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Droits de l'Homme, terrorisme, UE... Que retenir de la conférence de Macron et Erdogan ?

ÉCLAIRAGE - Le président de la République a donné une conférence de presse commune avec son homologue turc, vendredi 5 janvier à l'Élysée. L'occasion d'évoquer de nombreux sujets comme le terrorisme ou l'Europe.

Erdogan et Macron ont donné une conférence de presse commune le 5 janvier 2018
Erdogan et Macron ont donné une conférence de presse commune le 5 janvier 2018 Crédit : LUDOVIC MARIN / POOL / AFP
lucie valais
Lucie Valais
et AFP

Entre la France et la Turquie, la relation est "forte" et "ancienne". Emmanuel Macron recevait, ce vendredi 5 janvier à l'Élysée, son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan. L'occasion pour les deux chefs de l'État de donner une conférence de presse commune, et d'évoquer nombre de sujets, comme celui du terrorisme, des droits de l'Homme ou de la coopération entre la Turquie, la France et l'Union européenne.

Car pour Emmanuel Macron, leur deux pays ont "des intérêts communs et de nombreux défis à relever ensemble", mais également nombre de "problématiques communes". Parmi elles, celle de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, un sujet longuement abordé devant la presse. Aux côtés de son "ami", comme il l'a répété plusieurs fois, Recep Tayyip Erdogan a expliqué être "fatigué" de ces nombreuses années de négociations.

La Turquie - restera - aux portes de l'Europe

Le processus d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne a été déclenché en 1963. Depuis, le dossier est embourbé. Épinglée par les dirigeants européens sur la question des droits de l'Homme, la Turquie est "fatiguée" d'attendre une éventuelle adhésion à l'UE, a déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan après sa rencontre avec le chef de l'État français Emmanuel Macron, qui a estimé que la situation actuelle est bloquée

Pour le chef de l'État turc, la situation est bloquée. "On ne peut pas en permanence implorer une entrée dans l'Union Européenne", a-t-il déclaré devant la presse. Il faut dire que le dossier est embourbé depuis plusieurs décennies. Emmanuel Macron reconnaît quant à lui que le processus d'entrée ne connaît "aucune avancée". "L'Union Européenne n'a pas toujours bien fait avec la Turquie, parce qu'elle a laissé croire que des choses étaient possibles alors qu'elles ne l'étaient pas", a-t-il ajouté.

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Par conséquent, le président de la République prône un "partenariat" avec l'UE, plutôt qu'une adhésion. "Il faut (...) regarder si on ne peut pas repenser cette relation non pas dans le cadre du processus d'intégration mais peut-être d'une coopération, d'un partenariat avec une finalité (...) c'est de préserver l'ancrage de la Turquie et du peuple turc dans l'Europe et de faire que son avenir se construise en regardant l'Europe et avec l'Europe", a-t-il détaillé.

Une lutte commune contre le terrorisme

Emmanuel Macron et Recep Tayyip Erdogan ont tenu à réaffirmer leur coopération dans la lutte contre le terrorisme. "Nous sommes en passe de gagner le conflit contre Daesh, je l'espère dans les prochaines semaines", a avancé le président de la République. Un objectif pour Emmanuel Macron : "construire la paix et la stabilité", notamment en Syrie.

"Nous avons payé un très lourd tribut au terrorisme, la France aussi", déplore de son côté le chef de l'État turc, qui s'agace de ne pas avoir reçu les aides promises par l'Union européenne et les Nations Unies pour lutter contre le terrorisme sur son territoire.

Tu es journaliste, non ?

Recep Tayyip Erdogan
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Lorsqu'un journaliste d'Envoyé Spécial lui a posé la question de la livraison supposée d'armes par Ankara au groupe État islamique en 2014, Recep Tayyip Erdogan se défend, et s'agace. "Tu parles avec les mots de FETO [l'Organisation terroriste des partisans de Fethullah NDLR], pas comme un journaliste", s'est énervé le leader turc. "Ceux qui ont fait ces opérations étaient des procureurs de FETO, maintenant ils sont en prison", a-t-il ajouté, avant d'accuser "les États-Unis qui ont envoyé 4.000 camions d'armes en Syrie".

La Turquie critique régulièrement la livraison d'armes par Washington à des milices kurdes en Syrie qu'Ankara considère comme terroristes. "Tu es journaliste, non ? Tu aurais dû enquêter là-dessus aussi", a ajouté le président turc, mettant en garde: "Vous n'avez pas face à vous quelqu'un qui va avaler ça facilement". 

Des "désaccords" sur les droits de l'Homme

Si Emmanuel Macron estime ne pas avoir "d'ingérence" dans la politique turque, il a évoqué, lors de la conférence de presse, plusieurs "désaccords sur la vision des libertés individuelles" avec son homologue turc, avec qui il dit avoir eu un "dialogue fructueux". Le chef de l'État a toutefois déclaré avoir conscience des "déstabilisations auxquelles la Turquie a eu à faire", notamment après la tentative de putsch de juillet 2016.

Emmanuel Macron a pointé du doigt "plusieurs cas" avec le président Erdogan et une série de noms de "dirigeants d'ONG et de journalistes" emprisonnés en Turquie. Le président de la République a notamment évoqué le cas des enseignants de l'université de Galatasaray, accusés de "propagande terroriste" pour avoir dénoncé dans une pétition les massacres de civils lors d'opérations visant les rebelles.

De son côté, le président turc défend une "justice indépendante" en Turquie, prenant "ses propres décisions". Et d'affirmer que son pays est "un État de droit".

Liberté de la presse et respect de "l'État de droit"

Le président français Emmanuel Macron a appelé son homologue turc Recep Tayyip Erdogan à "respecter l'État de droit" sur la question de l'incarcération de certains journalistes turcs en Turquie. Les "démocraties doivent complètement respecter l'État de droit", a déclaré le chef de l'État, ajoutant que les deux hommes avaient abordé une liste de cas individuels au cours de leur entretien.

En effet, d'après Reporters Sans Frontières, des centaines de journalistes seraient enfermés dans les geôles turques. La Turquie est classée au 155e rang du Classement mondial de la liberté de la presse en 2017.

Un sujet d'autant plus important que plusieurs journalistes français ont également été emprisonnés en Turquie, comme le photographe Mathias Depardon et plus récemment, le jeune journaliste Loup Bureau, tout deux libérés en 2017.

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