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Bernard Kouchner : "L'arrestation de Mladic est une merveilleuse nouvelle"

L'ancien ministre des Affaires étrangères répondait vendredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie pour commenter l'arrestation de l'ex-chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic. "C'est une merveilleuse nouvelle", a réagi Bernard Kouchner.

Bernard Kouchner sur RTL le 3 mai 2011
Bernard Kouchner sur RTL le 3 mai 2011 Crédit : RTL
Micro RTL
La rédaction de RTL et Jean-Michel Aphatie

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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Bernard Kouchner.

Bernard Kouchner : Bonjour.

Ratko Mladic, général serbe de Bosnie, inculpé de génocide, de crimes de guerre et crimes contre l'Humanité, a été arrêté, hier, par la police serbe dans une petite ville à une centaine de kilomètres de Belgrade. Comment avez-vous réagi, hier, Bernard Kouchner, en apprenant la nouvelle ?

J'ai réagi... D'ailleurs, nous étions très nombreux à ne pas y croire. Depuis des années, depuis quinze ans, nous cherchions, enfin nous cherchions, toutes les polices et les polices européennes en particulier... Et puis voilà que cette merveilleuse nouvelle tombe. Pourquoi merveilleuse ? Parce que...

... C'est justice ?

Oui, c'est une idée de justice nouvelle : la justice internationale. On a moins le loisir et le droit de tuer au-delà des frontières de son propre pays, c'est une justice qui englobait... Tous les pays, il y avait eu des arrestations de Croates, il y avait eu des arrestations de Bosniaques, et puis monsieur Karadzic, vous vous souvenez... D'abord, monsieur Milosevic, monsieur Karadzic, et il manquait Mladic qui était le pire d'une certaine façon dans les commandements de ces massacres parce qu'un par un...

... Responsable du massacre de Srebrenica en juillet 1995...

... Srebrenica... Les hommes...

... 8.000 hommes.

... 8.000 hommes, des adultes, des adolescents ont été tués, c'était un vrai génocide.

Il aurait pu être arrêté avant ? Les autorités serbes auraient pu l'arrêter avant ?

C'est possible. On a beaucoup dit ça. Vous savez, nous nous suivions, le Procureur, qui s'appelle Brametz, et qui venait rapporter au ministre des Affaires étrangères, les progrès de l'enquête. Lui disait que les autorités serbes sous la direction du Président Tadic qu'il faut saluer dans cette affaire, le Président serbe, les autorités serbes collaboraient mais on savait que Ratko Mladic avait des complicités dans l'Armée. C'était un chef parfois honoré comme un héros.

Enfin, maintenant, c'est fini. C'est aussi une page d'indignité de la Serbie qui est tournée.

Il est arrêté. Il devra rendre des comptes devant le Tribunal Pénal International prochainement.

Oui, enfin on le découvre malade. Ce qui n'est pas étonnant. J'espère qu'il sera en état d'expliquer cette, comment dirais-je, cette ignominie, cette barbarie de Srebrenica.

Vous l'avez croisé, Ratko Mladic ?

Ah oui, je l'ai croisé souvent puisque je négociais les prisonniers, enfin entre les prisonniers bosniaques et les prisonniers croates et les prisonniers serbes, nous organisions un peu à la main, si j'ose dire, des convois de plus de 2.000 ou 3.000 prisonniers ont été échangés, oui je le voyais, bien sûr.

Quel homme était-il ? Dur ? Inhumain ? Ou au contraire, différent de vos contacts ?...

Vous savez avec des rires gras de militaires un peu troublés si j'ose dire, mais oui il était un homme brutal. Comment dirais-je ! C'est trop facile de décrire un monstre. Non, il n'avait pas l'air d'un monstre. Et je vous signale que Karadzic, son complice, était un médecin psychiatre qu'on a jugé fou, après. Non ?

Non, non...

Je crois que c'était vraiment d'épouvantables assassins et qui se sentaient soutenus par l'Histoire. Dans cet endroit du monde, on commence une phrase au présent, et on la termine un siècle après. C'est la même phrase. Mais on dit : "Ils sont venus" ; et "ils", ce sont les envahisseurs. Par exemple, à Srebrenica, les Serbes appelaient les prisonniers ou les habitants de Srebrenica "les Turcs". Tout ça, ça s'enracinait dans des siècles d'Histoire ; et les  Serbes étaient, vous le savez, le rempart de l'Europe.

Et donc une certaine idée de la Justice a peut-être triomphé hier. Ben Laden...

Une idée de la Justice à laquelle personne ne croyait, dans la construction de laquelle les Français et les Italiens et  les Allemands, les Européens s'étaient beaucoup, beaucoup impliqués. On n'y croyait pas.  Il y a eu des difficultés avec les militaires, pardon ! Mais c'est une histoire tellement longue que...
   
... Je sais bien que vous en êtes tout à fait...

... Enfin, pour moi, c'est charnel.

C'est important pour vous ?

Je vois ces morts à Srebrenica,

Bien sûr.

Et je vois le Président, la dernière fois d'ailleurs, le quinzième anniversaire, je vois le Président Tadic, le Président serbe là pour la première fois à cette cérémonie et c'était très courageux de sa part.

Ben Laden, Mladic, Kadhafi... On se dit : "Sale temps pour les affreux !" Et puis en même temps, Bachar el-Assad continue de massacrer son peuple...

Oui...

Et il y a peu de tout, quoi !

Ah ben non, non...

Il y a des choses qui marchent et il y a des choses qui ne marchent pas.

Il y a deux poids, deux mesures. C'est d'ailleurs, la critique qu'adresse au droit d'ingérence devenu responsabilité de protéger dont je suis fier d'y avoir largement contribué parce que c'est ça qui va changer le monde. Il y aura non pas un gouvernement mondial mais des organisations mondiales et il sera plus difficile d'assassiner ses propres citoyens. De plus en plus, nous nous tournerons vers la prévention. Alors là, vous avez raison. Il est évident qu'il y a deux poids, deux mesures entre la Libye et la Syrie. Et c'est difficilement supportable pour la pensée honnête.

Bien sûr. Donc, on suivra tout ça ; et puis, on reconnaîtra effectivement, ce matin, au micro de RTL que le droit d'ingérence vous y êtes pour quelque chose parce qu'il y a des combats...

... Que j'y sois pour quelque chose, ce n'est pas très grave ; mais que ça marche ! Ca, alors ça me surprend.

Vous me serrez la main... Si c'est filmé, voilà... Au moins...

La connivence sur le droit d'ingérence. Quoi ! La justice ?

Ceux qui ne font qu'écouter de la radio seront surpris : voilà, vous venez de me serrer la main. C'est gentil. On parle d'autre chose parce que c'était dans l'actualité, hier. Votre compagne, Christine Ockrent, a quitté l'Audiovisuel Extérieur de la France - France 24, RFI. Elle parle d'une "révocation déguisée" pour évoquer le conflit qu'elle avait avec son président, Alain de Pouzilhac. Et elle suggère, le direz-vous Bernard Kouchner, qu'elle est victime d'un règlement de compte politique. A partir du moment où il était acquis que vous-même vous quitteriez le gouvernement, eh bien, certains, mais qui ? voulaient qu'elle quitte l'Audiovisuel Extérieur de la France.

 Il y a des gens qui devaient vouloir se venger d'une certaine indocilité et qui l'ont fait. Et en effet, je crois, mais je n'en dirais pas plus ce matin, je crois qu'il s'agit, je suis sûr qu'il s'agit d'un complot, au moins d'une connivence et en tout cas, je sais que cet espèce de massacre, parce que fut un massacre d'une personnalité qui, je crois, dans le domaine de l'Audiovisuel avait fait ses preuves, ici en particulier d'ailleurs, et c'était profondément injuste. Et je dirais : c'est profondément dégueulasse... Vous voyez ce que je veux dire ? "Dégueulasse"... Souvent, la politique est comme ça !

Et qui est l'auteur de ce "dégueulasse" ?

Ah, écoutez, laissons les choses se faire et se décanter petit à petit. Les conflits d'intérêt même lorsqu'il s'agit de défendre sa femme, sont en France très réprimés. Il n'y a pas eu de conflit d'intérêts, pas l'ombre d'un conflit d'intérêts, pas le début, pas une goutte. Mais enfin, il y a des gens qui pensent qu'après tout, les femmes doivent être soumises ! Ca n'aurait jamais été comme ça avec un homme !

Mais vous faites un lien entre votre départ du gouvernement et son départ aujourd'hui de cette structure audiovisuelle ?

En tout cas, vous monsieur Aphatie, vous le faites, donc j'écoute !

Bon ben voilà !  Je crois qu'on n'ira pas plus loin là-dessus ce matin. Bernard Kouchner, ancien ministre des Affaires étrangères, inventeur du droit d'ingérence, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.
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2011-05-27 11:17:00
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