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Ex-espion russe empoisonné en Angleterre : 5 questions pour comprendre cette affaire

ÉCLAIRAGE - La police britannique mène une enquête de grande ampleur pour tenter de faire la lumière sur l'empoisonnement de l'ex-agent russe Sergueï Skripal. Il avait été retrouvé inconscient au côté de sa fille à Salisbury, près de Londres.

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Reportage Salisbury, ville où un ancien espion russe a été empoisonné Crédit Image : Adrian DENNIS / AFP | Crédit Média : Marie Billon | Durée : | Date :
ClaireGaveau
Claire Gaveau
et AFP

Les scénaristes et réalisateurs de séries ne font pas forcément mieux... Les tensions sont maximales depuis le début du mois de mars entre la Grande-Bretagne et la Russie. En cause : le mystérieux empoisonnement d'un ancien agent russe, Sergueï Skripal, et de sa fille. Hospitalisé depuis, ils se trouvent dans un état "critique mais stable", selon les informations livrées par la ministre britannique de l'Intérieur, Amber Rudd.

Boris Johnson, le ministre des Affaires étrangères a assuré que "si l'enquête démontre la responsabilité d'un État, le gouvernement répondra de façon appropriée et ferme". Le pays en ligne de mire de cette menace ? La Russie.

Accusé d'espionnage au profit du Royaume-Uni, cet ex-colonel du renseignement militaire avait été condamné à 13 ans de prison en Russie en 2006. Il avait été payé 100.000 dollars pour fournir au MI6, le renseignement britannique, les noms des agents russes présents en Europe.

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1. Que s'est-il passé ?

Mais, plus de dix ans après sa condamnation, le nom de Sergueï Skripal refait donc surface. Le 4 mars, cet homme d'une soixantaine d'années a été retrouvé inconscient sur un banc d'un centre commercial de Salisbury, une ville située près de Londres. Sa fille, Youlia, âgée de trente ans, se trouvait à ses côtés, dans le même état.

Selon la police britannique ils ont été délibérément ciblés à l’aide d’un agent innervant, une substance chimique qui agit sur le système nerveux. Ces agents, comme le Sarin et le VX, sont des armes chimiques redoutables, hautement toxiques, et aux effets parfois très rapides.

Quelques jours plus tard, des traces de ces agents ont également été découvertes dans deux lieux spécifiques, un pub et un restaurant, fréquentés par les victimes ce dimanche 4 mars. De quoi alimenter une certaine peur dans cette ville britannique alors que les habitants ayant fréquenté le Mill Pub et le Zizzi sont invités à une certaine vigilance.

2. Comment réagit Londres ?

Theresa May a frappé fort lundi 12 mars devant le parlement britannique. La Première ministre a ainsi estimé "très probable" que la Russie soit "responsable" de l'empoisonnement de Sergueï Skripal et de sa fille.

C'est la première fois que la dirigeante britannique met en cause dans ces termes la Russie, qui avait toutefois été pointée du doigt par le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson dès la semaine dernière. Soulignant que l'agent innervant utilisé contre le couple était une substance "de qualité militaire", du groupe des agents "Novichok" mis au point par la Russie, Theresa May a donné jusqu'au lendemain soir à Moscou pour fournir des explications à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC).

La dirigeante a rappelé que l'empoisonnement s'inscrivait "dans un contexte bien établi d'agressions menées par l'Etat Russe", mentionnant l'"annexion illégale de la Crimée", les violations "répétées" de l'espace aérien de plusieurs pays européens, des campagnes de cyberespionnage, ainsi que l'"attaque barbare" contre Alexandre Litvinenko, ancien agent secret russe empoisonné au Polonium-210 et mort à Londres en 2006. 

3. Vers une escalade des tensions ?

Une prise de position du côté britannique qui a rapidement signé une escalade des tensions entre les deux pays. Moscou a aussitôt réagi en dénonçant une "provocation". "C'est un numéro de cirque à destination du parlement britannique", a déclaré la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova, citée par les agences de presse.

L'ambassade de Russie à Londres a accusé de son côté le gouvernement britannique de jouer un "jeu très dangereux". Cela "envoie l'enquête sur une piste politique inutile, et porte le risque de graves conséquences à long terme pour nos relations" bilatérales, a déclaré un porte-parole de l'ambassade.

Ce mercredi 13 mars, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, s'est montré beaucoup plus ferme assurant que la Russie était "innocente". S'il a rejeté l'ultimatum lancé par Theresa May, il a assuré que Moscou était "prêt à coopérer" à l'enquête "si la Grande-Bretagne remplissait ses obligations internationales".

4. Quelles sanctions possibles ?

Theresa May doit réunir mercredi 14 mars son Conseil de sécurité nationale pour faire le point sur la réponse du Kremlin. La Première ministre s'exprimera ensuite devant les députés pour annoncer les décisions prises.

Certaines sont déjà évoquées. Un boycott diplomatique de la Coupe du monde de football en Russie, ou une version britannique de l'amendement américain Magnitsky, du nom d'un militant anticorruption russe, afin de saisir les biens des personnes coupables de violations des droits de l'homme, sont en effet relayés à l'heure actuelle.

La licence de la télévision russe RT
, considérée comme un organe de propagande pro-Kremlin, est également dans le viseur du régulateur britannique. Promettant de réagir, la Russie a prévenu qu'"aucun média britannique" ne travaillera en Russie en cas de fermeture de RT.

5. Que dit la communauté internationale ?

Jour après jour, les réactions s'enchaînent. Londres et ses alliés continuent de mettre la pression sur la Russie afin qu'elle fournisse des explications sur l'empoisonnement de l'ex-espion Sergueï Skripal. À l'issue d'une conversation téléphonique avec Theresa May, Donald Trump a ainsi estimé que la Russie devait apporter des réponses "sans ambiguïté" sur cet empoisonnement. "Les deux dirigeants estiment qu'il doit y avoir des conséquences pour ceux qui usent de ces armes odieuses en violation flagrante des normes internationales", a ajouté la Maison Blanche.

De son côté, la chancelière allemande Angela Merkel a déclaré qu'elle prenait "extrêmement au sérieux" l'avis de Londres sur une responsabilité russe, et a exhorté Moscou à "répondre rapidement aux questions légitimes du gouvernement britannique". Emmanuel Macron a pris la parole après ses deux homologues américain et allemand. Le chef de l'État a condamné une attaque "inacceptable" et rappelle "l'engagement de la France dans la lutte contre l'impunité d'utilisation d'armes chimiques".

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