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Brexit : où en est le Royaume-Uni le jour du vote ?

ÉCLAIRAGE - La date butoir est arrivée, le jour du référendum est là. Le débat qui doit décider de l'avenir du pays a touché toutes les strates de la société. Premier bilan avant les résultats.

Brexit : "C'est superbe !" exulte un député britannique eurosceptique
Brexit : "C'est superbe !" exulte un député britannique eurosceptique Crédit : CHRIS J RATCLIFFE / AFP
Paul Véronique
Paul Véronique
Journaliste

La question est simple : rester dans l'Union européenne ou la quitter ? Ce 23 juin, les citoyens britanniques vont trancher. Si une tendance favorable au maintien a semblé se dessiner ces derniers jours, l'issue du référendum reste incertaine. David Cameron semble s'être pris dans son propre piège. En mai 2015, il était triomphalement reconduit dans sa fonction de Premier ministre, notamment grâce aux voix des conservateurs, les grands vainqueurs du scrutin. Pour les séduire, il avait promis un référendum sur le maintien de la Grande-Bretagne au sein de l'Union européenne.

Un bras de fer avec l'UE s'était alors engagé. Menaçant de soutenir le camp du Brexit en cas de non-acceptation, David Cameron avait formulé à ses  partenaires européens un programme en quatre points concernant la gouvernance économique, la compétitivité, la souveraineté et la question de l'immigration. Un accord, "renouvelant le pacte" du Royaume-Uni avec l'Europe avait été trouvé. Relativement satisfait, le Premier ministre avait décidé de soutenir le camp du "Remain in EU" (rester dans l'UE). Une position qu'il avait probablement toujours compté soutenir. Mais David Cameron ne serait-il pas en train de perdre la partie de poker qu'il a initiée ? Il reste difficile de prédire quelle sera l'issue du vote sur le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne. En cédant aux conservateurs eurosceptiques sur la question du référendum, il se peut qu'il ait conduit son pays vers un grand saut dans l'inconnu.

Une lutte fratricide chez les conservateurs

Le parti conservateur ne sortira pas indemne du référendum dont il est à l'initiative. Il se déchire, à l'image de la lutte fratricide qui oppose le premier ministre David Cameron à l'ancien maire de Londres, le très populaire Boris Johnson. Les deux hommes qui partagent des liens de parenté, font partie du même clan conservateur. Pourtant, celui qu'on surnomme "Boxit" (Boris Johnson) incarne le champion des "out", favorables à la sortie de l'UE. Un véritable bulldozer. "Nous prospérerons, nous nous épanouirons comme jamais auparavant si nous quittons l’UE le 23 juin et reprenons les commandes !", lâchait, survolté, l'ancien maire de Londres lors d'un meeting le 2 juin dernier. Le tribun dégage un charisme et une image débonnaire qu'il a mis au service des pro-Brexit, notamment pour convaincre les indécis. 

Côté gouvernement, les attaques se sont faites de plus en plus dures contre lui. On accuse Boris Johnson d'avoir tiré profit de la situation pour viser avant tout le poste de premier ministre. Pire, de jouer l'avenir du pays à la roulette russe en s'alliant avec Nigel Farage, le leader du parti anti-immigration Ukip. Une guerre ouverte qui laissera des traces au sein de la majorité et menace son unité à l'issue du vote. La division des conservateurs pourrait bien renforcer les travaillistes et leur donner les clés de l'élection.

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Sans suspense, ces derniers sont officiellement favorables au "remain in EU"Leur chef, Jeremy Corbyn, un temps taxé de ne pas s'être suffisamment engagé dans la campagne a rectifié le tir peu avant le vote, en appelant tous les sympathisants du parti d'opposition à voter en faveur du "in". Au siège de la CTU, la confédération regroupant 51 syndicats et près de six millions d’adhérents, il avait déclaré : "Ceci, c'est le mouvement travailliste qui dit que nous voterons la semaine prochaine pour rester dans l'Union européenne."

Les journaux prennent position

La bataille a aussi un versant médiatique. Mardi 14 juin, The Sun, le tabloïd le plus lu de Grande-Bretagne, a pris position en faveur du Brexit. Un choix presque logique pour le quotidien conservateur qui multiplie les articles hostiles à l'Union européenne depuis plusieurs semaines.

"Notre pays a une histoire glorieuse. C’est notre chance de rendre la Grande-Bretagne encore meilleure, de reprendre notre démocratie", pouvait-on lire dans l'éditorial. En cause, ce que le journal appelle "l'expansion sans relâche de l'État fédéral allemand" et la "dictature de Bruxelles". Dans cette droite ligne, le jour du vote, The Sun a fait sa Une en titrant "Independence Day" (le jour de l'indépendance).

Une position eurosceptique sur laquelle l'ont rejoint d'autres titres de presse comme The Daily Mail, le second journal du pays. Celui-ci a fait de l'immigration son cheval de bataille, choisissant d'en faire sa une au lendemain des attentats d'Orlando. Un choix critiqué et épinglé par plusieurs médias comme le Guardian ou le Huffington Post.

"Les sondages pro-Brexit s'améliorent à mesure que la peur de l'immigration grandit"

Le journal travailliste The Daily Mirror fait exception dans le milieu des tabloïds en se plaçant du côté du maintien. Position à laquelle ont adhéré, d'autres journaux moins "sensationnalistes", en tête desquels, le Guardian, de centre-gauche. Début mai, il expliquait vouloir, "défendre la place de la Grande-Bretagne en Europe jusqu'au 23 juin (date du scrutin ndlr)". 

Ce jeudi 23 juin, il titre sobrement, "Qui voulons-nous être ? Dernière chance pour rester en Europe". Même le Financial Times, le quotidien économique de référence, s'est engagé contre le Brexit. Une posture bien révélatrice des inquiétudes du secteur financier.

Les craintes du milieu économique face au Brexit

La City, le plus grand des quartiers d'affaires européen, retient son souffle. Et pour cause, en cas de Brexit, elle perdrait beaucoup de son attractivité. Une situation qui conduirait de nombreuses entreprises à délocaliser. Ce qu'a d'ores et déjà annoncé HSBC, qui pourrait venir s'installer du côté de Paris si le Royaume-Uni venait à quitter l'Union européenne. Parmi les 12.700 sociétés exerçant dans l'assurance ou la finance, rien qu'à Londres, elles pourraient être nombreuses à faire ce choix qui aurait un impact direct sur l'emploi. Environ deux millions de Britanniques travaillent de près ou de loin dans le secteur financier.


Une chute importante des investissements serait aussi à prévoir et, immanquablement, une perte en termes de recettes fiscales. En 2014, 11,5% des impôts collectés au Royaume-Uni provenaient des sociétés financières. De quoi mettre en péril le PIB d'un pays, qui perdrait inévitablement sa place de leader mondial dans de nombreux domaines de la finance tels que l'assurance internationale ou les opérations de change. Mais la Bourse semble avoir tranché. Les récents sondages, plutôt favorables au maintien ont quelque peu rassuré les marchés le jour du vote. Ce jeudi, la livre sterling était à son plus haut niveau de l'année.

Des sondages peu fiable

Face à ces enjeux énormes, le thermomètre de l'opinion publique, que sont les sondages, a semblé casséSouvent contradictoires, parfois de plusieurs points en fonction des instituts qui les réalisaient, leur évolution dans le temps a été désordonnée. Ils n'ont pas permis de déterminer de manière crédible un camp qui pourrait l'emporter. Le 10 juin, Opinium donnait 44% des électeurs partisans du maintien, contre 42% souhaitant sortir, les 13 % restants étant constitués des indécis. Le même jour, un autre sondage réalisé par YouGov donnait un résultat différent : 43 % pour le Brexit, 42 % contre et 15% d’indécis. 

Ils n'ont donc pas brillé par leur fiabilité, et il aura fallu attendre les derniers jours avant le référendum pour voir se dessiner une tendance favorable au camp du Remain. Ce mercredi 22 juin, sur les six principaux instituts de sondage (Opinium, Populus, TNS, ComRes Ipsos MORI, YouGov), quatre ont donné le maintien en tête. La moyenne de ces sondages donnait 48 % d'opinions favorables au maintien, 45 % défavorables et 7 % d’indécis. Si l'on prend en compte l'ensemble des résultats des sondages de ces mêmes instituts, sur la période du 16 au 22 juin, en n'admettant plus les indécis, alors le résultat est de 52 % pour le maintien et 48 % pour le Brexit.

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