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"Panama Papers" : la Chine passe sous silence les révélations

Les révélations des "Panama Papers" impliquent huit proches du Parti communiste chinois. Xi Jinping fait taire la presse.

12. Le président chinois, Xi Jinping, gagne 22.000 dollars par an
12. Le président chinois, Xi Jinping, gagne 22.000 dollars par an Crédit : WANG ZHAO / AFP
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Caroline Brenière

Depuis le 3 avril 2016, l'affaire Panama Papers est reprise par la presse du monde entier. En Russie avec Vladimir Poutine, dans le monde du football avec Michel Platini, en France avec Frédéric Chatillon... Mais pas en Chine. Les médias chinois ont choisi de consacrer leurs unes au Qingmingjie, la Fête des morts du pays, plutôt qu'à l'affaire qui secoue la planète. Le président Xi Jinping assure mener une bataille sévère contre la corruption dans son pays. Il balaie pourtant toutes les informations concernant les Panama Papers du revers de la main. 

En cause, sa réputation directe. Selon les révélations des Panama Papers, des proches de huit dirigeants chinois ont ouvert des sociétés écrans avec l'aide de Mossack Fonseca, le cabinet d'avocats au cœur du scandale. Qu'ils soient directement ou non liés à l'affaire, tous sont mouillés par un lien familial. Au plus proche du président, son beau-frère, Deng Jiagui. Ce dernier était l'unique actionnaire de deux sociétés écrans domiciliées aux Îles Vierges britanniques, en 2009. Les activités de ces deux sociétés ont touché à leur terme lorsque Xi Jinping est devenu secrétaire général du Parti communiste chinois, en 2012. 

Huit membres du Comité du Parti communiste sont liés à l'affaire

Xi Jinping n'est pas le seul membre de l'actuel Comité permanent du Parti communiste chinois à être concerné. Dans les fichiers apparaît le nom de Lia Xiaolin, fille de l'ex-premier ministre Li Peng. Elle était, avec son mari, bénéficiaire d'une fondation du Liechtenstein, à ce moment-là unique actionnaire d'une société basée aux Îles Vierges britanniques. Son père était alors premier ministre du pays. Lia Xiaolin est surnommée "reine chinoise de l'énergie" : elle fût vice-présidente de China Power Investment Corporation, entreprise publique de production d'électricité. La liste ne s'arrête pas là. D'après Les Échos, Jasmine Li, petite fille de l'ancien numéro quatre au pouvoir aurait "géré" une société offshore depuis son adolescence. Deux membres de l'actuel Comité permanent, Zhang Gaoli et Liu Yunshan sont également mouillés dans l'affaire par des membres de leurs familles. 

Silence des journaux et cyber-censure du gouvernement

Ces révélations embarrassent Xi Jinping, qui assure faire de la lutte contre la corruption l'un de ses premiers objectifs. Entre autres, une campagne anti-corruption est déployée dans le pays afin d'assainir les rangs du parti. Lutte qui semble s'arrêter aux frontières larges du parti. L'Agence France Presse a pu consulter les instructions envoyées aux journalistes chinois. Il leur faut "supprimer tous les contenus sur les fuites des Panama Papers". Certains médias tiennent tête et évoquent tout de même le scandale... en s'intéressant uniquement aux personnalités étrangères, omettant étrangement d'introduire les cas liés à leurs dirigeants. 

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Le quotidien anglais du pays, Global Times, a consacré un éditorial sur les "forces puissantes derrière les Panama Papers", scandale au cœur d'une campagne de "désinformation", visant des personnalités politiques non-occidentales. Le journal dénonce également l'influence particulière de Washington. Aucun nom de personnes liées étroitement ou non avec le gouvernement chinois n'y apparaît. Pékin reste silencieux. Le ministère des Affaires étrangères, Hong Lei, a déclaré que "sur de telles accusations sans fondement, [il n'avait] aucun commentaire à faire".

Les internautes ont essayé en vain de faire circuler l'information, notamment en publiant des captures d'écran d'articles. En recherchant "panama" dans les moteurs de recherche chinois - Google n'est pas autorisé dans le pays -, on ne trouve rien, si ce n'est des articles "désactivés" ou dénonçant des vedettes du monde du sport.

Mossack Fonseca compte plus de bureaux en Chine que n'importe où

Les huit personnalité liées à l'élite politique ne représente qu'une petite partie de l'implication de la Chine dans cette affaire. Selon The Guardian, la plus grosse proportion de clients du cabinet d'avocats Mossack Fonseca viendrait de la Chine continentale. En deuxième position, les Hongkongais. Hong Kong est d'ailleurs le plus gros fournisseurs de clients pour le cabinet d'avocats, loin devant le Royaume-Uni et la Suisse, selon le consortium international de journalistes. S'y trouvent de nombreux cabinets d'avocats et un grand nombre de banques. Enfin, Mossack Fonseca possède des bureaux dans huit des grandes villes chinoises, soit plus que dans n'importe quel autre pays

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