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Espionnage : la colère de Paris

L'affaire d'espionnage par la NSA a provoqué la colère de Paris, et un refroidissement des relations franco-américaines.

L'ambassadeur des États-Unis en France Charles Rivkin et le secrétaire d'État américain John Kerry à Paris le 21 octobre 2013.
L'ambassadeur des États-Unis en France Charles Rivkin et le secrétaire d'État américain John Kerry à Paris le 21 octobre 2013. Crédit : MARTIN BUREAU / AFP
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L'espionnage de dizaines de millions de conversations téléphoniques en France par les services secrets américains a entraîné un brusque coup de froid dans les relations entre Paris et Washington, déjà marquées cet été par un puissant mais éphémère réchauffement autour du dossier syrien. En des termes particulièrement rudes, François Hollande a fait part de sa "profonde réprobation" et de "pratiques inacceptables" entre alliés et amis, à l'issue d'une conversation téléphonique lundi 21 octobre au soir avec son homologue américain Barack Obama.

Indignation

Selon Le Monde, l'Agence de sécurité nationale américaine (NSA) a effectué 70,3 millions d'enregistrements de données téléphoniques de Français pour la seule période comprise entre le 10 décembre 2012 et le 8 janvier 2013. Depuis Copenhague, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault s'était déjà dit "profondément choqué".

"Ces pratiques ne sont pas admissibles. Elles devront cesser si elles n'ont pas déjà cessé", a renchéri le ministre des Finances Pierre Moscovici. Quant au chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, il a convoqué sur le champ l'ambassadeur américain à Paris, Charles Rivkin.

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Les pâles explications de Barack Obama assurant François Hollande, selon la Maison Blanche, que "les Etats-Unis avaient commencé à passer en revue la façon dont (ils récupéraient) des données du renseignement" ne sont certainement pas de nature à apaiser définitivement l'irritation sinon la colère de la France. Pas plus que les protestations d'amitié du chef de la diplomatie américaine John Kerry rappelant lundi à Paris que la France était "l'un de nos plus vieux alliés" des Etats-Unis dans le monde.

Relations bilatérales en dents de scie

Le contraste est saisissant avec le pas de deux franco-américain sur le dossier syrien au mois d'août, quand la défection britannique avait soudainement propulsé Paris au rang, inédit, de meilleur allié de Washington dans l'hypothèse de frappes militaires contre le régime de Damas. Barack Obama et François Hollande multipliaient alors les visio-conférences, se confortant mutuellement dans leur détermination à agir.

Ironie de l'histoire, l'épisode était survenu dix ans après les tensions sans précédent entre Washington et Paris autour de la crise irakienne, quand la France menait le front du refus contre l'invasion de l'Irak projetée par l'administration Bush. Quelques semaines après ce rapprochement, François Hollande devait être pris à deux reprises à contre-pied par l'administration démocrate.

La première fois fin août, lorsqu'à la surprise général Barack Obama, tout comme le Premier ministre britannique David Cameron, avait décidé de consulter le Congrès américain avant de lancer d'éventuelles frappes contre Damas. François Hollande qui s'était refusé à en faire de même s'était alors retrouvé seul en première ligne.

La seconde, plus douloureuse encore pour l'allié français, lorsque Washington, renonçant à "punir" immédiatement le régime syrien pour le massacre à l'arme chimique de plusieurs centaines de civils commis dans la banlieue de Damas le 21 août, avait laissé Paris sur le bord du chemin, négociant avec Moscou un accord sur la destruction des armes chimiques syriennes.

François Hollande avait déjà tapé du poing sur la table

Illustration de ces relations bilatérales en dents de scie, au cours du même été, début juillet, quand le quotidien britannique The Guardian avait révélé le premier que la France figurait parmi les 38 "cibles" de la NSA aux côtés des institutions europénnes, François Hollande avait déjà tapé du poing sur la table. Paris ne peut "pas accepter ce type de comportement" qui doit cesser "immédiatement", avait-il réagi.

Dans le passé, Washington n'avait pas hésité au contraire à lancer des opérations de charmes à l'égard de la France, comme lors du retour de Paris dans le commandement intégré de l'Otan en 2007, voulu par Nicolas Sarkozy. L'armée française et ses succès en Afghanistan étaient alors parés de toute les vertus.

A présent, François Hollande peut être d'autant plus amer qu'avant même son élection, il avait préparé dans le plus grand secret et dans les moindres détails le retrait anticipé des troupes françaises d'Afghanistan avec l'administration Obama afin de ne pas embarrasser le président Obama, alors en quête d'un second mandat.

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