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"Panama Papers" : l'absence des États-Unis fait naître théories du complot et questions sur leur fiscalité

La presse américaine s'est montrée discrète sur les "Panama Papers" et peu de leurs ressortissants semblent concernés par l'affaire. Pourquoi les États-Unis sont-ils absents de ce scandale ?

Le drapeau américain, le 27 février, à Fort Knox. (archives)
Le drapeau américain, le 27 février, à Fort Knox. (archives)
Crédit : LUKE SHARRETT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Caroline Brenière

Les Américains ne sont presque pas évoqués dans le scandale des Panama Papers et ont suscité beaucoup d'interrogations. La plus grande fuite de données mondiales a permis de sortir plus de 11,5 millions de documents accusant des personnes dans plus de 202 pays du monde... mais pas aux États-Unis. Pas aux États-Unis, pays où l'évasion fiscale pèserait près de 130 milliards de dollars par an, selon le dernier rapport du Sénat américain.  

Les théories du complot émergent. Les Russes, entre autres, accusent la CIA d'avoir arrangé les opérations. Il existe pourtant des justifications plausibles à cette absence, qu'a notamment épluché le journal Le Monde, qui faisait partie du consortium de près de 400 journalistes, impliquant 75 pays et accusant 12 chefs d'État ou de gouvernement

La presse américaine à l'écart de l'enquête "Panama Papers"

Comme le souligne l'Obs, le New York Times, journal qui donne la tendance dans le pays de l'oncle Sam, ne réagit que tardivement aux révélations et ne prend pas la peine d'afficher son article sur la page d'accueil du site. Les lecteurs ont alors demandé des explications au directeur adjoint de la rédaction. Ce dernier répond alors simplement : "Nous ne savions pas que ces documents étaient disponibles et en cours d'analyse". Au journaliste de l'Obs de se moquer du plus grand journal du monde : "Un an de travail, 400 journalistes et 75 pays impliqués et le premier quotidien de la planète n'est pas au courant". 

Le New York Times pouvait en effet ne pas être au courant : le journal ne faisait pas partie des enquêteurs de l'ICIJ, ni le Washington Post, le Wall Street Journal ou Bloomberg. Seuls des médias à plus faible notoriété ont été impliqué : McClatchy et son site en ligne Fusion. Il faut ajouter qu'aucun grand journaliste américain ne fait partie du Consortium international des journalistes d'investigation. Marina Walker, directrice adjointe de l'organisation, explique à Fortune que pour la rejoindre, la collaboration est indispensable. Ce critère-clé n'est pas présent chez tous les journaux. Quoi qu'il en soit, cette absence de la presse américaine à alimenté la montée de la théorie du complot chez les Russes. Selon eux, si les Américains n'en parlent pas, ils y sont forcément pour quelque chose.

Les paradis fiscaux américains

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Aucun nom américain n'apparaît dans les "Powers players" des Panama Papers. Pourtant, les États-Unis figurent parmi les pays qui compte le plus de sociétés intermédiaires. Ils se hissent en quatrième position, juste derrière la Suisse, et avant... le Panama. Ces sociétés intermédiaires sont des banques et des cabinets d'avocats, entre autres, chargés de monter des entreprises et fondations. 

Cependant, 211 personnes ayant enregistré leur société avec une adresse aux États-Unis figurent parmi les intéressés de cette lourde opération, révèle Fusion, le journal américain ayant participé à l'enquête. Mais attention, cela ne veut pas dire que ces personnes sont des résidents fiscaux des États-Unis, ni même qu'elles possèdent la nationalité américaine. Alors pourquoi si peu de noms, comparé, par exemple, au millier de ressortissant français ? 

L'explication est assez simple et réside dans la fiscalité américaine, relativement faible comparée à l'Europe. Par exemple, le taux de prélèvements obligatoires s'élève à 24% en moyenne aux États-Unis, alors qu'il atteint les 34%  en moyenne pour les pays de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Au-delà de cette fiscalité faible, un durcissement du fisc pourrait freiner les intéressés. À cause de la loi FACTA (Foreign Account Tax Compliance Act), les banques doivent désormais coopérer et signaler toute personne détenant plus de 10.000 dollars sur un compte étranger

Enfin, les États-Unis permettent l'existence de sociétés écrans dans l'anonymat le plus complet. Ces sociétés sont domiciliées dans des États considérés comme des petits paradis fiscaux, comme le Delaware et le Nevada. Ces États sont très laxistes et n'obligent pas la divulgation de l'identité du bénéficiaire, à partir du moment où la société ne possède pas d'actionnaire américain ou n'a pas d'activité sur le territoire. Une sorte de offshore, sur le sol américain. Une journaliste de Fusion a réussi à créer une société "She Sells Sea Shells" ("Elle vend des coquillages"), dans le Delaware... au nom de son chat, Suki. Sur cette base, Mossack Fonseca a pu établir une filiale dans le Nevada.

Des révélations à venir ?

Le journal Les Échos a souligné le questionnement des internautes. Plusieurs ont remarqué que l'Organized Crime and Corruption Reporting Project, partenaire de l'ICIJ, avait le soutien de l'US AID, agence de développement internationale, financée directement par le gouvernement américain. Certains y voient là une opération manigancée. 

Richard Murphy, professeur à City University à Londres, préfère se tenir à l'écart de toute théorie de complot et offre une réponse bien plus simple : les Américains préféreraient passer par les Caïmans et les Bermudes plutôt que les Îles Vierges britanniques ou les Bahamas, et pour une bonne raison. Les Caïmans et les Bermudes correspondent au marché américain, tandis que les Îles Vierges, juridiquement, sont plus tourné vers un modèle britannique. Mossack Fonseca n'aurait ainsi pas servi les clients américains. Y aurait-il alors un autre cabinet au Panama, spécialisé dans le marché américain ? 

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