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Irak : pourquoi les États-Unis ont décidé d'intervenir à nouveau

ÉCLAIRAGE - Les jihadistes sunnites ont pris position au nord de l'Irak. Ils menacent d'exterminer les minorités du pays, notamment les chrétiens. Une situation qui a poussé les États-Unis à bombarder des positions de l'État islamique, ce vendredi.

Barack Obama, le 1er août, à Washington. (archives)
Barack Obama, le 1er août, à Washington. (archives) Crédit : BRENDAN SMIALOWSKI / AFP
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
et AFP

"Éviter un éventuel acte de génocide". Voici la mission de Barack Obama envers les chrétiens d'Irak. Le président américain a donné son aval à des frappes contre l'organisation armée sunnite EIIL (État islamique en Irak et au Levant), dans le nord de l'Irak. Les actes ont rapidement suivi les paroles, puisque le Pentagone a annoncé que l'armée américaine bombarde, ce vendredi 8 août, des positions de l'État islamique

Que se passe-t-il en Irak ?

Les insurgés sunnites contrôlaient déjà la ville de Fallouja, ainsi que plusieurs autres secteurs de la province occidentale d'Anbar. Ils ont ensuite procédé à une percée fulgurante à travers le pays, le 9 juin dernier. En deux mois d'offensive, les jihadistes se sont emparés de vastes pans du territoire irakien. Ils ont aussi pris plusieurs villes aux Kurdes, dans la région de Mossoul

Avancée des jihadistes dans le nord de l'Irak
Avancée des jihadistes dans le nord de l'Irak Crédit : K. TIAN/G. HANDYSIDE GIL/OSD/SMM/YK / AFP

L'EIIL a commencé à marquer les maisons appartenant aux chrétiens et a lancé un ultimatum, en demandant à ces derniers de se convertir à l'islam, de payer une taxe islamique spéciale ou de quitter la ville, sans quoi ils seraient exécutés. Selon Human Right Watch (HRW), les jihadistes "semblent vouloir éradiquer toute trace des groupes minoritaires"

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Qui sont ces extrémistes sunnites ?

Si le groupe est né en Irak, en 2004 sous un autre nom, c'est son implication dans le conflit syrien qui lui a permis de devenir ce qu'il est aujourd'hui. Les combats au sein du pays de Bachar Al-Assad "ont offert à l'EIIL un entraînement et des opportunités d'apprentissage hors-pair", souligne le groupe américain Soufan, spécialisé dans le renseignement.

Le groupe, présent depuis 2013 en Syrie, où il combat le régime mais aussi les rebelles, s'est taillé une réputation de groupe sanguinaire, avec des combattants qui ne craignent pas de mourir. Pour ses membres, l'EIIL privilégie les zones sunnites où il peut trouver des soutiens, des infrastructures stratégiques ou des endroits faiblement défendus, évitant ainsi des pertes superflues pour maintenir son élan et son unité interne. "L'EIIL est très doué pour faire fuir ses opposants quand ceux-ci sont déjà affaiblis", souligne Michael Knights, expert au Washington Institue.  

Maîtrisant internet et les réseaux sociaux, le groupe diffuse notamment des photos d'ennemis décapités. Les jihadistes communiquent sur une image "de cruauté presque surhumaine", selon Patrick Skinner, du groupe Soufan. L'intimidation est une tactique importante pour ce groupe.  

Que devient la population ?

Des dizaines de milliers de chrétiens et yazidis (minorité religieuse kurde) ont fui la région. Les chrétiens de la ville de Mossoul s'étaient déplacés en masse vers la plus grande ville chrétienne du pays, Qaraqosh, avant la fin de l'ultimatum des jihadistes. Cependant, le conflit a franchi un nouveau seuil de violence jeudi 7 août, car cette ville est tombée aux mains des jihadistes. Elle a été abandonnée in extremis par les combattants kurdes.

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Les réfugiés de la ville de Mossoul évacuent désormais la plaine de Ninive. Entre 100.000 et 200.000 personnes seraient actuellement sur les routes, rapporte l'ONU. Ils se déplacent vers la capitale de la région autonome du Kurdistan irakien, Erbil

"Les Yazidis, communauté kurdophone pré-islamique, se sont eux retrouvés piégés, sans eau ni nourriture, dans les montagnes désertiques environnantes après la prise de la région de Sinjar, bastion de leur minorité", explique Courrier International.

Pourquoi les États-Unis interviennent maintenant ?

Les Kurdes irakiens considèrent que cette région appartient au Kurdistan voisin. "Le gouvernement autonome kurde va envoyer ses Peshmergas (ndlr : les forces armées du Kurdistan irakien) dans les régions où se trouvent des minorités kurdes menacées", analyse Gilles Chenève, expert du monde arabe, dans un entretien à La Croix. 

La rapide dégradation de la situation pour les Kurdes, "qui ont toujours été des alliés fiables des américains", explique The New York Times. C'est ce qui a poussé Barack Obama a lancer une opération militaire sur les positions de l'État islamique en Irak. 

De plus "l'avancée des jihadistes est une ligne rouge pour le gouvernement américain", explique The Washington Post. "Les États-Unis ont à la fois des diplomates et des conseillers militaires dans la ville, ainsi qu'un consulat. Ces raisons sont suffisantes pour que les Américains décident de protéger la ville", ajoute le quotidien. 

Quel enjeu pour Barack Obama ?

Barack Obama se retrouve une nouvelle fois dans une situation délicate en étant contraint de retourner en Irak, pays que l'armée américaine avait quitté en 2011. L'enjeu pour les États-Unis est désormais d'intervenir de façon ponctuelle et d'éviter l'engrenage. "Sondage après sondage, les Américains le disent et le répètent, ils ne veulent plus de guerre, plus de cercueils de soldats qui reviennent au pays enveloppés dans la bannière étoilée", note Libération.

"C'est une intervention dans l'urgence que Barack Obama aurait bien voulue ne pas faire. Au vue de la poussée islamiste et des menaces qu'elle fait pousser sur les états de la région, le Président américain a été contraint d'intervenir, d'autant plus l'État islamique se rapproche d'un allié américain le Kurdistan irakien", explique à RTL Antoine Bassbouss, directeur de l'Observatoire des pays arabes

Barack Obama a été dans la mollesse la plus totale

Antoine Bassbouss, directeur de l'Observatoire des pays arabes.
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"Il est urgent de le soutenir car cette région est stable, prospère, tolérante et dispose d'institutions démocratiques", estime-t-il. Antoine Bassbouss ajoute que "la politique américaine de Barack Obama dans la région, a subi un échec total avec le retrait d'Irak, qui était précipité, et l'inaction en Syrie. Barack Obama a été dans la mollesse la plus totale. Aujourd'hui nous sommes en train d'assister aux conséquences de l'absence d'actions américaines. Il est contraint maintenant d'intervenir". 

Le Président américain a néanmoins tenu à rassurer ses concitoyens en insistant sur le fait qu'il ne se laissera pas piéger et ne donnera son accord qu'à des frappes ciblées. Il a aussi rappelé que les États-Unis n'intervenaient que pour apporter une aide humanitaires, aux minorités en détresse

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Irak : "Barack Obama a été dans la mollesse la plus totale", estime le directeur de l'Observatoire des pays arabes Crédit Image : Fred Bukajlo / SIPA / RTL | Crédit Média : Agnès Bonfillon | Durée : | Date :
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2014-08-08 19:00:00
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