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"Laissons les femmes vieillir tranquillement", clame Andréa Bescond

BILLET - "Même si nous sortons péniblement d’une période dans laquelle il était question de vie ou de mort (...), il sera toujours question pour les femmes de la taille de nos culs et de la profondeur de nos rides", lance Andrea Bescond, mardi 16 juin.

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"Laissons les femmes vieillir tranquillement", clame Andréa Bescond
Crédit Média : RTL Crédit Image : ALAIN JOCARD / AFP

On nous a parlé du monde d’après, de renouveau, de vision novatrice. C’est quand même un bel espoir. Puis j’ai vu les titres des journaux d’actualité : "Il faudra travailler plus". Ok. Aucune surprise. Alors j’ai voulu acheter un magazine féminin, plus ludique, moins anxiogène. Puis j’ai vu les titres : "L’été arrive, objectif ventre plat, moins de cellulite, objectif 10 ans de moins".

Là encore, aucune surprise, même si nous sortons péniblement d’une période dans laquelle il était question de vie ou de mort - enfin, qui a dit qu’on en était sortis ? - et qu’on rentre dans une période de récession économique dramatique pour un bon nombre de Français, il sera toujours question pour les femmes de la taille de nos culs et de la profondeur de nos rides.

Ce serait quand même dommage de laisser vieillir les femmes tranquillement, sans faire état de leur évolution physique. Ce serait dommage qu’elles ne culpabilisent pas en prenant du poids, même après une grossesse ou une ménopause, ou qu’elle ne se demandent pas si elles doivent couvrir leurs cheveux blancs d’une teinture, ou encore qu’on ne dise pas d’elles : "Elle a dû être une très belle femme". Au passé, comme un vestige, une ruine.

Les femmes sont elles-mêmes les premières à tomber dans cette exigence sociétale

Andréa Bescond
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Les femmes sont elles-mêmes les premières à tomber dans cette exigence sociétale, à "photoshoper" leur corps et à lisser leurs traits avec des filtres Snapchat qui te donnent l’air d’un dessin animé et qui envoie un message désastreux à nos filles : soyez lisses. Lisses comme dans les premiers jours de la vie alors que la vie, au fil des années, elle tire, creuse, relâche, tend, elle prend de la matière, de la consistance, du grain, du chagrin, du choix, de la joie. Comme notre peau, comme notre corps.

Laissons nos filles abandonner l’attrait du lissage de leur visage, quand à 20 ans, à force de plaquage de fond de teint, de faux cils et de rajouts, on ne peut même plus définir leur jeunesse. Quand il est plus question de mettre un selfie parfait sur Instagram que de s’instruire pour la richesse de sa propre vie. Le diktat du lissage, du paraître et du vide.

Laissons nos filles profiter du bonheur de voir leurs aînées vieillir naturellement et prendre exemple sur leur maturité, leur savoir, être sensible à la beauté de leur âge dans l’imperfection. Quel bonheur d’être imparfait. Ça sera un bien beau monde ça, le jour où nous pourrons officiellement revendiquer notre vieillissement féminin avec fierté et enthousiasme. J’ai hâte. 

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