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En Turquie, les partisans du dialogue en mauvaise posture après deux semaines de violences

Deux semaines après l'attentat de Suruç qui a fait 32 morts parmi les militants kurdes, les représailles meurtrières entre la guérilla kurde du PKK et l'armée turque ne poursuivent, les partisans du dialogue étant dans une situation intenable.

Le district de Gazi à Istanbul après les affrontements entre Turcs et Kurdes le 26 juillet 2015.
Le district de Gazi à Istanbul après les affrontements entre Turcs et Kurdes le 26 juillet 2015.
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La rédaction de RTL et AFP

Le point de non-retour entre la guérilla kurde du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et l'armée turque semble avoir été franchi dimanche 2 août avec l'attaque suicide au tracteur piégé contre une gendarmerie de l'est du pays, faisant au moins deux morts et 31 blessés, de source officielle turque. Elle a été revendiquée par le PKK, qui a fait état "de dizaines de soldats tués". Selon la presse progouvernementale, le kamikaze était probablement un jeune adolescent enrôlé par le PKK. De nouvelles attaques ont été signalées lundi 3 août dans la matinée, dont celle d'un hôpital militaire dans la province de Van (est) qui n'aurait pas fait de victimes.

Depuis maintenant deux semaines, la Turquie est en proie a un cycle de violences entre la rébellion kurde et l'armée turque, mettant fin à trois années d'accalmie. Un regain de tensions qui fait suite à l'attentat suicide de Suruç, dans le sud du pays, le 20 juillet, qui a fait 32 morts parmi les jeunes militants de la cause kurde. L'attentat a été attribué au groupe Etat islamique (EI) mais la guérilla kurde a aussitôt répliqué contre les forces de l'ordre turques, accusées de ne pas protéger la population locale.

"La Turquie conduira des opérations militaires autant qu'elle le juge nécessaire", a annoncé ce lundi 3 août le président Recep Tayyip Erdogan, balayant les critiques sur les risques d'une déflagration généralisée après la rupture de la trêve entre la rébellion kurde et Ankara.

Dans les raids aériens massifs menés quotidiennement contre les bases rebelles nichées dans les montagnes du nord de l'Irak, l'armée affirme avoir tué plus de 260 combattants. Les bombardements auraient contraint l'état-major du PKK à se scinder en trois groupes : l'un restant dans les monts Kandil, un deuxième se réfugiant en Iran et un troisième en Syrie. Une dizaine de civils auraient été tués lors de ces raids, selon des sources kurdes. Les accusations ont été démenties par l'armée mais elles pourraient donner une justification supplémentaire au PKK pour amplifier ses attaques sur le sol turc.

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Une situation inconfortable


Ces représailles meurtrières mettent le jeune leader prokurde de Turquie, Selahhatin Demirtas, fervent partisan du dialogue pour résoudre un conflit qui a fait plus de 40 000 morts en 30 ans, dans une situation inconfortable. Avec sa formation, le HDP, il est considéré comme le grand vainqueur des législatives du 7 juin, privant du même coup le parti islamo-conservateur au pouvoir AKP de la majorité absolue au Parlement.

Depuis, selon l'opposition, Recep Tayyip Erdogan cherche à l'affaiblir en vue d'un éventuel scrutin anticipé qui permettrait à l'AKP de regagner le terrain perdu. "Demirtas est pris en tenailles entre l'AKP et le PKK", résumait ce lundi 3 août le journal à grand tirage Hurriyet.

Accusé par le pouvoir de condamner trop mollement les attaques de la rébellion, pointé du doigt pour l'engagement de son frère dans les rangs du PKK, Selahhatin Demirtas pourrait perdre l'électorat modéré qui lui a fait confiance. Dimanche, il a dit vouloir "clarifier les choses" en appelant le PKK à cesser "immédiatement" ses attaques. "L'Etat a le droit de se défendre", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse. Il a demandé à la rébellion et au pouvoir de renouer le dialogue, car le pays "se rapproche rapidement d'une violente tempête". Selahhatin Demirtas avait accusé le président turc de faire de "l'esbroufe" à l'intention des Occidentaux en prétendant vouloir lutter contre les jihadistes de l'EI, alors que ses visées seraient de pure politique intérieure.

Des pourparlers se poursuivent entre l'AKP et le parti social-démocrate CHP pour la formation d'un gouvernement de coalition. Mais la presse table sur un échec, souhaité par Recep Tayyip Erdogan, qui conduirait à de nouvelles législatives en novembre.

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