5 min de lecture Année 2016

Brexit, Trump, Russie : pourquoi 2016 restera une année qui a changé la face du monde

L'année écoulée a été marquée par des événements majeurs qui remettent en cause des équilibres internationaux établis et ouvrent sur un nouveau monde aux contours incertains.

Souvenir du G7 de Garmisch-Partenkirchen, juin 2015
Souvenir du G7 de Garmisch-Partenkirchen, juin 2015 Crédit : AFP
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Benjamin Hue
Journaliste RTL

L'image aurait pu résumer la force de l'ouragan qui a bouleversé la face du monde politique en 2016. Cinq chefs d'État prenant la pose au sortir d'un sommet du G7. Barack Obama, François Hollande, David Cameron et Matteo Renzi saluant l'assistance aux côtés d'Angela Merkel, immobile. Le cliché date de juin 2015. Un an et demi plus tard, seule la chancelière allemande tient encore les rênes du pouvoir. Et elle n'est pas certaine de rempiler pour un quatrième mandat en 2017, à l'issue d'une campagne qui a de grandes chances de se jouer sur le terrain sécuritaire.

Quelques mois plus tard, au moment de regarder dans le rétroviseur pour dresser le bilan de l'année écoulée, l'hécatombe qui a frappé les grands dirigeants de ce monde pèse finalement peu face au vote des Britanniques pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, l'élection de Donald Trump à la tête des États-Unis et l'irrésistible retour de la Russie au premier plan du jeu diplomatique. Trois ruptures qui ébranlent les relations internationales comme rarement depuis la chute du mur de Berlin, l'effondrement de l'URSS et le 11 septembre 2001.

Les équilibres européens à l'épreuve du Brexit

Le 24 juin dernier, l’Europe s’est réveillée avec la gueule de bois. À l’issue d’une campagne houleuse, marquée par le meurtre d’une jeune parlementaire pro-Europe, plus de la moitié des britanniques ont voté "leave" lors du référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, déjouant tous les pronostics des instituts de sondage. Un verdict en forme de coup de massue pour les élites politiques, financières et médiatiques. Un séisme pour l'édifice communautaire après 60 ans de construction européenne. 

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Le départ de la cinquième puissance économique mondiale a ouvert une ère d’incertitude sans précédent dans l’Union. Passée la stupéfaction du verdict des urnes, le vote des Britanniques a laissé place à de nombreuses questions politiques, économiques et constitutionnelles : quid de l'accès des produits britanniques au marché unique ? Quel statut pour les expatriés ? Faudra-t-il un visa pour se rendre de l'autre côté du Channel ? Quel impact pour les investissements en Europe ? Autant d'interrogations encore en suspens aujourd'hui.

La une du "London Evening Standard" le 24 juin 2016
La une du "London Evening Standard" le 24 juin 2016 Crédit : AFP

Six mois plus tard, un épais voile couvre toujours la stratégie adoptée par Londres pour divorcer du continent. Hard Brexit ? Soft Brexit ? Au 10 Downing Street, la nouvelle première ministre britannique, Theresa May, promet une séparation totale aux Britanniques, malgré un gouvernement conservateur divisé, tout en entretenant le flou quant à la date de déclenchement de l'article 50 du traité de l'UE, encadrant la sortie d'un État membre. 

En face, les 27 serrent les rangs et ne laissent entrevoir aucune concession sous peine de faire voler en éclat l’Union, déjà fortement fragilisée par la question des migrants et la montée des populismes. Des années de négociations se profilent pour déterminer les conditions de la sortie du Royaume-Uni de l'UE et négocier de nouveaux accords et traités commerciaux. Pour l'instant, l'économie britannique profite d'une livre dépréciée. Mais de nombreux économistes dressent un tableau plus pessimiste pour les mois à venir.

La grande inconnue Donald Trump

À l'instar du Brexit, la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine, le 9 novembre, a fait l'effet d'une déflagration. En élisant un milliardaire imprévisible, flirtant ouvertement avec le racisme et le sexisme, néophyte en politique, pour la sortir du statut-quo en vigueur depuis la crise des subprimes, l'Amérique a plongé le monde dans l'inconnu et ouvert une ère d'incertitude majeure, tant le candidat républicain a multiplié durant la campagne les promesses tonitruantes et les propositions floues remettant en cause des accords internationaux et des équilibres géopolitiques complexes.

Donald Trump deviendra le 20 janvier le 45e président des États-Unis d'Amérique
Donald Trump deviendra le 20 janvier le 45e président des États-Unis d'Amérique Crédit : AFP

Les contours de ce nouveau monde sont encore incertains mais il est déjà possible d'en distinguer certaines lignes de forces. Porte-voix des vaincus de la mondialisation, Donald Trump a promis de donner la priorité au retour de la prospérité des Américains chez eux. Il s'est engagé, à travers sa doctrine "America first", à adopter des mesures protectionnistes qui devraient contraindre les États-Unis à remettre en cause plusieurs accords de libre-échange, l'accord de Paris sur le climat ainsi que l'appartenance du pays à l'Organisation mondiale du commerce au cours des prochains mois.

L'isolationnisme affiché par Donald Trump pendant la campagne pourrait sceller le sort de l'Amérique "gendarme du monde" et rebattre les cartes de la diplomatie mondiale. L'Europe va très certainement devoir composer sans son allié diplomatique historique et prendre sa sécurité en main. Si l'ampleur du rapprochement entre Washington et Moscou reste en suspens, les doutes exprimés par Donald Trump sur l'OTAN inquiètent les pays baltes, soucieux de ne pas connaître le même destin que la Crimée. En multipliant les provocations à l'égard de la Chine, le futur président menace de rompre le fragile équilibre des relations entre les deux superpuissances du XXIe siècle.

La Russie maître du jeu international

Relativement isolée sur la scène internationale il y a un an, face à une Europe unie dénonçant l'annexion de la Crimée et le soutien militaire offert au président syrien, Bachar al-Assad, la Russie de Vladimir Poutine a retrouvé une place de choix dans le concert des Nations. Du Donbass à la la Syrie, profitant de la faiblesse de l'Europe et du repli américain, Moscou a pris l'ascendant sur l'Occident et mené le jeu dans les dossiers les plus brûlants. La victoire à Alep a posé Vladimir Poutine en acteur incontournable de la résolution du conflit syrien et acté l'impuissance de la communauté internationale, paralysée par les vetos russe et chinois à l'ONU comme aux pires heures de la Guerre froide.

Vladimir Poutine et Barack Obama, le 9 mai 2016
Vladimir Poutine et Barack Obama, le 9 mai 2016 Crédit : Alexei Druzhinin/AP/SIPA

Désireuse de s'imposer à nouveau comme un acteur majeur au Proche-Orient, la Russie va devoir gérer sa victoire dans un cadre mouvant en proie au chaos depuis les révolutions de 2011. Les intérêts de Moscou pourraient rapidement se heurter aux velléités d'hégémonie régionale de l'Iran, qui a renforcé son influence en Syrie avec la victoire à Alep. Téhéran qui voit d'un très mauvais œil les rêves d'empire néo-ottoman de la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, dont le rapprochement avec la Russie et l'intervention contre les Kurdes en Syrie suscitent une méfiance grandissante chez ses alliés de l'OTAN. Autant de lignes de fractures qui porteront en elles les germes des conflits futurs faute de compromis régional entre chiites et sunnites.

Comme à l'époque soviétique, la Russie a doublé cet interventionnisme militaire d'une influence politique grandissante. La CIA accuse Moscou d'être à l'origine du piratage des emails du parti démocrate américain dont la révélation par Wikileaks a influencé la présidentielle en Amérique. Vladimir Poutine peut s'appuyer sur des amis plus nombreux en Occident. Le futur locataire de la Maison Blanche et les candidats de la droite et de l'extrême-droite à la présidentielle française ne cachent pas leur sympathie pour le maître du Kremlin. Moscou espère profiter de ce monde plus russophile pour assouplir le régime de sanctions imposées après l'annexion de la Crimée.

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