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Attaque chimique en Syrie : 4 clés pour comprendre la crise diplomatique

ÉCLAIRAGE - L'attaque en Syrie a déclenché l'indignation de la communauté internationale, y compris de Donald Trump qui affronte sa première grande crise diplomatique.

L'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, le 5 avril 2017
L'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, le 5 avril 2017 Crédit : DREW ANGERER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Julien Absalon
Julien Absalon
et AFP

Le monde est plongé dans une grande crise diplomatique. Les Occidentaux multipliaient les efforts, jeudi 6 avril, pour faire voter une résolution à l'ONU condamnant l'attaque chimique en Syrie, après la menace d'une action unilatérale brandie par Donald Trump. Le Conseil de sécurité devait à nouveau se réunir après le report la veille du vote d'une résolution de condamnation, le temps pour les Occidentaux de négocier avec la Russie, allié indéfectible du régime de Damas.

"La France veut obtenir une résolution après ce qui s'est passé", a déclaré Jean-Marc Ayrault. "Il faut obtenir la condamnation des armes chimiques, et enquêter pour savoir ce qui s'est passé réellement, savoir qu'elles armes ont été utilisées, quelles substances, et faire en sorte que ça s'arrête", a-t-il expliqué. Trois jours après les faits dans la ville de Khan Cheikhoun, qui a fait au moins 86 morts, le caractère chimique de l'attaque semble se préciser même si les circonstances restent encore indéterminées et controversées.

1. Washington change de ton sur la Syrie et la Russie

Confronté à la vue des terribles photographies montrant des corps sans vie de "petits enfants et même de beaux petits bébés", Donald Trump a opéré un revirement notable sur la question syrienne. "Mon attitude vis-à-vis de la Syrie et Assad a nettement changé. (...) Ce qui s'est passé est inacceptable pour moi", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse commune avec le roi Abdallah II de Jordanie. Choqué par ce raid qui a "franchi de nombreuses lignes", le président américain estime que la mort de ces civils constitue un "affront à l'humanité". Surtout, il estime que les "actes odieux par le régime Assad ne peuvent pas être tolérés". Un discours changeant radicalement avec ses propos durant la campagne, plutôt favorables à un maintien de Bachar al-Assad. Une posture qui laisse perplexe au sein de l'opposition syrienne. "Aujourd'hui il semble tout d'un coup se réveiller et découvrir qu'Assad est la cause majeure de tout ce qui se passe en Syrie. Il semble avoir pris cela comme une provocation personnelle, un défi à lui-même", estime la politologue Bassma Kodamni au micro de RTL.

En dénonçant dans le même temps l'action de son prédécesseur Barack Obama, qui n'a pas souhaité lancer d'opération militaire terrestre sur le sol syrien même s'il avait fixé les attaques chimiques comme "ligne rouge", Donald Trump donne l'impression d'être prêt à passer à la vitesse supérieure. L'intéressé n'est pourtant pas connu pour être des plus interventionnistes. Les menaces n'ont en tout cas pas tardé, lorsque Washington a évoqué la possibilité de mener une action unilatérale si aucun accord n'était trouvé à l'ONU. "Quand les Nations unies échouent constamment dans leur mission d'action collective, il y a des moments dans la vie des Etats où nous sommes obligés d'agir nous-mêmes", a averti Nikki Haley, l'ambassadrice américaine à l'ONU.

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L'administration américaine se distingue aussi par un durcissement du ton vis-à-vis de la Russie, alliée de la Syrie mais aussi proche du clan Donald Trump. "Combien d'enfants devront encore mourir avant que la Russie ne s'en soucie ?", s'est émue Nikki Haley qui, tout ayant été nommée par la Maison-Blanche, a des déclarations bien plus tranchées que ce qui émane du département d'État chargé des Affaires étrangères.

2. Le régime syrien et son allié russe font bloc

Au lendemain de l'attaque, le ministère russe de la Défense dédouanait l'armée syrienne, en expliquant en filigrane que les civils tués étaient des dommages collatéraux d'un accident lié à une frappe ciblée contre des terroristes. Les forces du régime de Bachar al-Assad auraient visé un "entrepôt terroriste" contenant des "substances toxiques" qui se seraient alors répandues dans l'atmosphère.

La Russie et la Syrie, qui réfute en bloc toutes les accusations, montrent ainsi une nouvelle fois l'indéfectibilité de leur alliance. Quand Moscou affirme que Washington ne dispose d'aucune information "objectif", "fiable" et "réaliste" pour lancer la moindre menace, Damas jure qu'elle "n'a pas utilisé et n'utilisera jamais" d'arme chimique contre quiconque.

3. La position française

En France, la position de la France a toujours milité pour un départ de Bachar al-Assad dans le cadre d'un arrêt des combats et d'une discussion via un processus de paix. Mais peut-être encore plus qu'auparavant, la diplomatie française adopte un ton particulièrement ferme à l'adresse du président syrien. "La France condamne une nouvelle fois cet usage d'armes chimiques terrible. (...) Là, trop c'est trop, je n'ose même pas employer cette expression parce que l'on ne peut pas accepter la banalisation de l'utilisation d'armes chimiques", a déclaré Jean-Marc Ayrault sur RTL. "Un jour viendra où la justice internationale se prononcera sur Bachar El Assad, qui massacre son peuple", a jouté le ministre des Affaires étrangères sur CNews.

4. Que peut l'ONU ?

Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont présenté un texte de résolution condamnant l'attaque et appelant à une enquête rapide. Le texte enjoint également le gouvernement syrien de fournir aux enquêteurs des informations sur ses opérations militaires le jour de l'attaque. Il n'est toutefois pas question dans l'immédiat d'une opération militaire au sol.

Il sera difficile de voir ce texte aboutir compte tenu du pouvoir de veto que possède la Russie. Sur ce dernier point, "ce serait une responsabilité terrible face à l'histoire", a déclaré l'ambassadeur français François Delattre. Mais Bassma Kodamni, de l'opposition syrienne, n'a que peu d'espoir : "Les Nations Unis observent et s'efforcent de déclencher un processus politique, mais c'est stérile. Il ne se passe rien à Genève, car nous n'avons pas d'interlocuteur pour les négociations. Le régime syrien est un mur auquel nous nous heurtons depuis 2014".

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