4 min de lecture Terrorisme

L'État islamique persona non grata de la messagerie Telegram

Le service de messagerie sécurisé a désactivé 78 salons liés à l'État islamique mercredi. Mais l'organisation terroriste s'emploie déjà à les rétablir.

L'application de messagerie Telegram est désormais utilisée par l'État islamique
L'application de messagerie Telegram est désormais utilisée par l'État islamique Crédit : Paul Guyonnet / RTL.fr
Benjamin Hue
Benjamin Hue
et AFP

Accusées de servir de canaux de communication des jihadistes à l'abri des services antiterroristes après les attentats de Paris, les messageries sur smartphone sont passées à l'action en bloquant des comptes liés au groupe État islamique ou restreignant l'accès à leurs applications. La plus sécurisée d'entre elle, le service Telegram, a ainsi annoncé avoir supprimé 78 comptes appartenant à des sympathisants de l'organisation jihadiste. "Nous avons été troublés d'apprendre que des comptes publics de Telegram ont été utilisés par l'EI pour répandre sa propagande", a reconnu Telegram sur son compte officiel dans la nuit de mercredi à jeudi. "Par conséquent, nous avons bloqué 78 comptes liés à l'EI en 12 langues sur cette seule semaine". L'entreprise s'est également engagée à mettre en place des outils pour mieux signaler "les contenus répréhensibles".

Les attentats de Paris revendiqués sur Telegram

Fondé à Berlin en 2013 par les frères Nikolai et Pavel Durov, déjà à l'origine de VKontakte, Telegram est une application Open Source gratuite, disponible sur mobiles et ordinateurs, en pointe dans la protection des données. Ses créateurs affirme l'avoir créée pour échapper à la surveillance du gouvernement russe. Il s'y échange plus de 12 milliards de messages par jour, à peine cinq fois moins que sur Facebook en prenant en compte ses services Messenger et Whatsapp. Le service dispose d'arguments uniques en matière de confidentialité et de sécurité grâce à un système de serveurs fermés et de clés uniques pour chiffrer les conversations. Ses créateurs sont si confiants dans son algorithme qu'une récompense de 200.000 euros est offerte au premier qui réussira à percer son secret. 

C'est la première fois que Telegram s'attaque aussi clairement à l'État islamique. Ces blocages concernent les chaînes officielles du groupe terroriste, notamment celles en langue anglaise et en langue française. Selon plusieurs médias, l'organisation terroriste s'employait dès mercredi à les rétablir, comme ils le font sur Twitter où certains comptes sont censurés à plusieurs centaines de reprises. "Ils se sont rapidement organisés pour lancer de nouvelles chaînes. En moins de cinq minutes, les chaînes de l'État islamique étaient de nouveau en ligne", assure Veryan Khan, directrice éditoriale du Terrorism Research & Analysis Consortium auprès de Fox News. Un membre du groupe jihadiste a demandé aux abonnés de partager le lien des nouveaux canaux tout en les mettant en garde sur le fait que Telegram pourrait bientôt ne plus constituer un service aussi sûr à l'avenir.

Outre la difficulté pour les autorités de perturber la diffusion de la propagande, ces groupes de conversation publics à l'URL permanente permettent à l'État islamique d'envoyer des messages à un nombre illimité de personnes. Ces derniers s'affichent sous la forme de notifications sur les smartphones des membres comme n'importe quel push mobile de média. Il s'agit essentiellement de communiqués officiels, de photos et de vidéos de l'organisation terroriste. C'est notamment sur ces canaux que l'État islamique a revendiqué les attaques de Paris et l'attentat contre l'avion civil russe dans le Sinaï. Telegram était informé de la présence de l'État islamique sur son service depuis plusieurs semaines. Les communiqués du groupe jihadiste ont cité à plusieurs reprises le service de messagerie comme l'un des meilleurs pour diffuser de la propagande.

"Le gouvernement français aussi responsable que l'EI"

Pavel Durov a exposé sa philosophie au Financial Times en juillet dernier. "Depuis que nous avons fondé Telegram, nous n'avons pas dévoilé ne serait-ce qu'un octet de donnée personnelle de nos utilisateurs, y compris aux gouvernements". Interrogé cet automne par le site américain TechCrunch sur l'utilisation de son service par les jihadistes, le fondateur de Telegram a affirmé qu'il ne dévierait pas de sa ligne originelle. "Notre droit à la vie privée est plus important que notre peur des mauvaises choses, comme le terrorisme. Si tous les moyens de communication se révèlent insuffisamment sécurisés, alors l'État islamique passera à un autre. Il trouvera toujours une façon de communiquer. Je ne pense pas que nous devrions nous sentir coupables".

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Après les attentats de Paris, il a posté un portrait de lui avec la Tour Eiffel en fond et un message libertarien virulent à l'égard des pouvoirs publics. Pavel Durov écrit notamment : "Je pense que le gouvernement français est autant responsable que l’Etat islamique, car sa politique et sa négligence ont mené à cette tragédie. Ils prennent l’argent des Français qui travaillent dur avec des impôts scandaleusement élevés pour le dépenser dans des guerres inutiles au Moyen-Orient et en créant un paradis social de parasites pour les immigrés d’Afrique du Nord. C’est une honte de voir Paris aux mains de socialistes à courte vue qui détruisent cet endroit magnifique".

Les nouveaux services, casse-têtes pour les autorités

Pour sa part, le service de messagerie Silent Circle a indiqué restreindre l'accès à ses applications mobiles pour les rendre plus difficiles à utiliser. Silent Circle, basée en Suisse, qui a développé des smartphones ultrasécurisés Blackphone et fournit des applications Silent Phone pour une messagerie totalement privée, a annoncé introduire des technologies de paiement plus sophistiquées "afin de réduire la probabilité" que ses applications soient utilisées par l'EI. "Puisque l'EI nous a qualifié de produit le plus fort, nous allons mettre en place des procédures (...) responsables et moralement acceptables pour compliquer l'accès à nos technologies à de mauvais éléments", a déclaré à l'AFP  Mike Janke, cofondateur de Silent Circle.

Extrêmement populaires, les nouveaux services de communications instantanées par internet comme WhatsApp, Viber ou iMessage constituent autant de casse-têtes pour les autorités, qui traquent les projets d'attentats et n'ont pas toujours les moyens de casser le cryptage. Après les attentats de janvier à Paris, plusieurs dirigeants dont l'américain Barack Obama ou le britannique David Cameron avaient déjà affirmé que les messageries mettaient en danger la sécurité nationale.

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