanges entre les deux pays se sont envolés, atteignant le pic des 2 milliards de dollars en 2008, détaille FranceTVinfo qui cite un rapport de l'Institut français des relations internationales.  

Et enfin, la Russie conserve surtout une position stratégique dans la région, en soutenant la Syrie. Depuis 1971, le pays dispose d'une base navale dans le port de Tartous, ville située sur la côte ouest de la Syrie. Vladimir Poutine a le projet d’en faire une base de ravitaillement, abritant des navires lourds, tels des frégates ou des croiseurs.

Une menace directe pour la Russie sur le plan national

L’organisation terroriste souhaite aussi "libérer la Tchétchénie et tout le Caucase". Après la première guerre de Tchétchénie (1994-1996) entre forces fédérales russes et indépendantistes, la rébellion s'est progressivement islamisée et a de plus en plus débordé hors des frontières de cette petite république pour se transformer au milieu des années 2000 en un mouvement islamiste armé actif dans tout le Caucase du Nord.

"La venue de prédicateurs étrangers pendant l'entre-deux guerre, ajoutés à des violences terribles de la part des troupes fédérales russes, à la suite de l'explosion de l'Union soviétique, ont radicalisé une partie de la résistance, et la coloration islamiste est devenue de plus en plus visible dès la deuxième guerre", explique Le Monde. En 2006, le combat a pris un tournant. Dokou Oumarov, un islamisme extrêmement violent s'est alors installé dans la région. 

Désormais, le combat qui opposait la Russie aux Tchétchènes ne concerne plus seulement une question d'indépendance mais aussi "la création d'un État islamiste regroupant toutes les régions du Caucase du Nord et fondé sur un islam rigoriste et intransigeant", ajoute le journal. 

Comment combattre l’État islamique sans s’associer aux États-Unis

Vladimir Poutine s’est retrouvé face à un nouveau choix. Barack Obama a annoncé vouloir détruire l’État islamique, en septembre 2014. "Notre objectif est clair : nous affaiblirons, et, à terme, détruirons l'EI". Afin d’y parvenir, les États-Unis ont expliqué vouloir agir "en Syrie, comme en Irak". Le président américain a précisé qu’il attaquerait l'État islamique "où qu'il soit". Alors que la France avait apporté son soutien à cette vaste coalition, la Russie s'est inquiétée de possibles frappes américaines en Syrie hors du cadre légal international

Autre instabilité à craindre pour Vladimir Poutine : "Les conflits du Caucase ont provoqué la constitution de nouvelles alliances régionales. Les États de la région se sont tournés, soit vers la Russie, comme l’Arménie et l’Iran, soit vers les États-Unis, comme la Géorgie, l’Azerbaïdjan et la Turquie. Le décor est donc planté pour de futurs conflits", indique le site Diploweb. "Bien qu'aucun lien n'ait été démontré entre les militants du turbulent Caucase du Nord en Russie et l'État islamique, le Service fédéral de sécurité de Russie a estimé que plusieurs centaines d'habitants du Caucase du Nord sont partis combattre en Syrie aux côtés des islamistes", rapporte le site Russia beyond the headlines. Selon une source, ainsi quelque 3.000 Tchétchènes seraient engagés dans les rangs de l'État islamique.

Un retournement pour Bachar al-Assad

Vladimir Poutine s’est ainsi retrouvé face à un dilemme : contrer l’État islamique ou laisser la coalition intervenir en Syrie. Alors qu’elle ne fait pas partie de cette dernière, la Russie a néanmoins envoyé "quelques avions MiG et leurs pilotes au gouvernement irakien pour participer à la lutte contre État islamique. Elle n’a pas intérêt à voir l'organisation se développer alors que le Kremlin doit faire face à un soulèvement des musulmans qui se poursuit dans le Caucase du Nord et que de nombreux radicaux islamistes venus de la Fédération de Russie se battent aux côtés des jihadistes", explique Slate.

De son côté, Bachar al-Assad tire profit du conflit avec l’État islamique pour garder sa légitimité. Le président syrien, réélu en juin dernier, a proposé son aide aux États-Unis et à la coalition. Ainsi, il a réussi le pari fou de se poser comme compromis et s’assurer de ne plus voir son régime renversé.

La rédaction vous recommande
À écouter aussi

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/