2 min de lecture Économie

Liste noire des paradis fiscaux : "Un nouveau coup d'épée dans l'eau"

ÉDITO - L'Union européenne a publié une liste noire des paradis fiscaux. Enfin une étape décisive contre la fraude ? Christian Menanteau en doute.

Eco Menanteau
Liste noire des paradis fiscaux : "Un nouveau coup d'épée dans l'eau" - Eco Menanteau
Crédit Média : RTLnet Crédit Image : Romain Boé / SIPA / RTL
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C'est la première fois que Bruxelles affiche une liste officielle de pays (il y en a dix-sept) qui alimentent les tuyaux de la fraude fiscale à grande échelle. Vous me direz que c'est un outil politique indispensable. Mais à l'exception de la Corée du Sud, on n'y trouve pas un seul poids lourd. Ni les États-Unis, avec le Delaware qui est un gigantesque trou noir, ni la Grande-Bretagne, avec les confettis de sa gracieuse Majesté (Jersey, Guernesey ou l'île de Man), ne figurent au répertoire. Ce qui, au passage, va offrir à Londres, après le Brexit, des porte-avions très bien outillés pour nous mener une concurrence fiscale meurtrière.

Il faut faire un autre constat : l'Union serait quand même beaucoup plus convaincante et redoutée si elle faisait le ménage à la maison. Car cette liste noire, et la grise qui l'accompagne, ignorent l'Irlande (le pays du dumping fiscal), les Pays-Bas (le lieu des montages acrobatiques), le Luxembourg (la chambre opaque de la finance) et Malte (l'île de tous les transits non identifiés).

Des sanctuaires sous le feu des critiques

Pourquoi ces oublis ? Il faut savoir qu'à l'intérieur de l'UE, c'est la règle de l'unanimité. Elle étouffe toute action drastique. Au niveau mondial, rien ne peut se faire sans les États-Unis, et accessoirement le Japon. Enfin il ne faut jamais oublier qu'il y a une longue histoire politique de l'usage politique des paradis fiscaux. Durant la Guerre froide, par exemple, Washington comme Moscou ont, avec leurs alliés respectifs, beaucoup utilisé ces sanctuaires pour des opérations très particulières. Les grands État veulent encore ménager ces outils à toutes fins utiles.

On craint donc un nouveau coup d'épée dans l'eau. Car actuellement on ne progresse plus. D'abord par nécessité, mais par ambition. Les États qui jouent le jeu n'en peuvent plus de perdre 300 milliards d'euros de taxes et d'impôts non perçus chaque année. Les opinions publiques qui règlent cette facture sont, elles, indignées de payer pour ceux qui profitent abusivement de ces territoires hors des lois communes.

Mais tant que ces refuges ne seront pas interdits aux multinationales et à leurs filiales, que leurs dirigeants ne seront pas embastillés et les États-complices sévèrement châtiés, ce dossier devrait continuer de nous occuper encore longtemps.

Les plus

- IG Metall, le gros syndicat allemand de la métallurgie, demande 6% d'augmentation et la semaine de 28 heures. 

- Après les vélos en partage libre gris, verts, orange, voici les vélos chinois jaunes : ils sont chinois et arrivent à Paris.

La note du jour

14/20 aux grandes centrales syndicales françaises. Elles ont bataillé ferme et ont réussi à convaincre le Premier ministre Édouard Philippe d'adopter une norme de l'Organisation internationale du Travail spécifique aux femmes victimes de violences.

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