2 min de lecture Débat

États-Unis : le gouvernement veut accéder au contenu des appels Messenger

Le débat sur la vie privée est (de nouveau) ouvert. Les autorités américaines souhaitent enquêter sur les membres d'un gang. Mais, conformément à son principe de protection de la vie privée, Facebook refuse.

Le créateur de Facebook, Mark Zuckerberg, lors de la présentation de Messenger en mars 2015 (archives)
Le créateur de Facebook, Mark Zuckerberg, lors de la présentation de Messenger en mars 2015 (archives)
Leia Hoarau
Leia Hoarau
Journaliste

"C'est une affaire de sécurité publique", clame le gouvernement américain. "C'est contraire au respect de la vie privée", défend Facebook. Le débat sur la priorisation de la sécurité au détriment de la vie privée sur internet a refait surface, vendredi 17 août.

Le gouvernement américain a exigé avoir accès au contenu des appels passés sur Messenger, la plate-forme de messagerie de Facebook, a révélé l'agence de presse américaine Reuters. Les autorités souhaitent en effet résoudre une affaire criminelle. Les enquêteurs veulent intercepter les appels vocaux des membres d'un gang, le MS-13.

Une situation qui engendre de nombreuses questions, ainsi que des problèmes informatiques et légaux, que l'État américain, le réseau social et la justice devront résoudre dans un nouveau bras de fer juridique.

Réécrire entièrement l'application ?

Sur Messenger, depuis 2016, les appels et messages vocaux des quelque 1,3 milliard d'utilisateurs sont entièrement chiffrés : ils ne sont lisibles que par les participants en personne et même Facebook n'y a pas accès. Les échanges ne sont donc ni visibles, ni stockés par Facebook. Une protection des données personnelles et de la vie privée qui est devenue le cheval de bataille du réseau social.

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Or, premier problème : pour donner cet accès au gouvernement, Facebook devra casser la clé de cryptage de l'application et en réécrire une autre. Décrypter les données (et donc réécrire totalement l'application) serait un procédé fastidieux et surtout contraire à la politique de confidentialité du réseau social. Facebook a donc refusé d'obéir aux autorités américaines, qui ont décidé d'emmener l'affaire en justice.

Un flou juridique

L'autre problème est pour la justice cette fois-ci. La loi américaine oblige les opérateurs téléphoniques à donner aux forces de l'ordre l'accès aux échanges dans le cadre de certaines enquêtes de police. Mais rien n'est prévu pour les plates-formes de messagerie telles que Messenger, WhatsApp (qui appartient également à Facebook), Google Hangouts ou encore Signal (qui a bâti sa réputation sur son processus de cryptage des conversations et appels). 

Si la justice répondait favorablement à la demande du gouvernement américain, cela pourrait engendrer une refonte de toutes ces applications qui seraient alors obligées d'abandonner le principe du cryptage. Les membres du gang seraient mis sur écoute, mais la vie privée des autres utilisateurs de ces réseaux sociaux ne serait plus assurée.

Un débat persistant

Ce n'est pas la première fois que ce débat divise toujours autant : sécurité ou vie privée ? Déjà, en 2016, le gouvernement avait demandé à Apple de pouvoir accéder au contenu chiffré de l'iPhone de l'un des tueurs de la tuerie de San Bernardino, ce que l'entreprise a refusé. Les données archivées de l'appareil avaient finalement pu être récupérées par les autorités via une technique de piratage alternative.

De même, fin mars 2017, après l'attentat au Parlement de Londres, la ministre de l'Intérieur britannique Amber Rudd avait jugé "totalement inacceptable" que les services de renseignements ne puissent pas avoir accès aux communications entre suspects d'actes terroristes, en raison de leur cryptage.

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