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Migrants : la photo de l'enfant mort sur une plage divise la presse

REPLAY - Le cliché choc du petit Aylan, retrouvé noyé au bord d'une plage en Turquie, a été largement repris par les unes britanniques, mais pas en France.

Amandine Begot La Revue de Presse Amandine Bégot iTunes RSS
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Migrants : la photo de l'enfant mort sur une plage divise la presse Crédit Image : Maxime Villalonga | Crédit Média : Adeline François | Durée : | Date : La page de l'émission
Adeline François
Adeline François
et Christophe Chafcouloff

Diffuser la mort d'un enfant à la une d'une journal : la pratique divise au sein de la presse mondiale. La photo de l'enfant au visage tourné vers le sable, mort noyé sur une plage de Bodrum en Turquie, après le naufrage de son embarcation, est à la une ce matin de toute la presse britannique qui avait jusqu'ici adopté une ligne très dure envers les réfugiés. Pas de titre, juste la photo en grand. The Independant, le Guardian, le Times, le Daily Mail et même le Sun reprennent la fameuse photo qui hier a fait le tour du monde sur internet.

La photo couvre entièrement la une de The Independant. Pas de titre, juste une légende : "Somebody's child", l'enfant de quelqu'un. On sait ce matin que cet enfant s'appelle Aylan, qu'il avait 3 ans, qu'il avait un frère de 5 ans mort lui aussi dans le naufrage d'hier.
"Si la photo extraordinairement puissante de cet enfant ne changent pas l'attitude de l'Europe vis-à-vis des réfugiés, qu'est-ce qui le fera ?" s'interroge The Independant. "Toute petite victime d'une tragédie humaine", titre le Daily Mail, tandis que le Mirror  barre sa une avec le mot "insoutenable". En Espagne, la photo fait la une d'El Periodico avec ce titre "Le naufrage de l'Europe". Le quotidien italien La Repubblica parle quant à lui de "La photo qui fait taire le monde."

En France,la photo fait aussi taire littéralement le pays. L'enfant de Bodrum n’apparaît sur aucune une. Il faut aller sur internet pour voir "La photo de la honte" comme le titre le site de Paris Match. Le site du Point publie la photo en floutant le corps de l'enfant et sans donner d'explication. Sur le site de 20 minutes, un article est consacré à la photo mais sans qu'elle soit publiée, il faut cliquer sur un lien et avant il y a un avertissement "attention ces images peuvent choquer".  De son coté, LeMonde.fr publie la photo, et a diffusé dès hier soir la vidéo montrant ces images. C'est un choix du journal qui annonce un article à venir sur son  traitement de cette crise migratoire  

Nous devons témoigner de la réalité même lorsque celle-ci est choquante

Stéphane Benoit Godet
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L'édito de Stéphane Benoit Godet dans le journal suisse Le Temps apporte un autre regard. "Dans cette crise des migrants, il y a les grands mots, les beaux principes et les déclarations solennelles mais tout cela se fracasse aujourd'hui contre la réalité la plus crue" écrit-il. "Il y a des photos qui témoignent de l'urgence de manière encore plus forte que de longs textes. Comme journalistes, nous devons témoigner de la réalité même lorsque celle-ci est choquante. L'inaction des dirigeants européens a causé hier la mort de l'enfant de Bodrum. Ce dernier mérite notre respect et notre considération, pas que l'on détourne les yeux."

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En France, c'est une autre crise qui fait la une de tous les journaux. "La crise agricole devient capitale" titre l'Est Républicain.  Pour Le Figaro, "Le monde paysan vient crier sa colère à Paris". "Mais quel foin" s'exclame Le Parisien qui voit dans la manif du jour un spasme de plus auquel succédera un énième plan d'urgence.  
  
Libération s'interroge sur cette "Opération coup de foin" notamment organisée par la très puissante FNSEA. Libé retrace l'histoire du premier syndicat agricole devenu schizophrène en défendant simultanément les intérêts des agriculteurs et ceux de l'industrie qui les asservit. Son crédo : pour sauver les éleveurs il faut moderniser les bâtiments, automatiser les abattoirs , organiser les regroupements d'exploitation, et pour cela il faut du cash. De quoi inquiéter les éleveurs déjà pris à la gorge par des prêts qu'ils ne peuvent pas rembourser.

Une application pour recenser les grèves

Florence Aubenas signe un long reportage dans le journal Le Monde avec des éleveurs  bretons, tandis que la revue le 1 de cette semaine se consacre quant à elle entièrement à la grande dépression des paysans. "Leur désarroi nous interroge" écrit Eric Fottorino qui dénonce le manque cruel de vision de l'état pour redonner souflle et espoir à une profession qui finit même par douter de sa légitimité à exister. "On a trouvé en bonne politique le secret de faire mourir de faim ceux qui en cultivant la terre font vivre les autres", cite la revue le 1 en reprenant Voltaire.

Dans le Journal de la Haute-Marne, Christophe Bonnefoy souligne que "les Parisiens s'amuseront peut-être, ce matin, de voir des milliers de tracteurs débouler sur les pavés de la capitale. Ils se sentiront sûrement solidaires d'une agriculture qu'ils savent bancale, sans pourtant prendre totalement la mesure de la détresse qui défile devant eux." Sans leur en tenir rigueur des bouchons provoqués?  La solution aux blocages figure peut-être dans les pages éco du Figaro: une application mobile pour se tenir au courant de toutes les grèves."C'est la grève.fr" permet de prévenir les français de façon simple et interactive, avec un calendrier de toutes les grèves a venir, dans tous les secteurs et quelle que soit la région. Le concepteur du site affirme qu'il ne s'agit pas de remettre en cause le droit de grève,  qu'il n'y a aucune idéologie politique et syndicale derrière son application. Mais, explique -t-il "les revendications des uns ne doivent pas devenir le cauchemar des autres."

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