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Italie : 3 questions pour comprendre l'enjeu des législatives du 4 mars

ÉCLAIRAGE - Les Italiens renouvellent leurs 630 députés et leurs 315 sénateurs au terme d'une campagne électorale des plus tendues.

Le Palais Montecitorio abrite le Parlement italien
Crédit Image : ALBERTO PIZZOLI / AFP

Après l'Allemagne, un autre des États membres de l'Union européenne peut-il connaître à son tour une paralysie politique ? Dimanche 4 mars, les Italiens votent pour élire leurs parlementaires dans le cadre d'élections législatives et sénatoriales à grand suspense, tant sur le verdict que livreront les urnes que sur les alliances qui en découleront.

Avec la nouvelle loi électorale de janvier 2017, aucun scénario ne semble écrit à l'avance. Le paysage politique est fragmenté et les populismes revigorés sur fond de crise migratoire (630.000 migrants ont rallié les côtes depuis 2014). Les résultats économiques se font attendre - près d'un jeune sur trois est au chômage - et la solidarité nationale a du plomb dans l'aile en raison des disparités entre le Nord et le Sud qui ne cessent de se creuser.

Toujours est-il que l'absence de majorité claire au soir du 4 mars pourrait conduire le pays à la botte dans une instabilité durable. Ce que souhaitent éviter à tout prix les dirigeants de l'Union européenne. "Il faudrait un magicien pour deviner aujourd'hui ce qui se passera", prévenait Antonio Noto, un expert en sondages cité par l'AFP il y a quinze jours. "Dix millions d'électeurs n'ont toujours pas décidé s'ils iront voter ou non et si oui, pour qui ils voteront". 

1. Quelles sont les forces en présence ?

Contrairement aux élections législatives en France, un parti peut difficilement remporter seul les élections législatives en Italie. À droite comme à gauche, les forces en présence ont donc noué des alliances pendant la campagne et annoncé la couleur de leur futur gouvernement. Trois blocs distincts ont ainsi une chance d'accéder au pouvoir.

- Le centre gauche avec Matteo Renzi
L'impopularité croissante du Parti démocrate (PD), au pouvoir depuis cinq ans, et de ses réformes (marché du travail) infligerait à Matteo Renzi, jugé par beaucoup arrogant et autoritaire, un sacré revers. Le deuxième après le rejet de sa réforme constitutionnelle par référendum en 2016. Le parti de l'ancien maire de Florence, allié au mouvement libéral et pro-européen Europa d'Emma Bonino, recueillerait seulement 22% des suffrages, selon les derniers sondages. Pour ne rien arranger, le PD a fait scission en cours de mandat. Les frondeurs de l'aile gauche font désormais bande à part sous les couleurs de "Libres et égaux" (6% d'intention de vote).

Paolo Gentiloni, premier ministre, et Matteo Renzi, candidat du Parti démocrate aux élections législatives italiennes du 4 mars 2018.
Crédit Image : VINCENZO PINTO / AFP

- La droite et l'extreme-droite avec Silvio Berlusconi et Matteo Salvini
Emmenée par un Silvio Berlusconi (Forza Italia) incontournable à défaut d'être éligible - il a été condamné pour fraude fiscale en 2013 -, l'alliance entre la droite et l'extrême-droite, qui a priorisé les thèmes électrisants de l'immigration irrégulière, l'insécurité et l'euroscepticisme donnant lieu à des heurts réguliers entre groupes néofascistes et l'extrême gauche, fait la course en tête dans les sondages (37 à 38% des voix, dont 17 à 18% pour Forza Italia). Le magnat des médias a pactisé avec des partis d'extrême droite : la Ligue (anciennement Ligue du Nord) de Matteo Salvini et Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni.

Giorgia Meloni, Silvio Berlusconi et Matteo Salvini forment l'alliance de la droite et de l'extrême-droite aux élections législatives italiennes du 4 mars.
Crédit Image : Alberto PIZZOLI / AFP

- Le Mouvement Five Stars (Mouvement 5 Étoiles) avec Luigi Di Maio
Successeur à la tête du M5S de l'humoriste Beppe Grillo, Luigi Di Maio, 31 ans, veut sortir son mouvement de la seule logique de protestation pour gouverner. Sur la forme avec des mots tempérés comme sur le fond, il a rompu avec le style - les coups d'éclats permanents - de l'humoriste. Ainsi, il a revu sa position sur l'Europe, en privilégiant les négociations avec Bruxelles plutôt que le référendum sur l'euro. Partisan de la démocratie directe, chasseur de toutes les formes de corruption, le M5S de Luigi Di Maio, moqué par ailleurs pour son manque d'expérience, pourrait arriver en tête toutes formations confondues dimanche 4 mars avec 30% des voix. Toutefois, les alliances lui manqueront sans doute pour gouverner.

Luigi Di Maio, candidat du Mouvement 5 Étoiles aux élections législatives italiennes du 4 mars, ici avec Pasquale Tridico, celui qui deviendrait son ministre du Travail en cas de victoire.
Crédit Image : Filippo MONTEFORTE / AFP

2. Quels scénarios possibles ?

- Victoire de la coalition de droite populiste 
La coalition rassemble quatre partis, dont Forza Italia (FI, centre droit) de Silvio Berlusconi et la Ligue (extrême droite) de Matteo Salvini. En vertu de leur accord interne, celui qui arrivera en tête dirigera le gouvernement.

Silvio Berlusconi, interdit de toute fonction publique jusqu'en 2019, a déclaré souhaiter voir Antonio Tajani diriger le gouvernement. Mais ce dernier ne s'est pas encore dit prêt à abandonner la présidence du Parlement européen.

Si la Ligue l'emporte, Matteo Salvini sera chef du gouvernement à condition que Silvio Berlusconi tienne sa parole et se range bien derrière lui. À part la volonté de gagner, le tandem Berlusconi-Salvini n'a que peu de point commun. "Ils ne se supportent pas", selon Roberto D'Alimonte, directeur du département des sciences politiques de l'université Luiss à Rome.

- Grande coalition (Renzi-Berlusconi)
En cas d'impasse le soir du 4 mars, l'Italie serait ingouvernable. Une solution alternative pourrait alors être trouvée : à savoir, une alliance, jamais évoquée pendant la campagne, entre les europhiles Forza Italia de Silvio Berlusconi et le Parti démocrate de Matteo Renzi. Un compromis comparable à la situation en Allemagne, où Angela Merkel et Martin Schulz se sont résolus bon gré mal gré à travailler ensemble.

Une autre coalition hypothétique, démentie par les intéressés avec encore plus de vigueur, pourrait à l'opposé réunir les "eurosceptiques", la Ligue et le Mouvement 5 Étoiles. Mais cette alliance n'est pas non plus assurée d'avoir assez d'élus et risque de rencontrer de fortes oppositions au sein des deux partis.


- Pas de majorité parlementaire 
Si aucune majorité ne se dessine, le président de la République, Sergio Mattarella, devrait laisser en place le gouvernement actuel de Paolo Gentiloni (centre gauche), qui n'a pas besoin de demander la confiance du nouveau Parlement, pour gérer les affaires courantes. 
De toute manière, la procédure va prendre du temps. Les deux chambres se réuniront pour la première fois le 23 mars pour élire les deux présidents et constituer les groupes. Alors seulement, Sergio Mattarella entamera ses consultations. L'Italie a appris à vivre dans l'incertitude : elle a connu plus de 60 gouvernements depuis le début de la République en 1946.

3. Pourquoi l'Union européenne s'en mêle ?

"En Italie, nous devons nous préparer au pire". Jean-Claude Junker, président de la Commission européenne, n'a pas de mots assez forts pour dire à quel point il craint le verdict des urnes du 4 mars. Son leitmotiv : faire barrage à ceux que l'Union européenne considère comme les populistes : alliance M5S, La Ligue et Fratelli d'Italia.

Pour se faire, elle mise sur un accord de grande coalition entre les familles politiques pro-européennes afin d'éviter le "pire scénario". Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a résumé le sentiment général: "Je voudrais que l'Italie après le 4 mars puisse disposer d'un gouvernement qui gouverne" grâce à un soutien parlementaire. 

Emmanuel Macron, Angela Merkel et le premier ministre italien Paolo Gentiloni.
Crédit Image : JOHN THYS / AFP

C'est pourquoi, certains agissent en coulisses pour favoriser une alliance entre Silvio Berlusconi, le patron de Forza Italia (FI, droite), et Matteo Renzi, le secrétaire général du Partido Democratico (PD, centre-gauche), si aucun ne parvient à obtenir la majorité, ont confié à l'AFP plusieurs sources européennes. Le président français Emmanuel Macron s'est entretenu à plusieurs reprises avec Matteo Renzi, qui avait soutenu sa campagne et a repris son slogan "En Marche". 

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