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Les défaillances du gouvernement français sur la Tunisie

Durant toute la première phase de la révolution tunisienne, le gouvernement français est apparu constamment décalé. Il a mal réagi ? La chronique d'Alain Duhamel.

Alain Duhamel
Alain Duhamel
La Semaine Politique - Duhamel
Alain Duhamel Journaliste RTL

Je crois qu'il y a eu, il faut le dire, une défaillance du gouvernement français. Toute la semaine dernière, il est apparu circonspect, décalé, attentiste et, pour tout dire, embarrassé. Or, ce n'était évidemment pas les signaux d'alarme qui manquaient. Tous les jours, il n'y avait que ça, dans tous les média et partout. Par ailleurs, s'il y a un pays, s'il y a un gouvernement, s'il y a un Président qui sait ce qui se passe en Tunisie, c'est évidemment le gouvernement français. Or, à quoi est-ce que l'on a assisté ?

Pendant un premier temps, d'abord, si j'ose dire, à un silence tonitruant. C'est-à-dire qu'aucune voix officielle française ne s'exprimait. On entendant Hillary Clinton - bon, vous me direz que c'était peut-être plus facile pour elle, mais enfin, c'était un fait. On entendait même Bruxelles, qui n'est pas célèbre pour sa promptitude de réaction. Et, côté français, rien, alors même qu'il y a quand même 600.000 Tunisiens qui vivent en France et surtout que, en Tunisie, on écoute en permanence les chaînes de télévision française et qu'on attendait une réaction française.

Ensuite, il y a eu un deuxième temps, quand vraiment les choses se sont accélérées et qui ont été une série de Ministres qui se sont exprimés mais, malheureusement, ils se sont mal exprimés. Ils ont grossièrement sous-estimé ce qui était en train de se passer, y compris ceux qui passent pour les plus intelligents, comme Bruno Le Maire ou comme François Baroin. Quant à Michèle Alliot-Marie, son intervention, avec la suggestion selon laquelle on pourrait "aider techniquement la police tunisienne". Bon, évidemment, elle ne voulait pas dire d'engager des forces françaises. Elle voulait leur apprendre, à terme, à pouvoir, si j'ose dire, réprimer de façon plus démocratique. Mais enfin, ce n'était vraiment pas le moment de dire quelque chose comme ça.

Et puis, quand, finalement, on a entendu, d'abord François Fillon, puis Nicolas Sarkozy, par ordre protocolaire, s'exprimer, on avait le sentiment qu'ils arrivaient comme les carabiniers, qu'on avait laissé passer un train, alors même que la France a de grandes ambitions dans la Méditerranée et que la Tunisie a toujours été un de ses points forts, un de ses alliés les plus proches et alors même qu'on avait un comportement qui apparaissait très différent avec Gbagbo.

Mais comment vous expliquez cette défaillance, alors ?

En tout cas, ça ne peut pas être par manque d'informations parce que la France a, en Tunisie, un réseau diplomatique, des renseignements militaires qui font qu'elles savent exactement, qu'on sait exactement ce qu'il en est dans ce pays. Par ailleurs, on s'est aperçu quand même de drôles de choses : quand Nicolas Sarkozy a voulu organiser une réunion d'urgence avec les ministres concernés, on s'est aperçu qu'ils étaient tous partis dans leurs circonscriptions, comme si, voilà, comme s'il ne se passait rien en Tunisie, ce qui est quand même quelque chose d'assez aberrant. Le fond des choses, c'est qu'on est tellement proche de la Tunisie, que les pouvoirs français -François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy -, que la Guche comme la Droite considèrent tous tellement la Tunisie presque comme une seconde patrie, comme un pays d'élection, comme le pays qui nous est le plus proche, que probablement, ils ont complètement sous-estimé la possibilité même d'un changement aussi radical en aussi peu de temps et de cette manière là.

Mais le résultats était consternant. Et quand, à la fin, il a fallu que la France dise : "On ne veut pas recevoir Ben Ali", vis-à-vis de nos alliés dans d'autres pays arabes, ça a dû faire une drôle d'impression même si, si on avait choisi la position inverse, évidemment, on en aurait pris plein la figure et de la part de la communauté tunisienne et de la part de l'opposition en France.

Et maintenant, que peut faire Paris ?

Cette fois-ci, quand même, à chaque fois qu'il en aura l'occasion, peser officiellement en faveur des libertés, du processus démocratique, faire savoir au nouveau pouvoir, de façon délicate, qu'on est prêt à toutes les coopérations possibles et puis respecter un peu plus nos valeurs démocratiques et ne pas croire simplement à la "real politique", dont l'affaire et dont la révolution tunisienne est quand même la preuve d'un gros échec.

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Les défaillances du gouvernement français sur la Tunisie
Durant toute la première phase de la révolution tunisienne, le gouvernement français est apparu constamment décalé. Il a mal réagi ? La chronique d'Alain Duhamel.
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2011-01-17 10:00:00
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