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Élection en Russie : les pro-Poutine, entre déception et résignation

ÉCLAIRAGE - Si la côte de popularité de Vladimir Poutine atteint toujours des sommets en Russie et qu'il sera sans aucun doute réélu dès le premier tour de la présidentielle dimanche, les voix dissonantes s'élèvent.

La population se réunit le 14 mars 2018 en attendant le discours de Vladimir Poutine
La population se réunit le 14 mars 2018 en attendant le discours de Vladimir Poutine Crédit : Alexander Zemlianichenko/AP/SIPA
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Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Mal-aimé en Europe. Adoré en Russie. Vladimir Poutine ne laisse personne indifférent. Après 18 années à diriger son pays, depuis la tête du Kremlin ou en chef du gouvernement, celui qui est surnommé "Vova" par ses partisans, remet en jeu sa domination incontestée. Dimanche 18 mars, quelque 108.968.869 de Russes inscrits sur les listes électorales au 1er janvier sont appelés aux urnes pour l'élection présidentielle. 

Face au président russe, sept candidats se présentent mais sans avoir de réelle chance de l'emporter. Vladimir Poutine n'a fait qu'un seul meeting et presque pas campagne, certain de gagner la course, et haut la main. C'est aussi l'avis de la grande reporter Anne Nivat. Interrogée sur la question dans l'émission Quotidien, elle répond que oui, il sera réélu dès le premier tour dimanche prochain, avec 60% à 70% des voix selon elle, comme l'estime également Galia Ackerman jointe par RTL.fr

Mais l'écrivaine, historienne, journaliste et traductrice franco-russe nuance en calculant dans ces pourcentages, une certaine "manœuvre". "Je ne suis pas certaine qu'il soit réélu avec ce score de 70% comme on nous le promet dans les sondages officiels", si ce n'est avec "un bourrage d'urnes"

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Un chef d'État "rassurant"

Il existe pourtant bien toute une génération de Russes ravis par la domination "poutinienne" de Moscou depuis près de vingt ans. "Poutine, c'est la quintessence des Russes", résume Anne Nivat. Déjà, il y a la puissance militaire. L'annexion de la Crimée - dont le Kremlin va célébrer les quatre ans dimanche prochain - ou la domination incontestable de Moscou en Syrie, contrairement aux Occidentaux, participent à alimenter cette idée d'une Russie forte, grâce à Vladimir Poutine.

"Cette Russie a beaucoup souffert, 75 ans de dictature soviétique communiste, des bouleversements économiques (...) Aujourd'hui, on est dans le post-communisme sauvage, donc les gens ont envie d'être tranquilles, de se coucher et de dormir sur leurs deux oreilles. Ils vivent mieux qu'auparavant" avec "une classe moyenne qui s'est développée et qui vote Poutine", constate la grande reporter dans son documentaire Un continent derrière Poutine ?. "Poutine est rassurant pour une partie des gens qui sont fatigués par le quart de siècle post-soviétique", ajoute l'historienne.

Et Galia Ackerman de compléter : il existe des "couches entières privilégiées par le régime", notamment les militaires et leur famille, ainsi que les fonctionnaires d'État. À cela, s'ajoutent "20 ans de bourrage de crâne, de propagande qui inculque aux Russes que leur pays est le plus grand pays du monde", un discours qui, selon elle, "joue sur la corde nationaliste et patriotique". 

Et sa mise en scène médiatique, qui renvoie systématiquement une l'image d'un homme fort, puissant, inébranlable, "a participé" à cet enthousiasme pro-Poutine en Russie, comme en témoignent des clips qui appellent à aller voter dimanche, l'abstention étant le plus grand concurrent à la victoire de Vladimir Poutine, même si l'historienne estime qu'aujourd'hui, "ça a moins d'impact".

Le pacte tacite rompu ?

Vers la fin des années 2000, "le niveau de vie a considérablement augmenté, explique Galia Ackerman. Mais depuis 2013, 2014, la progression a fortement ralenti, le niveau de vie diminue, 20 millions de Russes vivent en-dessous du seuil de pauvreté." L'historienne franco-russe poursuit : "Beaucoup de gens sont déçus, le pacte tacite qui disait 'vous me laissez agir et moi j'augmente votre niveau de vie', est compromis et on voit apparaître sur les réseaux sociaux une contestation qui dit 'on en a marre de lui'".

Et Anne Nivat d'aller dans le même sens : "Même ceux qui sont pro-Poutine, ils ont quand même des doutes, ils n'ont pas envie d'avoir Vladimir Poutine jusqu'à la fin de leurs jours, mais il n'y a pas d'alternative, ils sont anxieux sans Poutine", explique la journaliste à l'émission de Yann Barthès, qui fait le même constat que notre interlocutrice : "Les gens vont voter pour lui parce qu'il n'y a pas de vraies alternatives". Même si Galia Ackerman miserait sur Pavel Groudinine, qui est pour elle l'adversaire le plus sérieux du président sortant.

Il est le candidat du parti communiste - sans être lui même communiste. Directeur du "Sovkhoze Lénine", une ferme de fruits dont les revenus se comptent en millions de dollars, il est le plus populaire des concurrents de Vladimir Poutine tout en restant loin derrière à environ 7% d'intentions de vote. Du moins officiellement. Pour Galia Ackerman, "on parle moins de lui, mais pas mal de gens ordinaires seraient prêts à le soutenir".

Pas de réelle chance toutefois de l'emporter face à Vova. Si pour Anne Nivat, Vladimir Poutine profitera de ce mandat pour préparer sa succession, Galia Ackerman, au contraire, imagine que dans six ans, "la population peut exiger qu'il reste à vie".

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