4 min de lecture Taksim

Turquie : un homme de 22 ans tué dans les manifestations

Selon les médias locaux, un jeune homme de 22 ans est décédé lundi à l'hôpital après avoir été atteint par balle pendant une manifestation dans le sud de la Turquie.

micro générique
La rédaction numérique de RTL
et AFP

"Abdullah Comert a été grièvement blessé... par des coups de feu tirés par une personne non identifiée", a indiqué la chaîne de télévision privée turque NTV citant un communiqué du gouvernement local de la province de Hatay, près de la frontière syrienne, et précisant que le jeune homme était mort plus tard à l'hôpital.

Il s'agit du 2e décès en lien avec les importantes manifestations qui secouent le pays depuis près d'une semaine pour protester contre le parti gouvernemental islamo-conservateur Justice et Développement (AKP). Selon un parlementaire du principal parti d'opposition, Hasan Akgol, cité par NTV, Abdullah Comert était membre de la section des Jeunes du Parti du peuple républicain (CHP). La police a lancé une enquête sur les circonstances du décès, selon la télévision.

Depuis vendredi, les heurts se sont multipliés dans tout le pays entre les forces de l'ordre et les manifestants qui accusent le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan de vouloir imposer des réformes conservatrices et islamistes dans la Turquie laïque.

Manifestation place Taksim

Lundi soir à Istanbul, les opposants au gouvernement turc ont envahi une nouvelle fois la place Taksim. Ils réclament notamment la fin de la loi restrictive sur la vente d'alcool.

À lire aussi
Des jeunes manifestent pour la protection du park Gezi, près de la place Taksim, à Istanbul, le 29 juin 2013 Turquie
Turquie : l'aménagement contesté de la place Taksim revient

La police a recouru dans la nuit de lundi à mardi à des grenades de gaz lacrymogène et des canons à eau pour disperser des manifestants scandant des slogans contre le gouvernement turc qui ont jeté des pierres sur les forces de l'ordre à Ankara et à Istanbul. C'est la cinquième journée consécutive que des affrontements ont lieu en Turquie entre policiers et manifestants hostiles au Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qui a de son côté nié toute dérive autoritaire et rejeté l'idée d'un "printemps turc", assurant même du Maroc, où il était en déplacement, que la situation était en voie d'apaisement dans son pays.

Dans la capitale turque, dans le quartier de Kavaklidere, les unités antiémeute ont même tiré des balles en caoutchouc en direction des contestataires, pour la plupart des jeunes, qui les ont attaquées à coups de pierres, selon la chaîne de télévision CNN-Türk. Les policiers ont tiré plusieurs dizaines de grenades de gaz lacrymogène pour déloger du quartier de Gümüssuyu (rive européenne) quelque 500 manifestants qui y avaient érigé des barricades et allumé des feux, d'après des témoins et des télévisions.

Dans le même temps, l'une des plus importantes confédérations syndicales turques a appelé à une grève de deux jours à partir de mardi pour dénoncer le recours à la "terreur" par l'Etat contre les contestataires.

Voix dissonantes au sein du pouvoir

Sûr de lui, Recep Tayyip Erdogan a une nouvelle fois défié la rue avant de quitter lundi à la mi-journée la Turquie pour une tournée de quatre jours dans les pays du Maghreb. "Nous resterons fermes", a affirmé le chef du gouvernement à la presse. "Mon pays donnera sa réponse" à l'occasion des élections locales de 2014, "si vraiment nous avons des pratiques antidémocratiques, notre Nation nous renversera", a-t-il souligné. "Oui, nous sommes maintenant au printemps, mais nous ne le laisserons pas devenir un hiver", a-t-il ajouté dans une allusion au "Printemps arabe". Avant d'accuser les manifestants d'être menés par des "extrémistes" ayant des "liens" avec l'étranger.

Plus conciliant, le président turc Abdullah Gül a, quant à lui, appelé les manifestants au calme et pris, une fois encore, le contrepied du Premier ministre. "Une démocratie ne signifie pas seulement (une victoire) aux élections (...) Il est tout à fait naturel d'exprimer des opinions différentes (...) dans des manifestations pacifiques", a déclaré M. Gül.

Autre voix dissonante au sein même du pouvoir turc, le vice-Premier ministre Bülent Arinç a prôné les vertus du dialogue "plutôt que de tirer du gaz sur des gens". Bülent Arinç, qui assure l'intérim en l'absence du chef du gouvernement, doit d'ailleurs donner mardi une conférence de presse à 09h00 GMT sur ces événements sans précédent.

Brutalité

Les violences des trois derniers jours ont fait plus de mille blessés à Istanbul et au moins 700 à Ankara, selon les organisations de défense des droits de l'Homme et les syndicats de médecins des deux villes. Ces chiffres n'ont pas été confirmés par les autorités, le ministre de l'Intérieur Muammer Güler ayant évoqué dimanche un bilan de 58 civils et 115 policiers blessés pendant les 235 manifestations recensées entre mardi dernier et dimanche dans 67 villes.

La brutalité de la répression, largement évoquée sur les réseaux sociaux turcs, a suscité de nombreuses critiques dans les pays occidentaux. Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont ainsi dénoncé la brutalité de la répression.

La loi sur la restriction de la vente d'alcool décrié par les manifestants

Beaucoup de manifestants font de la nouvelle loi - très restrictive - sur la vente et la consommation d'alcool leur principal grief contre le gouvernement. "C'est une contrainte très stricte et je veux la briser, tout le monde veut la briser", lance l'un d'entre eux, en parcourant les allées du désormais fameux parc Gezi, ce petit jardin public proche de la place Taksim d'Istanbul, dont le projet de destruction a allumé la mèche de la contestation contre le pouvoir islamo-conservateur.

"Ce n'est pas seulement une question de boire ou ne pas boire d'alcool, cette loi est contraire aux libertés", poursuit-il, très fier de son t-shirt rouge "Alcoholica, buvez les tous", en référence à l'album "Tuez les tous" du groupe de rock américain Metallica. Adoptée il y a à peine dix jours à l'initiative du parti au pouvoir, la nouvelle loi interdit la publicité pour les boissons alcoolisées à la télévision et la vente d'alcool au détail de 22h00 à 6h00 du matin.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Taksim Turquie Turquie
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants