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Migrants : partir en croisière pour fuir la Syrie

Sur les quais du ports de Tripoli, au Liban, certains croisiéristes emmènent leur vie passée dans leurs bagages. Ils sont Syriens et ont opté pour ce moyen discrets de fuir leur pays.

Chaque jour, des ventaines de Syriens rejoignent la Turquie en embarquant pour une croisière à Tripoli, au Liban.
Chaque jour, des ventaines de Syriens rejoignent la Turquie en embarquant pour une croisière à Tripoli, au Liban. Crédit : ANWAR AMRO / AFP
Clémence Bauduin
Clémence Bauduin
Journaliste

Il y avait jusque-là les croisières pour prendre du bon temps. Désormais, les croisières servent également à fuir son pays en guerre. De plus en plus de Syriens empruntent des paquebots de croisière, au départ du port libanais de Tripoli, pour rallier les ports de Mersin ou Tasucu, sur la côte sud de la Turquie. 

Contrairement aux croisières habituelles où les passagers découvrent la Méditerranée en faisant un circuit en boucle avant de revenir à leur port de départ, celles-ci voient leurs bateaux largement désemplis au retour. Sur le millier de personnes montées à bord, seule une cinquantaine de croisiéristes libanais feront le voyage retour. "90% des passagers sont des Syriens", souligne la Sûreté générale libanaise et pour eux, pas question de revenir dans ce pays en proie à la guerre.

Des passagers essentiellement issus de la classe moyenne syrienne

La ligne de croisière a été lancée en 2010, un an avant le début de la guerre. Elle proposait alors deux voyages par semaine. Depuis, le port de Tripoli est le point de départ de "quatre trajets par jour", indique le directeur du port, Ahmad Tamer. Cela représente "28.000 passagers pour le seul mois d'août contre 54.000 pour la totalité de 2014", poursuit ce dernier.

Sur le quai du port de Tripoli, les immatriculations des véhicules indiquent les villes côtières syriennes de Lattaquié et de Tartous. Les habitants du littoral, tenus par le régime de Bachar al-Assad, se sont en effet tournés vers le Liban à la fermeture du poste-frontière de Kassab, ville jouxtant la Turquie, à la suite de combats entre armée et rebelles.

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Pour se permettre de migrer sur des bateaux bien plus luxueux que les embarcations de fortunes desquels de nombreux migrants ont péri, ces passagers appartiennent à une classe sociale moyenne de la Syrie. La croisière de 13 heures pour Tasucu coûte 170 dollars. Il faut compter 270 dollars pour le paquebot accostant à Mersin après un trajet de sept heures.

Une fois en Turquie, la loi des passeurs

"La situation est tellement bonne en Syrie que nous nous permettons de faire du tourisme avant de rentrer chez nous !", ironise un jeune syrien prénommé Tareq. "Nous sommes tous ici pour fuir en Europe", reconnaît-il ensuite sur un ton plus grave. "Je m'enfuirai en Grèce même si je risque la mort", ajoute-t-il. "Nous allons tenter notre chance. Nous n'avons rien à perdre car la mort nous guette dans notre pays", renchérit un de ses amis.

Une fois débarqués en Turquie, les passagers syriens de la croisière doivent se plier aux lois des passeurs et à la difficulté du trajet qui les attend. Ils doivent alors payer des sommes colossales aux passeurs pour essayer de rejoindre l'Europe. Fin septembre, un responsable de l'Union européenne avait estimé que "la prochaine grande vague" de migrants en Europe pourrait venir du Liban, petit pays qui accueille plus d'un million de réfugiés syriens, soit le quart de sa population.

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