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En désaccord sur les Kurdes, la Turquie et les États-Unis s'allient contre Daesh

Malgré leurs divergences à l'égard des Kurdes, les États-Unis et la Turquie sont en train de forger une alliance de circonstance pour créer en Syrie une zone débarrassée des jihadistes.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry et le ministre des Affaires étrangères turc Mevlut Cavusoglu, lors d'une rencontre à Kuala Lumpur en Malaisie, le 5 août 2015.
Le secrétaire d'Etat américain John Kerry et le ministre des Affaires étrangères turc Mevlut Cavusoglu, lors d'une rencontre à Kuala Lumpur en Malaisie, le 5 août 2015.
Crédit : BRENDAN SMIALOWSKI / POOL / AFP
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La rédaction numérique de RTL
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Il s'agit d'une alliance de circonstance. Après avoir essuyé de nombreuses critiques pour son inaction contre le groupe jihadiste État islamique (EI), la Turquie vient d'afficher une nouvelle stratégie saluée par Washington et l'Otan : le pays a décidé d'ouvrir leur base aérienne d'Incirlik pour que la coalition internationale, conduite par les États-Unis, puisse frapper les jihadistes en Syrie. La Turquie a également mené son propre raid contre l'EI et a arrêté des suspects.

Le chef de la diplomatie turc Mevlut Cavusoglu a par ailleurs annoncé qu'Ankara lancerait "bientôt une lutte d'envergure" contre l'EI et que les avions américains, basés en Allemagne, "ont commencé à arriver" en Turquie. Un drone américain, parti pour la première fois de Turquie, a bombardé ce mercredi une cible de l'EI en Syrie, pays voisin de la Turquie ravagé par la guerre depuis plus de quatre ans.

Priorité au PKK pour Ankara

Pour les experts, cette alliance turco-américaine est entachée par la volonté des Turcs de cibler les forces kurdes tandis que les Américains sont réticents à s'en prendre à des combattants qui se révèlent être des alliés sur le terrain contre les djihadistes. 

Les rebelles indépendantistes kurdes du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) ont été visés par la majorité des frappes turques, dans le sud-est turc et dans le nord de l'Irak, autre pays voisin de la Turquie. "Pour Ankara, le PKK et les Kurdes sont une question bien plus importante que l'EI", assure Charles Lister, chercheur associé au Centre Brookings de Doha.

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En tête des soucis des Turcs en Syrie : le Parti d'union démocratique kurde (PYD) et son bras armé, les Unités de protection du peuple kurde (YPG), qu'il considère comme une branche du PKK.

Peur d'une région autonome kurde en Syrie

Les YPG, qui ont chassé l'EI successivement des villes de Kobané et de Tall Abyad, frontalières de la Turquie, sont apparues comme la force la plus apte à combattre l'EI et sont un allié majeur de la coalition internationale. "Ces relations profondes entre les États-Unis et le groupe kurde syrien, qui entend créer à terme une région autonome, effraient la Turquie", dit Henri Barkey, directeur du programme sur le Moyen-Orient du Centre international Woodrow Wilson.

Le cauchemar pour les Turcs c'est la création d'une région autonome kurde en Syrie, dénommée Rojava, à l'instar de celle dans le nord de l'Irak. Cherchant à rassurer la Turquie, les Etats-Unis ont dit qu'elle avait "le droit de se défendre" contre le PKK qui figure sur la liste américaine des organisations "terroristes".

L' objectif du nouvel  accord turco-américain est de créer une zone sans djihadistes, assez sécurisée pour permettre aux quelque 1,8 million de Syriens réfugiés en Turquie de rentrer chez eux. Mais pour Ankara, le but est surtout de bloquer les ambitions kurdes de contrôler en Syrie une bande frontalière qui irait de l'Irak à la Méditerranée. "La Turquie craint la création d'une ceinture kurde le long de frontière qui bloquerait son accès à la quasi-totalité de la Syrie", explique Aaron Stein, chercheur associé au Centre Rafic Hariri pour le Moyen-Orient.

Une zone sécurisée contre les Kurdes syriens ?

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé les kurdes syriens de chercher à "créer un couloir allant de l'extrême est à la Méditerranée" et selon lui il y a peu de différence entre l'EI et le PKK : "Un terroriste est un terroriste". Selon des rapports, la zone sécurisée pourrait s’étendre sur 100 kilomètres le long de la frontière à partir de la ville syrienne de Jarablos sur l'Euphrate à l'est jusqu'à celle d'Azaz à l'ouest.

"Pour Ankara, la zone sécurisée vise à s'assurer que les Kurdes syriens seront incapables de consolider les gains obtenus sur le champ de bataille contre l'EI en créant Rojava", assure Steven Cook, du Conseil des relations extérieures. Reste à savoir comment cette zone serait mise en place et quelles forces assureraient sa sécurité. "C'est la grande question. Il n'est pas clair comment les deux alliés vont gérer ce problème", note Aaron Stein. 

Il est exclu que cette tâche revienne aux forces kurdes en raison des objections d'Ankara, et Washington n'a aucun désir de travailler avec des rebelles islamistes même s'ils sont hostiles à l'EI. Reste donc à s'appuyer sur des rebelles syriens "sûrs". Or pour le moment, moins de 60 rebelles ont subi un entraînement de la part des Turcs et des Américains et une partie de ceux rentrés en Syrie ont été tués ou kidnappés par la branche syrienne d'Al-Qaïda.

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