3 min de lecture Crise en Grèce

La Grèce pourrait revivre la crise argentine de 2001

Retour sur la crise argentine de 2001 alors que le risque de défaut de paiement de la Grèce rappelle la faillite de la 3e économie de l'Amérique latine. La gigantesque fuite des capitaux avait plongé le pays dans une grave crise sociale, économique et politique, dont les symptômes subsistent.

Manifestation à Buenos Aires 20 jours après que le pays se soit déclaré en défaut de paiement
Manifestation à Buenos Aires 20 jours après que le pays se soit déclaré en défaut de paiement Crédit : ALI BURAFI / AFP
Yannick Sanchez
et AFP

Le gouvernement grec mise sur un accord avec ses créanciers au sommet européen de lundi, mais responsables européens et Etats-Unis appellent Athènes à trouver un compromis dès ce week-end pour éviter un défaut de paiement de plus en plus plausible. S'il advenait, la Grèce pourrait se retrouver dans une situation proche de celle de l'Argentine en 2001 après ce qui demeure sans doute la plus grosse fuite de capitaux de l'Histoire

À la veille de Noël 2001, l'Argentine s'était déclaré en défaut de paiement sur 100 milliards de dette, le président Fernando De La Rua (1999-2001) avait fui en hélicoptère le palais présidentiel assailli par les manifestants. 

Le président Fernando De La Rua quitte la pays en urgence alors que le palais présidentiel est assailli
Le président Fernando De La Rua quitte la pays en urgence alors que le palais présidentiel est assailli Crédit : ANIBAL GRECO / DYN / AFP

Quelques semaines plus tôt, des restrictions aux retraits bancaires avaient mis le feu aux poudres, affectant notamment la classe moyenne, qui s'était mobilisée lors de concerts de casseroles. Le chômage était de 20% et le taux de pauvreté avait passé la barre des 50%.

Fermeture d'entreprises et explosion du chômage

Ce qui était à l'époque la 3e économie d'Amérique latine avait contracté une dette colossale, notamment durant la dictature des généraux (1976-1983), pour acheter du matériel militaire, et durant les années 1990 pour financer l'alignement à parité du peso argentin sur le dollar, un mécanisme qui voulait mettre un terme à 40 ans d'inflation.

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En 2001 et 2002, avant et après le défaut, de nombreuses entreprises ont fermé, le chômage a bondi et la dévaluation a lourdement grevé le pouvoir d'achat de la population. Après le défaut, une grande instabilité politique a fragilisé le pays : en l'espace d'une semaine, cinq présidents ont défilé au palais présidentiel.

La reprise d'entreprises par les salariés

Grâce notamment à une agriculture tournée vers l'exportation permettant d'engranger des devises, le pays sud-américain a pu remonter la pente. Fin 2002, le cycle de récession a été stoppé et des entreprises fermées un an ou deux ans plus tôt, ont rouvert, reprises notamment par les salariés licenciées quelques mois plus tôt. 

Plusieurs coopératives autogérées ont ainsi vu le jour dont certaines existent toujours aujourd'hui. La FaSinPat (fabrica sin patrones, qui signifie usine sans patrons) est une des plus connues avec ses plus de 400 employés. En décembre 2012, après onze ans de procédures, les salariés ont finalement obtenu l'expropriation de leur patron

En 2003, le gouverneur méconnu d'une province dépeuplée de Patagonie, Nestor Kirchner, était élu président, adoptant une posture audacieuse face aux créanciers qui fait écho à l'attitude du gouvernement grec face à la Troïka, pour régler la question de la dette, restée en suspens depuis fin 2001. "Jamais personne n'a jamais réussi à faire payer une dette à un mort", a-t-il alors à la tribune de l'Onu. 

Nestor Kirchner, au balcon du palais présidentiel après son élection en mai 2003
Nestor Kirchner, au balcon du palais présidentiel après son élection en mai 2003 Crédit : ALI BURAFI / AFP

Kirchner accuse alors le FMI d'avoir précipité la perte de l'Argentine en soutenant les politiques libérales des présidents Carlos Menem (1989-1999) et De La Rua. Depuis la crise, l'Argentine a soldé sa dette avec la Banque mondiale, le FMI et restructuré sa dette avec 93% de ses créanciers privés. 

Le problème des fonds "vautours"

Les détenteurs de 7% des créances ont refusé toute restructuration. Parmi eux, des fonds "vautours" ont fait condamner l'Argentine devant la justice américaine qui juge qu'ils doivent toucher 100% des bons, alors que 93% des investisseurs ont consenti un allègement de dette, pour permettre à l'Argentine de se redresser.
Buenos Aires doit désormais près de 7 milliards de dollars, selon le jugement d'un tribunal de New York qu'elle refuse d'appliquer. 

Au contraire de l'Argentine, la Grèce est à l'abri de recours de la part de fonds "vautours", des clauses de majorité ayant été introduites dans les contrats de dette depuis l'Argentine, obligeant les investisseurs à se plier à une restructuration approuvée par une majorité de créanciers. 

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