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Jean-François Copé sur RTL : "L'envoi de renforts en Afghanistan, on va regarder"

Jean-François Copé, le président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale, répondait mercredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Interrogé sur le thème de l'envoi de 30.000 soldats américains supplémentaires par Barack Obama, et sur la réaction de la France, il a répondu que "l'envoi de renforts en Afghanistan, on va regarder tout ça"...

Jean-Michel Aphatie
Jean-Michel Aphatie
Journaliste RTL

Bonjour Jean-François Copé
Bonjour

Le Président américain Barack Obama a décidé d'envoyer 30.000 soldats supplémentaires en Afghanistan. Bonne ou mauvaise décision ?
C'est une décision qui est courageuse et puis surtout qui marque un tournant parce qu'en réalité, vous le savez, nous sommes un certain nombre de pays engagés dans ce conflit à dire qu'il faut maintenant aller vers "l'Afghanisation", comme on dit. Formule diplomatique pour rappeler qu'il y a un objectif. Derrière tout ça, c'est qu'un jour il va falloir passer le relais à des autorités afghanes qui, une fois que leurs fonctionnaires civils, leurs militaires seront formés, pourront prendre le relais. C'est la lutte qu'on mène contre les taliban.

Les Américains ont raison, selon vous, d'envoyer 30.000 soldats supplémentaires ?
Donc je pense que c'était difficile pour eux d'être au milieu du guet ; maintenant, c'est vrai qu'il y a derrière ça, un pari et un défi ; mais je crois que c'est quelque chose qu'il faut regarder de près parce que c'est à mon sens, un tournant.

Les Américains attendent de la France un effort militaire supplémentaire : 1.500 soldats. Il faut les envoyer ou pas ?
D'abord, ce n'est pas une surprise. On pouvait légitimement imaginer que les Américains allaient faire cette demande.

Non ! Et on répond quoi ?
On répond qu'on va regarder tout ça. Pourquoi ...

On répond : non.
Non, sinon je vous aurais dit "non". Je vous dis : on va regarder tout ça.

Pourquoi ?
Parce qu'il y a un certain nombre de choses dont il faut qu'on parle et c'est tout l'objet d'une conférence qui se tient, vous le savez, à la fin du mois de janvier à Londres, 28 janvier, et à l'occasion de laquelle avec les différents pays qui sont engagés en Afghanistan, on va évoquer, par exemple, la question du partenariat avec les autorités afghanes puisque je le répète, l'objectif c'est aussi -à un moment donné- de passer le relais.

Et aujourd'hui, on ne peut pas répondre "oui" ou "non" ?
Non. Et puis, je trouve que de manière générale, ce n'est pas quelque chose auquel on peut répondre dans la précipitation en quelques heures. 

Oui enfin, ça fait quelques mois qu'on y réfléchit !
Enfin, c'est vous qui voyez ...

Oui, j'entends.
Moi, il me semble que ... ces quelques mois ? Non. La décision d'Obama a été annoncée aujourd'hui. Je pense que se donner quelques semaines pour voir concrètement à quoi tout ça ressort ...

Au mois d'octobre, le Président de la république avait dit : nous n'enverrons pas un soldat supplémentaire. La ligne a changé ?
Enfin, en tout cas, la seule chose que je peux vous dire, c'est que sur ce sujet la décision du Président Obama, comme je le disais à l'instant, marque un tournant. Et tout ça se regarde et qu'il y a un grand rendez-vous qui est celui du 28 janvier qui montre que d'ailleurs, la réflexion, elle n'est pas simplement militaire, elle doit être aussi politique. Mais je voudrais quand même rappeler parce qu'il faut que nos auditeurs aient quand même bien ça en tête : nous avons déjà 3.750 soldats engagés ; et contrairement à ce qu'on peut lire ici ou là : engagés dans des zones pour beaucoup d'entre eux, de combat extrêmement difficile et  pour lequel ils font preuve de beaucoup de courage et aussi de professionnalisme.

L'Assemblée Nationale débattra de la situation en Afghanistan, le 16 décembre ?
Exact.

Il y aura beaucoup de monde, vous croyez, dans l'hémicycle ?
Enfin, on verra bien. Peu importe. Le vrai sujet n'est pas là.

Vous savez pourquoi je vous pose la question ?
Oui, enfin ...

Parce qu'au Sénat, le 16 novembre, on a débattu de l'Afghanistan. Il y a 343 sénateurs.Il y avait 20 sénateurs en séance.
Enfin écoutez,  je n'en sais rien.

C'est nul  !
La seule chose ...

Non ?
Vous êtes toujours très fort pour donner les bons et mauvais points. Moi je n'en sais rien ; ce que je peux vous dire, c'est que ce qui est important surtout c'est que ce qui y soit dit par les gens qui suivent ces dossiers au sein de notre assemblée, soit clair et cohérent et qu'ils montrent des positions politiques. Voilà.
Donc, le vrai sujet, aujourd'hui, il est de s'assurer que dans ce domaine, le parlement est bien au fait de ces questions et notamment ceux qui suivent les questions de Défense.

Mais on aura quand même le droit de regarder s'il y a beaucoup de députés ou pas pour débattre de cette question importante ?
Non seulement, vous avez le droit mais je sais que ça vous permettra de distribuer une nouvelle fois, les bons et les mauvais points dont vous avez le secret ?

Il ne faut pas le faire ?
Le débat ? Ah si, c'est indispensable.

Non, mettre les parlementaires devant leurs responsabilités, parfois ?
Bien sûr que si. Bien sûr ; et c'est d'autant plus important que nous avons désormais dans ce domaine des compétences puisque vous le savez, alors que pendant des années et des années, les députés n'étaient pas associés à tout ce qui relevait de la politique diplomatique et de Défense, ils le sont désormais puisqu'ils votent les envois de troupes et que le jour où nous avons débattu de cette question, il n'y a  pas si longtemps, l'hémicycle était plein.
C'est donc pour cela que l'on regardera attentivement si les députés feront leur travail comme les sénateurs ne l'ont pas fait.

Le débat sur l'identité nationale.
Qu'est-ce que c'est être Français ? A part des banalités, on n'entend pas beaucoup de réponses qui nous apportent quelque chose.

Vous avez une réponse, vous, à cette question : qu'est-ce qu'être Français ?
Oui, bien sûr.D'ailleurs, ... enfin, ne dites pas que c'est des banalités. Il y a des gens qui essaient de travailler sur ces questions difficiles et c'est des sujets suffisamment difficiles pour qu'on ne puisse pas, là encore, dire ceux qui sont banals et ceux qui ne le sont pas. Vous me demandez : qu'est-ce que c'est être Français ? Ca va me prendre quinze secondes.
Etre Français, ça veut dire avoir la nationalité française.   Pour moi, la vraie question, elle n'est pas là. La vraie question n'est pas : qu'est-ce que c'est être Français ? La vraie question, c'est : qu'est-ce que ça exige d'être Français ? Ce qui n'est pas la même chose.

Alors, la réponse.
Ce que ça exige d'être Français, c'est d'avoir bien en tête quels sont ses droits et quels sont ses devoirs dans un pays qui est depuis trop longtemps, depuis trop longtemps  -depuis trop longtemps-  est constitué d'une population avec laquelle on n'a pas discuté de cette réalité : c'est que nous ne sommes plus les mêmes aujourd'hui qu'il y a 50 ou 100 ans.

Les Français négligent leurs devoirs ?
Oh je pense qu'il est très important que les responsables politiques mettent les pieds dans le plat parce qu'à force d'être dans le déni, on ne parle plus de rien ; et comme on ne parle plus de rien de ce qui fâche, c'est finalement un certain nombre d'autres qui s'en sont chargé.

Vous suggérez que les Français négligent leurs devoirs ? C'est ça que vous voulez dire ?
Non. Ah non, pas du tout. Je dis que sur ce sujet, il faut qu'on en parle parce que les temps ont changé et que les devoirs ne peuvent pas être  les mêmes aujourd'hui qu'il y a quelque 50 ou 100 ans. Vous savez, trop souvent aujourd'hui, qu'est-ce qu'on voit ? Je peux en témoigner à travers mon mandat de maire de Meaux. Des gens qui dans le même quartier, dans le même hall d'immeuble ne se parlent pas, ne s'écoutent pas, ne se respectent pas. Pourquoi ? Parce que beaucoup d'entre eux, ils ne se connaissent pas et ils ont peur les uns des autres ; parce que pendant trop longtemps, on a été le déni sur la réalité d'une population qui a changé.
Moi, mon idée, c'est qu'il faut qu'on soit au clair à travers ce débat qui doit durer d'ailleurs, bien au-delà du mois de février, qu'il ne faut pas le réduire au gadget de dire : chantons la marseillaise ! Non.

Par contre, il y a des sujets clefs. Au lieu de s'indigner simplement, du fait que la marseillaise soit sifflée (ce qui, déjà, est un vrai sujet grave) la question, c'est : qu'est-ce qui amène des gens qui sont Français à siffler la marseillaise ?   Et cette question-là, elle nous renvoie aux droits et aux devoirs.
- Les droits, c'est quoi ? C'est le droit d'être protégé par l'Etat. Nos aînés sont morts pour ça.
- Et les devoirs ? Quand je dis : protéger ? Protéger dans les libertés civiques, protéger dans les épreuves de la vie, la maladie, etc ...

Mais ça, on le fait depuis des années...
Oui, on le fait ; mais est-ce qu'on en a souvent conscience ? Est-ce qu'il y a eu des hommes politiques qui en période de crise économique, ont dit : nous avons beaucoup de chance d'être en France parce que dans d'autres pays quand il y a une crise économique, l'Etat ne protége pas.
Et les devoirs, puisque vous me  le demandez ? Il y a en UN : se demander tous les matins quand on se réveille :  qu'est-ce qu'on doit à la France ?

Jérôme Florin, journaliste au Service Politique d'RTL, était à Verdun lundi où avait lieu l'un des premiers débats sur l'identité nationale. Il a tendu son micro à André Valentin, maire UMP de Gussainville dans la Meuse ... Ce maire UMP, lui, quand on lui parle de l'identité nationale, il parle des immigrés. Ecoutez-le !
"Je pense qu'il est temps qu'on réagisse parce qu'on va se faire bouffer ! ... Il y en a déjà 10 millions que l'on paye à ne rien foutre !"
- Donc vous dites qu'il y a trop d'immigrés ?
"Sérieusement, je le crois".

Vous n'allez pas libérer ...
Vous savez, je vais vous dire une chose !

... une parole très désagréable et nauséabonde dans ce débat sur l'identité nationale ?
Non, non, non. On va libérer la parole. point. Et moi j'estime que ces sujets, c'est parce qu'on n'en a pas parlé pendant trop longtemps.

Il y a trop d'arrivées en France, Jean François Copé ?
    Non. Pardon, je vais vous dire ...

Il y a trop d'immigrés ou pas ?
Le problème  n'est pas de savoir s'il y a trop d'immigrés. Le problème est de savoir comment est-ce qu'on fait en sorte qu'ils puissent s'épanouir dans des conditions dans lesquelles chacun a bien en tête, eux y compris, quels sont leurs droits et quels sont leurs devoirs, comme toute personne qui habite sur le sol français.

Quel est le sujet ?
Le sujet est de se dire : voilà, on a aujourd'hui des gens qui n 'ont pas suffisamment la volonté de vivre ensemble parce qu'ils ont peur les uns des autres. Donc, nous, qu'est-ce qu'on doit faire ? On doit assurer que les valeurs sont bien perçues par tout le monde notamment que la sécurité est assurée, sinon on ne se parle pas. Et deuxièment, qu'on ait quand même bien en tête d'éviter tous les amalgames mais de dire les choses.
Je vais être très concret : qu'est-ce que c'est aujourd'hui la nation qui se fissure ? C'est qu'on n'est pas au clair sur notre modèle d'intégration et que donc, on est incapable de positiver ce qui doit l'être ; et à l'inverse, de rappeler que chacun doit réussir son parcours de vie, pour lui, et demain pour son pays, la France.

Jean François Copé -un peu agacé parfois, je suis désolé- !
Pas du tout !
était l'invité de RTL.

Vincent :    .... un peu agaçantes, il faut dire !
Ah c'est vrai ?
Mais non, non, non ne vous trompez pas ...

Ca vous a agacé vous aussi, Vincent ?
Il n'y a aucun agacement dans tout ça
J'ai agacé du monde !

Vincent :  Moi, vous ne m'avez pas agacé !
... mais à partir du moment où vous avez envie de donner des bons et des mauvais points, je me disais que c'était bien que l'auditeur se rende compte que c'étaient des bons et des mauvais points.

20 sénateurs sur 343. On ne dira jamais assez de mal de l'absentéisme parlementaire !
Bonne journée.

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Jean-François Copé, le président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale, répondait mercredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Interrogé sur le thème de l'envoi de 30.000 soldats américains supplémentaires par Barack Obama, et sur la réaction de la France, il a répondu que "l'envoi de renforts en Afghanistan, on va regarder tout ça"...
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2009-12-02 09:59:00