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La "liste noire" de Poutine qui scandalise l'Union européenne

Le Kremlin a transmis vendredi aux ambassades une liste de 89 noms de personnalités européennes interdites d'entrée sur le territoire russe.

Vladimir Poutine le 5 mars 2015 (archives).
Vladimir Poutine le 5 mars 2015 (archives).
Crédit : SERGEI KARPUKHIN / POOL / AFP
La rédaction numérique de RTL & AFP

Le patron du renseignement MI5, Daniel Cohn-Bendit, la secrétaire d’État allemande à la Défense, le président du Sénat polonais ou encore l'eurodéputée suédoise Anna Maria Corazza Bildt... Tous ont en commun d'être désormais persona non grata sur le sol russe. Vendredi, Moscou a en effet diffusé aux ambassades une liste de personnalités politiques européennes, 89 au total selon Bruxelles, ne pouvant plus entrer sur le territoire russe en riposte aux sanctions de l'UE.

Une "liste noire" vertement critiquée ce samedi par l'Union européenne ainsi que par plusieurs de ses pays membres comme l'Allemagne et la Grande-Bretagne. "Nous n'avons aucune information sur la base légale, les critères (retenus) et le processus (qui a conduit à la prise) de cette décision", a réagi samedi un porte-parole de la diplomatie européenne. "Nous considérons cette mesure comme étant totalement arbitraire et injustifiée, surtout en l'absence de clarification ultérieure et de transparence", a-t-il ajouté, dans un communiqué. Un point de vue que partage le ministère britannique des Affaires étrangères pour lequel, "cette liste n'a absolument aucune justification et les autorités russes n'ont aucune base juridique pour la légitimer".

Personne n'y a été placé par hasard

Vladimir Tchijov, ambassadeur de Russie auprès de l'UE

Le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier s'est également indigné, arguant que "la moindre des choses aurait été que l'on fasse connaître aux personnes concernées les réserves qui les concernent réellement, ou au moins que l’on rende ces listes publiques". "À un moment où nous nous efforçons de désamorcer un conflit âpre et dangereux au cœur de l’Europe, cela n’aide pas", a-t-il poursuivi.

Mais pour l'ambassadeur de Russie auprès de l'Union européenne, Vladimir Tchijov, "personne n'y a été placé au hasard". Parmi ces indésirables figurent, selon une source proche du dossier, neuf Britanniques comme Andrew Parker, le patron du renseignement MI5, Nicholas Houghton, le chef d'état-major de l'armée, Nick Clegg ,l'ancien vice-Premier ministre et l'ancien ministre des Affaires étrangères Malcolm Rifkind.

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On y trouve en outre le nom de l'ancien eurodéputé écologiste franco-allemand Daniel Cohn-Bendit, de la secrétaire d’Etat allemande à la Défense Katrin Suder et du général Karl Müllner, haut responsable de l’armée de l’air allemande, d'après le journal Bild.  Il y a aussi, selon différentes sources, ceux d'hommes et de femmes politiques polonais, suédois, allemands, tchèques, néerlandais, finlandais et belges, dont le président du groupe libéral au Parlement européen et ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt et l'ex-président du Parlement européen et ancien chef du gouvernement polonais Jerzy Buzek. Idem pour le président du Sénat polonais, l'ancien opposant Bogdan Borusewicz.

"Pas une grande surprise"

Face à l'indignation de certains, le Premier ministre néerlandais ayant condamné cette liste qui "n'est pas fondée sur le droit international, n'est pas transparente et il est impossible de la contester" devant un tribunal, tandis que les autorités belges ont demandé aux Russes de revoir cette interdiction, d'autres tentent de temporiser.

Pour le ministre des Affaires étrangères finlandais Timo Soini, il est inutile de "trop dramatiser" cette affaire. "C'est une réaction attendue à l'interdiction faite (par l'Union européenne) à des citoyens russes de voyager (sur le territoire de l'UE). Ce n'est pas une grande surprise", a-t-il écrit sur un blog.

Au fil de la crise en Ukraine, l'UE a d'ailleurs allongé sa propre "liste noire", qui compte désormais quelque 150 noms et une quarantaine d'entités, et pris des mesures plus sévères contre la Russie, visant des pans entiers de l'économie.

Une fierté

À l'inverse, plusiers personnalités politiques visées se sont dit fiers d'appartenir à cette liste. "Lorsque j'ai vu les autres noms (sur la liste), j'ai (aussitôt) pensé que je faisais partie d'un club très honorable", a par exemple affirmé l'ancien ministre tchèque des Affaires étrangères Karel Schwarzenberg, connu pour ses critiques de la politique de Moscou à l'égard de l'Ukraine. "Je considère cela comme une récompense", a ajouté ce député.

Certaines de ces personnalités jugent que tout cela est une preuve de l'efficacité de leur action en faveur de l'Ukraine. "Etre sur cette liste ne change pas mon engagement envers le peuple de l'Ukraine", a ainsi écrit sur son compte Twitter l'eurodéputée suédoise Anna Maria Corazza Bildt, connue pour ses critiques à l'encontre du président russe. "Je me sens davantage fière que je n'en ai peur (...) La liste de Poutine confirme que je fais bien les choses en tant que parlementaire", a-t-elle poursuivi, tandis qu'un de ses collègues tchèques au Parlement européen, Jaromir Stetina, s'est dit "très fier de figurer sur la liste".

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