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Attentats à Bruxelles : la Belgique se savait sous la menace

ÉCLAIRAGE - La Belgique a essuyé mardi l'un des pires attentats perpétrés sur son territoire au moment où elle s'y attendait le plus.

Des militaires dans les rues de Bruxelles, le 23 novembre 2015
Des militaires dans les rues de Bruxelles, le 23 novembre 2015
Crédit : EMMANUEL DUNAND / AFP
Benjamin Hue
Benjamin Hue

"Nous redoutions un attentat et c'est arrivé". Le scénario noir tant redouté par le premier ministre belge Charles Michel et l'antiterrorisme local s'est noué mardi 22 mars à Bruxelles, quatre jours seulement après la capture spectaculaire de Salah Abdeslam après 126 jours de traque. À quelques minutes d'intervalles en début de matinée, deux attentats ont frappé l'aéroport international Zaventem et une rame de la station de métro Maelbeek, faisant au moins 31 morts et 270 blessés, et plongeant la capitale belge dans le chaos et la terreur.

La Belgique a essuyé l'un des pires attentats jamais perpétrés sur son sol au moment où elle s'y attendait le plus. L'onde de choc des attentats de Paris, préparés en grande partie à Bruxelles, avait déjà poussé les autorités à relever le niveau d'alerte dans la capitale belge à son degré maximum pendant plusieurs jours fin novembre et à annuler les festivités du Nouvel An après un projet d'attentat déjoué sur la Grand-Place de Bruxelles. Ces derniers jours, une succession de perquisitions avait conduit à la découverte d'armes lourdes et à l'arrestation de Salah Abdeslam.

En dépit du renforcement de sa législation antiterroriste, la Belgique est toujours considérée comme la base arrière de plusieurs réseaux islamistes radicaux. Avec 494 jihadistes identifiés, elle est, en proportion de sa population (11 millions d'habitants), le pays européen qui compte le plus grand contingent de volontaires partis combattre en Irak et en Syrie. Les autorités savaient pertinemment que la fin de la traque du suspect-clé des attentats de Paris et Saint-Denis ne sonnait pas le glas de la menace terroriste dans le pays. Plusieurs membres du réseau franco-belge du 13 novembre étaient toujours recherchés et susceptibles de passer à l'action.

Des réseaux imbriqués loin d'être démantelés

À quelques encablures à l'ouest du centre-vile de Bruxelles, la commune de Molenbeek défraie régulièrement la chronique et se retrouve au carrefour de la plupart des enquêtes sur les filières jihadistes européennes. Mehdi Nemmouche, le principal suspect de la tuerie au Musée Juif de Bruxelles en mai 2014, est passé par ce quartier populaire, tout comme Ayoub El Khazzani, l'auteur de l'attaque du Thalys Amsterdam-Paris en août 2015. C'est là, déjà, qu'avaient séjourné en 2001 les assassins du commandant Massoud en Afghanistan et Hassan El Haski, l'un des concepteurs des attentats de 2004 à Madrid (191 morts et 1.800 blessés).

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L'enquête en cours sur les attentats de Paris a également révélé l'existence d'une cellule jihadiste étendue et dynamique, gravitant notamment autour du bar des frères Abdeslam, dont la réapparition des membres au gré des derniers attentats démontre une certaine continuité dans les opérations. Déjà recherchés dans le cadre de l'enquête sur les attentats de Paris, les frères Khalid et Ibrahim El Bakraoui sont soupçonnés par la police belge d'être deux des kamikazes de Bruxelles. Coordinateur et artificier présumé des attaques de Paris, Najim Laachraoui est aussi suspecté d'avoir participé aux attentats de Bruxelles. Selon des sources policières, il a été identifié comme étant le deuxième kamikaze de l'aéroport.

Le 15 janvier 2015, une opération antiterroriste d'envergure menée à Verviers, dans la région de Lièges, avait permis de démanteler un réseau sur le point de commettre une vague d'attentats en Belgique. Seize personnes avaient été interpellées et deux suspects tués après avoir ouvert le feu sur les forces de l'ordre. Pilotée par Abdelhamid Abaaoud, futur coordinateur des attentats de Paris, cette cellule envisageait déjà de frapper un aéroport, selon les informations du Monde. Neuf membres présumés du réseau seraient toujours en fuite, selon les médias belges.

Les limites de la surveillance et l'impossible risque zéro

Après les attentats de Paris, les révélations de l'enquête sur la structure franco-belge du réseau terroriste à l'origine des attaques a valu à la Belgique de nombreuses critiques sur sa complexité institutionnelle et les limites de ses dispositions antiterroristes. Si la collaboration entre les services belges et français s'est consolidée depuis, l'arrestation de Salah Abdeslam à quelques hectomètres de son domicile familial après quatre mois de cavale a soulevé de nouvelles interrogations. Après la découverte d'armes lourdes et de détonateurs dans une planque de la commune de Forest le 15 mars, l'Office central d'analyse de la menace, qui fixe le niveau d'alerte en Belgique n'a pas conseillé de mettre en place de lockdown, à l'inverse de novembre.

Mardi, les attentats de Bruxelles ont mis en évidence de nouvelles failles dans la prévention de la menace terroriste. De nombreux médias belges n'ont pas manqué de relever que l'aéroport international de Zaventem n'était pas au niveau d'alerte maximum lorsqu'il a été dévasté par deux déflagrations. Passé au niveau 4 peu après 9 heures mardi, comme l'ensemble du pays, il était resté au niveau 3 lorsque l'alerte était relevée à son degré maximal à Bruxelles fin novembre, car il se situe dans la commune de Zaventem, dans la périphérie flamande de la capitale belge. Les dispositifs de sécurité avaient alors été renforcés mais les vols n'avaient pas été annulés.

Des mesures insuffisantes pour les syndicats qui dénonçaient régulièrement un manque d'effectif au sein du plus grand aéroport de Belgique. Des failles avaient également été révélées lors de tests aveugles, démontrant qu'"une bombe dans un bagage à main a au moins une chance sur deux de passer inaperçue". "On aurait pu arrêter ce drame, mais on nous a ri au nez", a regretté mardi le président d'un syndicat de police. Reste qu'en actionnant leurs charges dans le hall des départs de l'aéroport et dans une rame de métro mardi, les terroristes n'ont pas eu besoin de passer de portiques de sécurité. Ils ont seulement profité des limites du dispositif sécuritaire.

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